‹ Les Signes Oculaires de la ToxoplasmoseChapitre 3 sur 27 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

Existe-t-il des maladies nouvelles ? Telle est la question qui peut se poser si l'on considère la littérature médicale de ces dix dernières années touchant l’Encéphalomyélite toxoplasmique : à la suite des travaux des auteurs américains WoLr, CowEn et PAIGE (1937), des cas isolés sont en effet peu à peu décrits dans les différentes parties du monde.

La pénétration du ToxopcLasma de Nicorze et MANCEAUX dans l’organisme humain crée un tableau clinique différent suivant qu'elle a lieu durant la vie fœtale ou chez l'adulte; la forme congénitale va se traduire, dès les premiers jours de la vie par des troubles immédiatement observables : symptômes neurologiques traduisant l’évolution d’une méningoencéphalomyélite (surtout convulsions) et modifications du volume du crâne (hydrocéphalie ou microcéphalie); et par des troubles ophtalmologiques (choriorétinite) et radiologiques dont la recherche systématique explique l'actuelle apparente augmen tation de fréquence de la maladie, dont le diagnostic ne sera définitivement confirmé que par des arguments biologiques ou histobactériologiques. Par contre, chez l'adulte, la toxoplasmose acquise se manifeste par des signes d'infection générale assez analogues à ceux du typhus ou de la fièvre pourprée des Montagnes Rocheuses et les manifestations oculaires y sont exceptionnelles. Il paraît étrange que, depuis 1946, on ait découvert tout à coup et si souvent, dans divers pays d’Europe, des cas de toxoplasmose, qui ressemblent du reste beaucoup à ceux décrits en Amérique. Les médecins européens n'ont-ils donc pas été frappés auparavant par l’ensemble des symptômes typiques tels que l’hydrocéphalie, la microphtalmie, les altérations graves du liquide céphalorachidien ? ou bien la symptomatologie de la maladie s’est-elle modifiée pour devenir plus apparente ? En fait, il est vraisemblable que la toxoplasmose, dans son tabeau clinique complet, n’a été si

tardivement isolée du groupe des encéphalomyélites du nouveau-né que parce que les pédiatres ne pensaient guère à faire examiner par les oculistes les enfants pouvant en être atteints : il s’agit, le plus souvent, de nouveau-nés atteints de convulsions et présentant un état d’arriération mentale extrême, confinant à l’idiotie; dans ces conditions, l'investigation n'était habituellement pas poussée très loin. C’est aussi pour cette raison que les ophtalmologistes, mis en présence d'une microphtalmie, d’une lésion cicatricielle choriorétinienne, d'un aspect colobomateux, n'ont pas davantage fait le diagnostic et réclamé un examen radiologique du crâne, joint à l'examen neuropsychiatrique.

Cette hypothèse se trouve confirmée si l'on étudie les observations isolées, publiées dans le cours des trente ans qui séparent la découverte du germe infectieux des ‘premiers travaux complets américains : ces observations n'ont pu parvenir à leur but — c'est-à-dire à créer l'entité toxoplasmose humaine — que par le seul fait de leur isolement même : une synthèse n'était encore pas réalisable. Ce ne sera donc que lorsque les médecins d'enfants feront pratiquer un examen ophtalmologique systématique chez tous leurs petits malades atteints de ce syndrome, que nous aurons l’occasion d'en observer les formes oculaires, et que l’on pourra préciser la distribution géographique, ainsi que la fréquence de la maladie.

Ainsi, de l'étude de la toxoplasmose humaine se dégage déjà un double intérêt :

Au point de vue général et neurologique, elle permet d'isoler du groupe des encéphalomyélites du nouveau-né, jusqu'à ce jour considérées comme primitives, une forme dont l'agent infectieux est connu et contre laquelle l'espoir d’une thérapeutique spécifique semble par conséquent permis.

Au point de vue ophtalmologique, la constatation de lésions oculaires particulières chez un nourrisson atteint d’encéphalite devra toujours orienter les recherches dans le sens de la toxoplasmose. De plus, cette étiologie devra toujours être discutée en présence de lésions oculaires congénitales ou acquises dans les premiers temps de la vie, même si le syndrome neurologique est fruste, passé inaperçu ou absent.

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Après avoir tracé, dans un bref raccourci historique, les étapes les plus marquantes dans la connaissance de la toxoplasmose, nous étudierons les problèmes étiologiques que soulève cette « maladie nouvelle ».

Nous exposerons en troisième lieu les généralités anatomopathologiques indispensables à la bonne interprétation des signes oculaires et généraux.

Nous verrons ensuite, dans tous leurs détails, les signe: oculaires à propos desquels l’ophtalmologiste doit envisager et discuter la possibilité d’une toxoplasmose, nous verrons que si parfois l'examen oculaire n’a qu’une valeur complémentaire pour le diagnostic, dans la grande majorité des cas, c'est à l’ophtalmologiste aidé du radiographe qu'il appartient de poser en premier le diagnostic de toxoplasmose. Ceci nous conduira à donner un aperçu de la symptomatologie clinique et radiologique indispensable au diagnostic.

Dans un autre chapitre, nous résumerons les observations qui ont servi de base à cet exposé et nous envisagerons les principaux problèmes diagnostiques qui se posent.

Enfin nous rapporterons dans un dernier chapitre les diverses mesures thérapeutiques proposées jusqu’à ce jour par les différents auteurs.

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