HÔTEL-DIEU DE MONTRÉAL
Nous avons vu des Religieuses de deux communautés différentes s'établir à Québec, dès que le Canada fut évacuëé par les Anglais. Maintenant nous nous transporterons dans une autre ville à la fondation de laquelle d’autres Sœurs ‘ont puissamment travaillé, et qui est devenue la cité la plus importante et la plus populeuse
de la colonie.
34 HÔTEL-DIBU Jusqu’en 1640, le Canada était resté presque sans ; culture ; et l’on y comptait à peine deux cents Fran- ,
Gais, y compris les femmes, les enfans et les Religieuses de Québec. C’est alors que Dicu inspira à un
pieux laïque d'établir une colonie pour honorer la x Sainte Vierge dans Plle de Montréal. M. Jérôme : Le Royer de la Dauversière, lieutenant-général au pré- p sidial de la Flèche en Anjou, unit ses plans à ceux de \ lillustre fondateur du Séminaire de St, Sulpice, M. Olier, d. qui presque simultanément avait eu le méme généreux P dessein, Des personnes de la Cour, et des prêtres vertueux, me brûlant de zèle pour la propagation de la foi, s’asso- si cièrent aux fondateurs pour faire Pacquisition de Ple de pi Montréal, et ils apprécièrent les avantages qu’elle offrait pa
à l'exécution de leurs projets apostoliques. L'association
se forma sous le nom de Messieurs et Dames de la Société
de Notre-Dame de Montréal pour la conversion des Sau- , (
vages de la Nouvelle-France; et elle eut pour but de por déb 214 ee PR Te ic dit:
tous les éléments de civilisation et de régénération spiri- Pèr
faire de cette île un centre d’activité d’où s’étendraient
vel
tuelle jusqu'aux nations les plus reculées.
mais tr la métropole de Paris, au pied de PAutel de la Sainte ane
Le 8 Février 1642, tous les Associés se réunirent dans
C'est
Vierge, pour conjurer la Reine des Anges de vouloir bien
sous
prendre sous sa protection cette colonie naissante, toute filles consacrée à sa gloire. Il fut décidé que Marie en serait Ex
qui €
toujours regardée comme la première et principale su p dans | : . | que Î nom de Ville Marie :—f De tous les projets que l’on a faits ment <onti
maîtresse, et que la ville qu’on allait y bâtir porterait le
“ pour la conversion de ces barbares, dit le P. Le Clercq,
ins aneliun la )me prélier, TOUR eux, 1SSOle de offrait ation ciélé Sauit de aient spiri-
dans ainte bien toute serait ipale ait le
h faits
lercq,
* Récollet, il n’y en a point eu de plus désintéressé, de ‘* plus solide ni de mieux concerté que celui-ci.”
Les hardis colons destinés à ce nouveau poste, le plus avancé de la civilisation dans cette partie du globe, s'étaient embarqués, dès l’année précédente, conduits par un pieux et brave gentilhomme Champenois, M. de Maisonneuve, Le 17 Mai 1642, ils mirent pied à terre dans la partie de l’île connue plus tard sous le nom de Pointe à Callière, et ils s’y établirent au nombre de quarante-cinq.(1) Cette petite troupe comprenait des soldats et des ouvriers de divers états, tous choisis pour leur piété et leurs bonnes mœurs; Mlle. Mance en faisait partie. Cette femme intrépide se rendait en Canada
(1) Le nombre des premiers colons de Ville-Marie a été diversement rap porté dans les mémoires contemporains, Ainsi le P, Vimont, présent su débarquement, et qui accompagna le premier convoi à Montréal en 1642, dit: 40 hommes, Le P. Le Clereq dit également 10 hommes, Si ces deux Pères ne parlent pas de femmes (et il y en avait assurément) M. de Belmont, venant après ces pères, dit: “l'embarquement de 1641 fut de 45 hommes,” mais il y inelut peut-être les femmes sans le préciser. M. Dollier de Casson + l'Abbé de la Tour s'accordent tous deux à dire: que M. de Maisonneuve amena 25 hommes sur sun vaisseau; et Mile. Mance 12 hommes sur le sien. C'est done 37 hommes, et en y ajoutant M. de Maisonneuve et Mile. Mance, aous aurons 39 personnes, Si à ces 89 nous ajoutons les quatre ou einq tilles amentes pour aider Mlle. Mance, (Annales de l’Hôtel-Dieu), nous aurons 43 où 44 colons. [l'est certain que de plus il vint d'autres fernmes. qui avaient voulu suivre leurs maris (deux au moins), et sans doute autant ou plus d'enfans. Mais M. Dollier ajonte que M. de Maisonneuve perdit dans la traversée % ou 4 de ses hommes, Nous avons done lieu de eroire que l'embarquement de 1641 fut bien de 45 Lommes, mais que le débarquement de 1642 fut de 45 personnes, ce qui concilie à peu près les apparentes contradictions. (Note de S. H. Jacques Viger.)
pour y fonder un Hôtel-Dieu, et préparer les voies aux Sœurs hospitalières de St. Joseph, qui venaient de s'établir à la Flèche, en sorte qu’à Montréal le premier hôpital prit naissance avec la première chapelle. Mile. Mance partagea avec joie les dangers, les épreuves et les privations des commencements de Ville-Marie. Elle n’eut pour l'aider, pendant dix-sept ans, que quatre ou einq filles qu'elle avait amenées de France, et qui soignaient avec elle les malades et les blessés, Enfin, en 1658, elle passa en France pour y chercher du secours. Mme. de Bullion, veuve d’un ancien ministre d'Etat, lui donna 22,000 livres pour la fondation des Hospitalières à Ville- Marie. Plusieurs autres personnes l’aidèrent encore d’abondantes aumônes, et en conséquence, Mlle, Mance se rendit à la Flèche, où elle obtint trois Sœurs de St. Joseph avec lesquelles elle se hâta de se rembarquer pour le Canada. Pendant ja traversée, les saintes filles trouvèrent mainte occasion d'exercer leur zèle pour le service des malades. La peste se déclara parmi les troupes à bord, et les Religieuses elles-mêmes en furent atteintes, ce qui ne les empêcha pas de se dévoner à soigner leurs compagnons.
Les hospitalières de Ja Flèche avaient commencé à exister de fait en 1636. Leur Institution est du 25 Octobre 1643, date de leur approbation par Pévèque d'Angers, Claude de Rueil, et le 22 Janvier 1644, les premières Religieuses de St, Joseph firent À la Flèche les vœux simples de religÿn. La fondatrice est la Mère de la Ferre, d’une famille distinguée de l'Anjou, et 1 première Sœur qui se joignit à elle fut Mile, de Ritère,
pour
qui €
faites
versit
deme
Pair,
qui le
de pl
Au PHôt et c’e
lle- °0re nee St.
our ou-
le
fille d'honneur de la Princesse de Condé. M. Jérôme le Royer de la Dauversière eut grande part, par ses libfralités, à cette pieuse fondation; elle prit promptement de grands développements, et par un bref du 19 Janvier 1666, le Pape Alexandre VII approuva cet institut, déclarant que les hospitalières sorties de lHôtel- Dieu de la Flèche pour aller à Laval, à Nismes, à Baugé, à Moulins et à Montréal, étaient véritablement Religieuses, ayant fait les trois vœux solennels et embrassé la clôture sous la règle de St. Augustin.
Les Religienses hospitalières qui se rendirent à Montréal en 1659 avaient pour supérieure la Sœur Judith Moreau de Bresole.
Le ler Novembre 1669, trois autres Sœurs arrivèrent de France pour apporter à Montréal la stabilité et la profession des vœux solennels. Mme. de Bresole se démit alors de la charge de Supérieure, et se remit au noviciat pour se préparer à prononcer les vœux de stabilité, ce qui eut lieu, avec ses premières compagnes, en Octobre
Malgré les donations abondantes qui leur avaient été faites en France, elles ne connurent lougteinps que Padversité, et pendant 28 ans là maison en planches où elles demeuraient était tellement exposée aux intempéries de Pair, que le matin les pauvres Sœurs secouaient la neige qui les couvrait dans leurs lits, et qui formait une couche de plusieurs pouces dans leurs salles,
Au mois d'Août 1652, la S eur Marie Morin entra à PHôtel-Dieu comme novice à l'âge de 13 ans et demi,
et c’est la première Sœur d’origine canadienne qui ait
fait ses vœux à Montréal. Elle vécut 82 ans, et c’est à elle que lon doit les Annales de l'Hôltel-Dieu, mémoire du plus touchant et du plus édifiant intérêt, qu’elle a écrit jusqu’au 29 Septembre 1725.—* Pensez, “ mes Sœurs, dit la bonne Sœur Morin, vous qui lisez “ ceci, que celles qui vous ont précédées ont eueilli “ bien des épines où vous ne trouverez que des fleurs ; mais sachez aussi que tous ces fondements sont appu- ‘ yés sur la croix, el que vous y aurez part, puisque vous ‘€ avez l'honneur d’appartenir à J. C. en qualité d’épouses. ‘ Vous ne voudriez pas être couronnées de roses, pendant qu’il Pest de piquantes épines.” Et dans un autre endroit :-—‘ Pour moi je crois aisément que c’est ‘ Dieu qui veut cette maison pauvre; celle a été fondée “ dans la pauvreté, et elle y subsiste encore (1697.) Le né- ‘ cessaire ne lui manque point, mais aussitôt qu’on pense ‘“ se mettre à son aise, il vient un revers qui nous rejette
‘“ dans la pauvreté par des pertes considérables.”
En eflet, tantôt les fonds appartenant aux hospitalières de Montréal furent perdus dans des banqueroutes ; tantôt les navires qui leur apportaient des secours furent pris par les ennemis; tantôt encore des incendies venaient les laisser sans asile et sans pain. En 1688, elles avaient entrepris de se construire un couvent en pierres, et elles eommencèrent à Phabiter en 1694; mais trois mois après il devenait la proie des flammes, et les Sœurs trouvaient un refuge plein de charité au Couvent de la Congrégation. Le 19 Juin 1721, jour de la Fête-Dieu, une seconde con-
flagration venait réduire en cendres l'Hôtel-Dieu de
Mot Con Le ]
leur
mai:
sans talla cour ç vit ‘ter Ur int ‘ ma ‘ sot “le ‘ton “d'e
Celle
En la pr Phos;
En ‘SSOC Cathd T'hay
de ce
c’est
mé-
érèt,
nsez, lisez ueilli eurs ; appuvous ouses.
, penns un » c’est fondée Le népense
rejette
alières
tantôt nt pris naient vaient telles is après uvaient ‘œation.
de con-
Dieu de
Montréal, et les hospitalières se retiraient d’abord à la Congrégation, puis à l’hospice de M. Charon de la Barre. Le 11 Novémbre 1724, les Sœurs pouvaient rentrer dans leur monastère, réédifié au prix de grandes privations ; mais dix aus après, un troisième incendie les réduisait sans ressources, et la communauté de St. Joseph s’installa alors provisoirement près de la Chapelle de Bonsecours.—‘ Cette Chapelle, dit le P. Félix Martin, leur ser- “vit d’église, de salle des malades, pendant quelque ‘temps, et bicniôt de tombeau pour plusieurs d’entr’elles. ‘ Une maladie épidémique, continue cc Père, s'était “introduite parmi les malades, transférés dans une ‘ maison voisine, et ces zélées servantes des membres ‘ souffrants de J. C., qui ne reculent jamais devant ‘ Je danger quand elles voient des douleurs à soulager, ‘ tombèrent en grand nombre frappées par le fléau. Onze ‘“ d'entr’elles périrent dans ce pieux service de la charité,
‘elles furent ensevelies dans Péglise de Bonsecours.”? (1)
En 1765, ce fat le tour de PHôpital-Général de devenir la proie des flammes, et les Sœurs Grises trouvèrent Phospitalité à PHôtel-Dieu.
En 1795, les Religieuses de St. Joseph s’aflilièrent à une association de prières pour la Propagation de la Foi Catholique dans les treize Etats de PAmcérique. M. Lhayer, ministre protestant converti, était le fondateur
de cette association, et cette sollicitude pour le salut des
(1) Manuel du Pélerin de A, 2. de Bonsecours, page Sn.
citoyens des Etats-Unis nous a semblé mériter d’être signalée.
La révolution en France mit l’Iétel-Dicu dans une grande gêne en le privant de la majeure partie de ses revenus. Mais en 1815, M. J. B. Thavenet, prêtre exemplaire, partit pour France afin de travailler à recouvrer les rentes des diverses communautés religieuses du Canada. Le digne ecclésiastique se consacra pendant vingt ans à cette difficile entreprise, avec autant d’habileté que de persévérance, et enfin il put faire restituer des sommes assez fortes aux communautés dont il Sétait constitué l’infatigable protecteur. L’Ilôtel Dieu de Montréal eut sa part de ces ressources précieuses, et c’est grice à elles que les spacicuses constructions actuelles ont été élevées.
Outre ce bel établissement, la communauté a acquis, on 1852, un vaste et superbe édifice dans un autre quartier de la ville, au faubourg St. Antoine. Ce local, qui était précédemment un Séminaire Anabaptiste, a reçu le noin d’hôpital St. Patrice, et il relève de la Maison-mère, Ces deux maisons contenaient, à la fin de 1855, 39 professes et 16 novices ou postulantes. Elles y avaient des lits occupés par 170 malades, et dans le courant de Pannée les Sœurs de St. Joseph avaient admis dans leurs deux hôpitaux 2,916 malades,
Ces bonnes Sœurs ont de plus envoyé, en 1845, une colonie de leur ordre à Kingston, dans le Taut-Canada, sur ja demande de Mgr. Remi Gaulin, évêque de cette ville. Le Couvent est Icur propritté, ainsi que lIHôtel-Dicu de
Kingston, et l’établissement a été bâti en partie par
Hôtel.
Mai:
Mal:
Guéi
être 7. PAT Souscription, et surtout par les libéralités de Mlle. Joseph LeBorgne, la principale Bienfaitrice. Les Sœurs de vue Kingston sont indépendantes de la maison de Montréal, ses élisant leurs supérieures, ayant noviciat, ct n’élant sou- A : , É à " »
Être nuses qu'à la visite de PEvêque Diocésain. A la fin OR de 1853, cette Communauté comptait 12 Professes et 3 du Novices où Postulantes. Elle élevait ei nourrissait 24 dant orphelins, et elle avait soigné dans son Iôtel-Dieu, ’ha- ; Pha durant l’année, 117 malades. (1) tuer it il | £ 0 ——.
- {1} Les premières Reliricuses hospitalières de St, Joseph qui arrivèrent Jieu à Montréal en 1659 furent les Sœurs :
3, et er NE S Dreso ré Sunérians ‘e À Blois ) Juorri Moreau DE BRESOLE, Supérieure, —nie à Blois, ions CarueriNe MAGÉ, —née à Nantes, Marie Marer,—née à Saumur, « nn S JUIS * . , | utre & ETAT ET RECENSEMENT DE LA COMMUNAUTÉ au 41 Déor MBRE 1853: sal Hôtel-Dieu : 50 prof, 16 nov. ou postul. 100 mal, 29 domest, — 166 bouc'es. Ù St. Patrice: 9 0 à 70 “ 6 u 82 e, a ne nn ru e la Total, 39 4“ 16 f 170 96 4 951 bouches.
. fin Ainyston : 10 prof, 3 nov. 1° malades, 24 orphel, 2 domest. == 5] bouches. 4 P I ntes.
3, et ŒUVRE DE L'ANNÉE 1858.
seph Maiades a mis à l'Hôtel-Dieu, 2,016, à St. Patrice, 999Total, 92,946 Maiades décédés “ 75 É b4 ds 129 ides. ne. — G CO- Guéris où soulagéa “ 1,941 L 876 ‘ 2,817 > SUT À Kingston, malades admis, 147 ville. L “décédés, 13 u de É
guéris ou soulagés, 184
> par
(Précis historique, &e., cité page 22.) D
Er