Les signes du temps
D'autres ont écrit, sous le titre qui figure en têle de ce volume, des œuvres d'une haute portée philosophique ou religieuse. On sait notamment qu'en Allemagne le savant M. Bunsen se l'est en quelque sorte approprié, clans un grand ouvrage de controverse et d'érudition contemporaines.
La pensée de ce livre est toute différente, et surtout beaucoup plus humble.
L'auteur n'a point eu l'intention de formuler la synthèse de son époque. 11 s'est borné à rechercher, sous une forme analytique et un peu à l'aventure, dans l'art, dans la morale, dans la littérature surtout, quelques-uns des signes qui peuvent servir à caractériser le temps présent, à les saisir et à les
apprécier selon la mesure , très-restreinte , de ses forces.
Il lui a semblé que de tels signes pouvaient se rencontrer un peu partout : dans le livre du jour, dans l'exposition nouvelle , dans le monument qui s'achève , dans les vieux quartiers qui s'en vont , dans le grand parc qu'on morcelle , dans une fête publique, dans un bal privé, dans une solennité religieuse, dans un concert mondain, etc., et il les a ainsi étudiés, sans trop de suite ni de méthode, au gré de sa fantaisie, ou plutôt au gré des obhgations journalières de la presse périodique.
La plupart des pages de ce volume ont déjà subi, en effet, l'épreuve de la pubUcité quotidienne ou hebdomadaire.
L'auteur n'ignore pas les objections qu'on a faites et qu'on est en droit de faire à ces sortes de livres qui effleurent tous les sujets, au lieu d'en approfondir un seul; mais il pense que de tels ouvrages ont leur raison d'être et même leur nécessité, en ces temps d'activité et de fièvre industrielle, où les lecteurs trop affairés ont peur des œuvres de l'esprit si elles sont de trop longue haleine, oîi ils aiment à traiter le livre comme le journal, à l'ouvrir û tout hasard, à le commencer par la fin ou au miheu,
sauf à le mettre de côté au bout de quelques pages; où, en un mot, ils n'acceptent d'autre lecture que celle qui leur est offerte à très-faibles doses.
Ce volume, bien qu'une pensée générale et un lien commun en rassemblent les diverses parties, appartient donc à la famille chaque jour plus nombreuse des liwes qui promènent la pensée d'un écrivain à travers les sujets les plus divers, qui essayent de racheter par la variété le défaut d'unité et d'ensemble. C'est, si l'on veut, un recueil d'articles. A ce titre, il est lui-même un sigjie du temps.