TROIS POEMES SUR L'AUTOMNE
L'AUTOMNE LATDE
Automne, tout songeur te croit mélancolique, Et le vol d'une feuille emportée à ton vent Suffît à provoquer la plaintive musique De l'âme abandonnée et de l'esprit rêvant.
Mais parmi la splendeur pesante de tes phases, Quand tu répands partout les forces de l'été, Je goûte seulement les profondes extases Oue donnent les couleurs de ta maturité.
Tes feuillages divers me sont l'auguste fête, Automne, belle Automne, où je vais m'éblouir : Pour les fronts des pensifs toute joie est muette ; Sous tes décors brûlants ils aiment s'enfouir.
Les forêts sont par toi plus nobles et plus amples ; Siérait-il de gémir d'angoisse sur leur seuil Et, dédiant aux dieux du souvenir ces temples. De dépouiller pour eux les splendeurs de l'orgueil ?
Faudrait-il sur un pauvre amas de feuilles jaunes, Rejetant le conseil de tes rouvres secrets Ou le rire moqueur qu'ont encore tes faunes, Défaillir d'amertume et de vagues regrets ?
Tu chantes clair en nous, grande Automne latine. Tes gammes de couleurs réjouissent nos sens ; Tes ors sombres mêlés à ta grasse patine Semblent réaliser des vœux éblouissants.