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Si nous résumons maintenant ce tableau des Communautés de femmes du Canada, nous trouvons que sur dix-sept Instituts qui prospèrent dans cette intéressante colonie, huit sont originaires de France, nn d'Irlande, et huit sont indigènes au Canada. Les Communautés dont les premiers sujets vinrent de France, comme celles formées en Amérique, ont à leur tonr envoyé des essaims en diverses directions, soit dans la province, soit aux Etats- Unis, et jusqu’au Chili; et aujourd’hui, dans un pays qui ne contient pas un million de catholiques, dans une colonie où les malheurs de la guerre n’avaient laissé subsister ie 65,000 Canadiens, lorsqu'une puissance protestante s’en empara, et où le prosélytisme de Phérésie a usé tour à tour de l'or et de loppression pour faire apostasier les habitans, nous avons la satisfaction de compter plus de mille Reïigieuses réparties dans soixante-seize Couvents, instruisant plus de dix mille jeunes filles, dont près de la moitié gratuitement, recueillant et adoptant près de 800 orphelins, et soignant dans leurs hospices où hôpitaux plus de 5,000 malades, par année. Voilà les œuvres de ces Religieuses, que les ennemis de l'Eglise représentent comme des membres inutiles de Ja société, et comme dilapidant, sans profit pour la chose publique, les biens que leur a confiés la charité de nos pères. Et cependant, ce qui est vrai du Canada est vrai de tous les pays
où il existe un couvent; et le Piémont, en expulsant aujourd’hui les Religieuses, chasse les institutrices de la jeunesse, les bienfaitrices des pauvres, et les mères des orphelins.
Le protestantisme humilié de la sécheresse de son culte et de la stérilité de ses œuvres, essaie à des époques périodiques de se galvaniser pour faire croire qu’il a la vie en lui. On organise des diaconesses ou des matr:nes, et l’on tente de copier les Sœurs de Charité, mais sans aucune espèce de succès. Toutes ces entreprises échouent et les prétendues Sœurs s’empressent d’oublier ce qu’elles croyaient leur vocation pour recourir au mariage, quand elles le peuvent. Aujourd’hui, une nouvelle expérience a lieu dans les meilleures conditions, et l'exemple donné par nos admirables Religieuses dans les hôpitaux de Constantinople, de Varna et de la Crimée, a inspiré une louable émulation à de charitables dames anglaises. L’anglicanisme est tout fier de ce résultat inespéré, et il est si étonné que le dévouernent ait produit dans son sein de bonnes gardes-malades, que des gravures d’un vaste format s’étalent dans les librairies protestantes de Londres et de New-York, représentant Miss Nightingale sous toutes les formes, dans l’exercice de ses nobles fonctions. Nous aimons la tâche que s’est imposée Miss Nightingale, nous souhaitons qu’elle réussisse, sans toutefois l’espérer, et nous l’estimons trop pour croire qu’elle ne viendra pas bientôt À nous, en se faisant une véritable Sœur de Charilé. Mais, quand le protestantisme veut nous opposer ses œuvres, le catholique n’a pas besoin de produire en parallèle celles qui sont réalisées depuis des sièeles dans des contrées comme la France, l'Espagne ou litalie. Il suffit d’aller prendre bien loin en Amérique un pays qui fait peu de bruit dans le monde, auprès de ses outrecuidants voisins, les Etats-Unis ; il ne s’agit que d'étudier un peu ce qui se passe dans ces quinze cents lieues de déserts
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glacés, —comme disait Voltaire (1); et l’on présente alors à la confusion de l’hérésie, l'admirable édifice religieux du Canada (2).
Si le contraste entre la fécondité du Catholicisme en bonnes œuvres et la stérilité du Protestantisme en fait d’abnégation personnelle et désintéressée ; si cette comparaison est éloquente lorsque l’on considère les Sœurs de Charité, ou celles consacrées à l’enseignement ; la conduite respective de nos prêtres et des ministres de Perreur en cas d’épidémie n’est pas moins instructive pour l’homme qui cherche de bonne foi la vérité. Ici encore, le souvenir du Typhus de 1847 se présente à l’esprit L’Immigration Irlandaise de cette année jeta sur les rives du St. Laurent près de cent mille infortunés chez la majorité desquels le Ship Fever se déclara avec des symptômes effrayants, et malgré les précautions d’usage pour installer une quarantaine à la Grosse-Ile, à 30 milles de Québec, la maladie s’étendit bientôt jusqu’à Mont-
(1) Voltaire a aussi écrit quelque part au sujet du Canada :—“ Après tout que nous font quelques centaines d’arpens de neige ?”--Mais voici ce que nous lisons textuellement dans le “ Précis du siècle de Louis XV, chap. XXXV,” après le récit de la prise de Québec :—“On à perdu ainsi en un seul jour “ quinze cents lieues de pays. Ces quinze cents lieues, dont les trois quarts “ sont des déserts glacés, n'étaient pas peut-être une perte réelle.”--On reconnait dans ces sentiments anti-patriotiques le cynisme de cet homme qui se réjouissait avec le Roi de Prusse du désastre de la France à Rosbach, et qui déplorait avec l'Impératrice Catherine de n’étre pas né Russe.
(2) Depuis que ce qui précède a été écrit, l'entreprise de Miss Nightingale a échoué, plus tôt même qu'on n'aurait pû le supposer. Il a suffi de moins de six mois pour voir le commencement et la fin des Zeligieuses Protestantes. Les journaux anglais ont avoué que les gardes-rflades engagées par Miss Nightingale ont scandalisé les hôpitaux par leur ivrognerie et leurs désordres, et la charitable Dame, honteuse de ses suivantes, a quitté l'Orient en proie à un profond découragement, L'une de ses compagnes Miss Lawfeld, s’est faite Catholique à Scutari; puisse la grâce éclairer bientôt également Miss Nightingale !
réal, où elle fit comme à Québec des ravages désastreux. Aussitôt des prêtres dont le zèle égalait la sainte audace, accoururent au chevet des mourants, et s'ils étaient impuissants pour arracher les victimes à la contagion, ils les sauvaient pour le Ciel, en attendant de succomber euxmêmes au sein de leur triomphe, A Québec, 51 prêtres se dévouèrent à tour de rôle à cet adirable ministère, tant à la Grosse-Isle qu’à Phôpital de la marine; 25 furent atteints de la maladie, ainsi que le Coadjunteur de Québec, et cinq eurent la gloire de succomber, en recueillant la double palme du martyre et de la charité. A Montréal, Mgr. Bourget marcha aussi aux ambulences, à la tête de son clergé. Il fut atteint du fléau ainsi que son Coadjuteur, et neuf prêtres laissèrent leur vie en holocauste pour le soulagement de leur prochain (1). Que
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(1) Voici les noms de ces victimes volontaires de la charité. Tls méritent d'être conservés parmi nous, comme les premiers chrétiens conservaient les noms de leurs martyrs.
À Québec, MM. Hunerr Ronson—Anglais de naissance, Hurt PaisLey— Ecossais converti, Epouarp MoxrmiNy—Canadien, Pierre Roy—Cavadien et Fécix-Séverix Barpy—Canadien.
A Montréal, MM. IT. Hupox, V. G.—Canadien, Prétres de l'Evêché , à CS .
ANroixe REY—Français, à Joux Ricrrarp (Jackson) —Améric. conv. | Drélise Prenre Ricæarp-Breton | RRSErS tte ; } -du Sémi- RENÉ Caror—Breton, on Parriox MorGax—Irlandais, a
Trroas CorGAN— Irlandais, Curé de St, André et Lawnr. MelnerNey—Trlandais, Vicaire de LaCbine, M. Etienne Gottofrey, prètre du Séminaire, périt À la même époque par une chute déplorfble, en volant au secours des malades, M. Pierre Richard était natif de Nantes, M. René Carof était né à Brest, et nous avons appris à lire avee Jui dans la même école. Il convient d'ajouter aussi à ce martyrologe le nom de Mgr. Power, 1er Evèque de Toronto, mort du typhus contracté en assistant les malades, le 1er Octobre 1847, Mer, Michäel Power était Hhlandais de naissance,
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CONCLUSION. 137 faisaient les pasteurs du protestantisme pendant ce temps ? La plupart songeaient à mettre à l’abri du typhus leurs femmes et leurs enfans ; et ils avaient raison. Leur ministère n’est pour ainsi dire qu’un métier honorable, une profession comme une autre, puisqu'elle n’exige d'eux aucun sacrifice ; celui de nos prêtres seul est une vocation, Et cependant, nous nous plaisons à reconnaître qu’il s’est trouvé quelques dignes pasteurs, comme le Rév. Mark Willoughby, qui trouvèrent dans leur cœur le sentiment du devoir, et qui restèrent fidèlement à leur poste. Mais ici cette noble conduite fut l’exception, quand chez nos prêtres elle fut la règle,
À Québec, il n'y avait à cette époque que des Reiigieuses cloîtrées, et elles ne purent, à leur grand regret, sortir de leurs hôpitaux pour courir au loin au devant de la maladie. Mais à Montréal, les Sœurs de trois Communautés s’offrirent à lenvi pour braver la maladie et la mort, afin de leur disputer leurs victimes. Les Sœurs Grises furent les premières à se rendre aux ambulances érigées dans la campagne, et elles y restèrent du 8 juin au 1 juillet 1847; mais alors ces dignes Religicuses furent contraintes de se retirer momentanément du combat, à cause du grand nombre de leurs malades. Trente Sœurs étaient alitées à la fois, et sur 34 de ces saintes filles qui furent atteintes, sept périrent, Les Sœurs de PIHôtel-Dieu de Montréal obtinrent alors d'être relevées de leurs vœux de ciôture pour remplacer les Sœurs Grises au poste du dévouement, Du 5 au 11 iuillet elles firent le service aux Sheds; mais le typhus s'étant déclaré à l'Iôtel- Dieu, et le grand nombre des prètres malades qui y avaient été transportés demandant tous leurs soins,'les hospitalières de St. Joseph durent à leur tour céder la place aux Sœurs de la Providence. Celles-ci demeurèrent
maîtresses du terrain du 26 juin au 26 septembre, puis, comme les orphelins qu’on leur apportait à St. Camille
exigeaient leur présence, les Sœurs Grises reprirent le service le 26 septembre et continuèrent à être chargées des ambulances jusqu’à la fin de la contagion, au mois d'avril 1848 :—“ Une sainte émulation de vertu faisait briguer ‘ l'honneur de venir remplacer les victimes, et les rangs ‘ étaient toujours remplis sans laisser paraître leurs vides. Montréal n'oubliera jamais le touchant spectacle offert ‘ par ces âmes généreuses qu'on voyait chaque jour traver- ‘“ ser nos rues, pour voler au martyre, avec plus de ‘ véritable joie que le monde n’en vit jamais dans ses ‘ partisans, pour aller à ses fêtes ou courir à ses specta- “ cles (1). ”
Quand le fléau dévastateur eut enlevé assez de victimes, il laissa, comme nous l'avons dit, des centaines d’orphelins, et la charité catholique fut encore sublime pour adopter ces malheureux. A Québec, à l’appel pathétique du clergé, les habitans des campagnes se distribuèrent entr'eux plus de 400 enfans, et l’on eut soin de ne pas séparer les enfans d’une mème famille, et de les faire
(1) Manuel du Pèlerin de N.-D, de Bonsecours par le R. P. F. Martin, S. J.
17 Hospitalières, 53 Sœurs Grises et 39 Sœurs de la Providence firent tour à tour le service aux ambulances;—3 Hospitalières, 34 Sœurs Grises et 32 Sœurs de la Providence tombèrent malades. Voici les noms des 18 victimes.
GERTRUDE Porrter—Canadienne,
Sopuire DARCHE, #6 Hospitalières, M.-Jos. PoRTELANCE, post, “
Axx Nosres— Anglaise,
Martæ-Macn, Limoces—Canadienne,