LES DAMES DU BON PASTEUR
On comprend qu’un pays aussi catholique que le Canada n’ait pas attendu l’année 1844 pour s’efforcer de créer un asile aux femmes pécheresses qui désirent sortir du vice. Nous avons vu que les Religieuses de l’Hôpital- Général de Québec ainsi que les Sœurs Grises ajoutèrent cette œuvre, pendant un certain temps, à toutes celles
LES DAMES
dont elles s’occupaient. Mais Mgr. Ignace Bourget, Evêque de Montréal, a voulu doter son diocèse d’une Communauté dont la vocation spéciale fût de convertir les femmes entrées dans une vie de désordre, et de préserver les jeunes personnes exposées à se perdre ; et le 11 Juin 1844, quatre Religieuses de Notre-Dame de Charité du Bon Pasteur arrivèrent à Montréal pour y fonder une Maison de leur Société. Elles venaient d’Angers, et leur Supérieure était Mme. Marie Fisson, Sœur S te. Céleste.
La Communauté de Notre-Dame de Charité fut d’abord établie en 1641, en Normandie, dans la ville de Caen, par le célèbre Père Eudes, fondateur de la Société des prêtres dits Eudistes , et frère de Mézeray, l’historiographe de France. Le Père Eudes, dont les prédications portaient un ébranlement salutaire dans toutes les consciences, opéra une révolution dans la conduite de nombreuses personnes vivant dans le désordre, et pour les maintenir dans la ligne du devoir, il les réunit sous la surveillance de quelques saintes filles. Une femme de la classe ouvrière, Madeleine L’Amy, donna l’exemple du courage chrétien nécessaire pour rechercher la société de celles que naturellement on voudrait fuir ; et une jeune personne de noble naissance, Mlle, de Taillefer, fut la première à prendre l’habit de l’ordre nouveau au mois de Février 1645. La Communauté autorisée par lettres patentes de Louis XIIÏ en 1642, fut approuvée en 1666 par le Pape Alexandre VII, et en 1741 par Benoit XIV. Elle a pris un grand développement, surtout en Bretagne, et il est digne de remarque que la province où la pureté