CONGRÉGATION
tions qui y ont si fréquemment détruit les plus utiles et les plus saints établissements. Le 1er Décembre 1683, un affreux incendie dévora la maison toute entière, et deux Sœurs, dont l’une était nièce de la Sœur Bourgeoys, périrent malheureusement dans le désastre. Réduite à la misère, la vénérable fondatrice prit cependant les moyens de reconstruire la demeure de ses compagnes : “ Elles étaient si pleines de confiance en Dieu, a écrit “ la Sœur Juchercau, qu’elles commencèrent à bâtir, “ n’ayant que 40 sols. Leur espérance ne fut pas trompée, “ car avec si peu de fonds, la Providence leur aida si “ bien qu’elles ont élevé une des plus florissantes com- “ munautés du Canada, dont la bonne odeur se répand a dans toutle pays.” La Sœur Bourgeoys reçut bientôt des donations importantes pour l’aider à réparer la ruine de son Couvent; et c’est ici le lieu de parler d’une sainte personne à laquelle Dieu inspira l’amour de la contemplation, et qui voulut s’isoler complètement du monde, afin de vivre dans la prière et la méditation.
Mlle. Jeanne Le Ber, fille du plus riche propriétaire du Canada, fit en elle-même le vœu de chasteté dès l’âge de 17 ans ; et, du consentement de son père, elle exécuta ie dessein qu’elle avait formé de vivre retirée dans sa maison,
à l’imitation des anciennes Recluses. Mais comme sa
recherche de la solitude souffrait encore des sorties qu’elle était obligée de faire pour se rendre à l’église, Mlle. Le Ber résolut de donner son bien à la Congrégation de la Sœur Bourgeoys, à la condition qu’on lui bâtirait un petit appartement derrière le chœur de l’église, avec un guichet par lequel elle pourrait voir l’Office
DE MONTRÉAL
divin, et recevoir la sainte communion. Ce fut en 1695 que la Recluse s’enferma elle-même dans la demeure qu’on lui avait bâtie conformement à ses prescriptions. Le clergé la conduisit processionnellement à l’église, et il bénit sa cellule, puis elle s’y retira pour ne la plus quitter qu’à sa mort qui arriva vingt ans après. Ainsi aucune des voies de la perfection n’a été désertee à Ville-Marie. Cependant cet exemple n’a pas eu d’imitateurs, et la vie contemplative a été une exception au Canada. Toutes les Communautés religieuses y prient Dieu dans les œuvres de miséricorde, et par un contraste singulier, il se trouve qu’aux Etats-Unis, ce pays si peu porté à l’ascétisme, le premier couvent de femmes a été un couvent de Carmélites, et il s’est maintenu dans le Maryland depuis l’année 1790.
Un cousine germaine de Mlle. Le Ber, la Sœur Marguerite Le Moyne, fut en 1698 la troisième Supérieure de la Congrégation. Elle était parente au même degré du premier Baron de Longueuil et de sa phalange de vaillants frères, Iberville, Bienville, Châteauguay et le reste.
En 1768, un second incendie vint obliger les Sœurs de la Congrégation à aller demander l’hospitalité à l’Hôtel- Dieu. Le couvent fut bientôt mis en état de recevoir les sœurs ; mais en 1844 il a subi une reconstruction totale qui l’a mis dans l’état où nous le voyons aujourd’hui.
A la fin de l’année 1853, on comptait 149 professes et 48 novices ou postulantes, réparties entre la Maison-mère de Montréal et vingt-cinq missions. De ce nombre, 13 missions sont dans le diocèse de Montréal, 8 dans le diocèse de Québec, 2 dans le diocèse de St. Hyacinthe,