IV
De même qu’à Québec de nobles femmes s’étaient présentées, soit pour initier l’enfance aux vérités de la Religion par une éducation chrétienne, soit pour recueillir la vieillesse et la maladie dans les asiles de la charité, ainsi à Montréal les vocations pieuses ne manquèrent pas, et l’on y eut des maîtresses d’école avant d’avoir des enfans à y envoyer.
CONGREGATION
Marguerite Bourgeovs naquit à Troyes, en Champagne, en 1820, et elle commença par faire partie de la Congrégation externe , établie danscetle ville par les Religieuses de l’institution du Bx. P. Fourrier. C’était une association de jeunes personnes qui, sans contracter aucun engagement de conscience, se fortifiaient dans la dévotion par des bonnes œuvres faites en commun. Marguerite se crut appelée à fonder un institut nouveau qui se dévouerait à l’éducation de l’enfance, sans être astreint à la clôture, comme l’était la Congrégation établie par ce Bienheureux en 1597. Elle se consacra à Dieu dans ce but, et elle s’y essayait avec quelques compagnes de la Congrégation externe, lorsque M. de Maisonneuve, Gouverneur de Pîle de Montréal, (1) dans son voyage en France en 1653, vint passer quelque temps à Troyes. Cet homme de bien, dont la sœur était religieuse au couvent de la Congrégation de Notre-Dame, espérait obtenir dans cette communauté quelques bons sujets pour le Canada, et il trouva parmi ces dames un grand empressement à le suivre. Mais M. de Maisonneuve reconnut que dans l'état précaire de Montréal, l’établissement de Religieuses cloîtrées serait trop dispendieux, et moins avantageux pour l’éducation. Il se retourna donc vers Mlle. Boergeoys, et celle-ci s’offrit aussitôt de quitter sa patrie, avec un courage et une confiance que l’Esprit de Dieu pouvait seul lui inspirer. Après une multitude de
(1) Paul de Cliomedey-sieur de Maisonneuve commandait à Montréal, à oette date, pour les “ Messieurs et Daines de la Société de N. D. de Montréal pour la conversion des Sauvages de la Nouvelle France .” — Cette Société ne céda la propriété de l’Ile de Montréal à MM. de St. Sulpice de Paris, que le 9 Mars 1668. (Note de S. H. Jacques Viger).
DE MONTRÉAL
difficultés dont ia Sœur Bourgeoys triompha par ïa générosité de son zèle, elle arriva à Montréal le 16 Novembre 1653, et elle déploya dans cette Colonie la charité d’une héroïne et d’un apôtre. Ville-Marie ne se composait alors que d’une cinquantaine de cabanes, et il n7y avait qu’un très-petit nombre d’enfans en bas âge, trop jeunes pour suivre une école. La Sœur Bourgeoys se fit alors îa servante de M. de Maisonneuve; elle s'occupa du soin de la chapelle et des mille œuvres que son ingénieuse charité sut inventer. Elle accueillit aussi, chez M. de Maisonneuve où elle logeait, ces très-petits enfans, et des écritures autographes de la Sœur ont conservé les noms de ses deux premiers écoliers : — u Ce furent, dit-elle, 44 Jeanne Loysel, que l’on me donna à quatre ans et 44 demi, et Jean Desroches est venu après elle.”(l) — Voilà *e grain de sénevé jeté en terre, en 1653 même, par la Sœur Bourgeoys ; et que produit-il deux cents ans après, ou en 1853 ? Les tableaux statistiques dressés patiemment par M. Jacques Viger montrent qu’en 1853 les Sœurs de îa Congrégation de Notre-Dame avaient dans leurs écoles du Canada 5,606 jeunes filles, et que leurs maisons s’étendaient dans cinq diocèses.
En 1657, la Sœur Bourgeoys put ouvrir une véritable école, et elle la commença dans une étable, le seul local que l’on put mettre à sa disposition, vu l’état de pauvreté de la colonie. L’année suivante, elle se rendit en France pour y chercher du secours, et elle ramena de Troyes quatre jeunes personnes, avec lesquelles elle fonda la
fl) Eofajas nés à Montréal en 1649. {Noie de S. H. Jacques Viger.)