ROBERT FLEURY
Sur les six tableaux de ce peintre que les organisateurs de salon ont exposés, il y en a trois qui sont tout simplement de mauvaises actions : Galilée, VAuto-da-fé, le Supplice des brodequins. Les hommes sérieux ont depuis longtemps relégué l'histoire du
supplice de Galilée et de sa fameuse exclamation ' : E pur si muove , au rang des fables Inventées par l'esprit de parti , comme ils ont fait justice des calomnies et des exagérations historiques dont l'inquisition espagnole a été l'objet. Toutes ces conclusions , tous ces résultats de la critique moderne, sont demeurés non avenus pour M. Robert Fleury, qui a peint des scènes de chauffeurs et des cavernes, et non de l'histoire consciencieuse. Sous son pinceau, tous les condamnés du saint office se transforment en martyrs, en patriarches vénérables, en héros et en saints, tandis que les cardinaux, les inquisiteurs, les moines, sont tous d'etfroyables bandits, ivres de vengeance et de carnage. De telles peintures sont dignes de servir d'illustration à ces pamplilets sans vergogne, à ces livres d'étrennes que le gros du public prend naïvement encore pour de l'histoire, et qu'éditent splendidement chaque année des librairies de pacotille sous les titres de : Mystèi^es de l'inquisition, Mystères de la Bastille, Histoire des prisons de V Europe, etc., etc. Quant à la valeur artistique de M. Robert Fleury, je n'ai rien à lui objecter, je ne nie pas son talent, mais je nie sa science histori(jue, car je ne voudrais pas nier sa conscience.
1. Voir cinq articles publiés par M. Biot dans le Journal des Savants, année I8â8, pages 137, 397, 4til, 643, G07.
ESTHÉTKiUE DU PAYSAGE. 243