QUAI DES GRANDS- AUGUSTI>S
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sur papier de Hollande ]'an Gelder
LIMINAIRE
LIMINAIRE
La terre, avec sesjïax de ferments et de sèves,
Offrait un but palpable, innombrable, à tes rêves.
Et toi-même éprouvant — mais presque à ton insu ! —
Que tu pourrais tenter le poème aperçu
Dans sa fraîcheur splendide et comme primitive,
Y tendais ton vouloir et ton âme instinctive :
Comme on voit dans l'été les plateaux des hauteurs
S'offrir, pour y fleurir, aux vents fécondateurs
— C'est-à-dire sans nul effort, attendant l'heure,
Et le soujfle, s'il vient, qui fait l'œuvre meilleure, —
Tant qu'enfin, dans ta solitude résolu,
A peine si tu veux que ce livre soit lu...
L'homme est ainsi tremblant devant Vœuvre imparfaite.
Hier, monde évoqué devant tes yeux en fête.
Tu contemplais, penché sur le sommet d'un mont,
Tout le déroulement fastueux et fécond
D'une grasse campagne à peine imaginaire
Et souffleté par l'aigle au sortir de son aire.
Crispant sur un bouleau tes mains quun vent glaçait,
Ta silhouette au bord du gouffre s'avançait.
Tu voyais, des gazons de la haute terrasse.
Le poème des blés onduler avec grâce.
Les eaux baignant le sol de leur vaste langueur
Et, comme le symbole épais de sa vigueur,
La terre obscurcissant ses horizons énormes
De bois dont mugissaient les ténébreuses formes.
Parmi les végétaux que secouaient les vents
Pour inonder le sol de leurs germes vivants.
Dans la plaine brillant d'une splendeur première
Des animaux marchaient et buvaient la lumière.
Le monde, primitif pour tous les jeunes yeux,
S'offrait à toi vermeil, guère mystérieux ;
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Tu sentais de ton être à la nature immense
Chanter en vers nouveaux une a correspondance »
Et tu rythmais ce livre aux remous enfiévrés
Ou ta jeunesse peint avec des mots dorés,
Dans l'ivresse joyeuse et la fraîche musique,
Le resplendissement de l'univers physique.
Plus tard tu vis V instinct se ruer aux faubourgs;
Tu le suivis. La foule en joie et ses blocs lourds
Où tu voyais frémir d'autres forces confuses
Enferma le cortège étonné de tes muses.
Bientôt, mêlant leur voix aux cris populaciers.
Rejetant le péplum de la grave eurythmie
Qui drapait quelquefois leur noblesse endormie,
Voici qu'elles suivaient ces mouvements grossiers !
Mais les champs, transformés par les Saisons rythmiques.
Qui recèlent partout l'effort des germes lents
Prêts à subir les naturelles dynamiques.
Attirent ton esprit vers la terre aux beaux flancs.
Tu passes dans la vie, argile vague ou brûle
Ce rayon par lequel tout s'agite, et marchant
Sur un sol plein d'aïeux, ta jeune voix circule
En la trame des jours, des races, et du chant!
Baise le sol, enfant, et trouve en la poussière Le goût de cendre humaine où gisent tes parents Et puis, levant ce front que baigne la lumière, Sens l'éther palpiter de souffles odorants ! Ces souffles, balancés au jeu des destinées, Les hommes d'autrefois les avaient respires Dans l'exaltation de leurs jeunes années : De leurs atomes clairs ils s'étaient enivrés. Cette ivresse éternelle a frémi dans tes veines ; Tes yeux, pleins d'un bonheur fatal et conscient, Ont vu se dérouler mille races humaines Sous les rais de soleil d'un jour frêle et riant. Et tu chantes ! Le jour est peuplé de fantômes. Les forces de jadis emplissent les airs bleus ; Quelque vent manifeste au loin les lourds arômes De la terre, retours fugaces et moelleux. Le sol inépuisé n'est que large verdure, Sources précipitant leur onde vers la mer, Animaux, générés sans cesse, en qui perdure Le souffle originaire et le principe amer. Et tu chantes ! Ton chant sera vrai si le fleuve
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Berçant son eau /ayante au bas du peuplier Peut avec les reflets de cette eau toujours neuve Donner l'illusion du monde tout entier; Si le fleuve en coulant par masses d'harmonie Caresse la nature et lui prend sa clarté : Car ton chant est un fleuve à la voix infinie, Reflet d'un vague instant, — miroir d'éternité. L'univers est partout ; un ciron le résume ; Il tient, si tu le veux, au clos de ton verger ; Un soir d'été baigné d'une subtile brume Du poids mort de la chair peut même Valléger, L'esprit animateur veille dans la matière Comme une lampe pure aux caves des tombeaux; Audacieux, tu prends la tremblante lumière. Voulant la promener sur des objets nouveaux, Quoique éternels . . .
— Hélas, la tâche est accomplie, Cette Jois ; jette au livre un regard angoissé Devant Vinanité des sons et leur folie : Ton chant dans l'ouragan du monde est dispersé!