TABLEAU CLASSIQUE DU SATURNISME
Nous n’envisageons ici que le saturnisme prokessionnel. Il s'agit d’un malade — peintre, plombier, typographe,
etc.
anémié, fatigué, qui se plaint de malaises indéfinissables, qui a perdu l'appétit; ses digestions sont pénibles, il a l’haleine fétide.
La nuit, assez souvent, il est pris de douleurs violentes au niveau des articulations dont les plus atteintes sont la tibiotarsienne et le genou; ce sont des douleurs rhumatoïdes, sans troubles objectifs.
Cet état se prolonge pendant quelques jours, une semaine environ, puis va se déclarer un syndrome douloureux abdominal et apyrétique : la colique de plomb.
Le début de la colique est brusque; le sujet ressent une étreinte abdominale atroce; il se penche en avant et croise les bras sur l'abdomen pour soulager par une large pression cette douleur qui s'accompagne de hoquet, de vomissements; elle est maxima à l’ombilic et s’irradie aux testicules et aux fausses côtes; les irradiations peuvent encore se diriger vers le rectum ou vers la vessie. |
Le ventre est rétracté vers la colonne vertébrale.
La palpation légère de la main mise à plat sur l'abdomen
ou
augmente la douleur; la palpation forte, profonde, proloncée,/la calme.
Les selles sont supprimées.
L'urine est rare, haute en couleur, pauvre en urée, dépourvue d’albumine.
La pression artérielle est forte.
Le pouls est ralenti.
Chez un pareil malade, il faudra rechercher
le liséré gingival de Burton, gris ardoisé, de 1 à 3 millimètres, au niveau du collet des dents;
l'hypertrophie des parotides, non douloureuses, sauf à la pression et pendant la mastication;
les taches de Gubler, ardoisées, à la face interne des joues.
Un tel tableau clinique ne se trouve généralement que chez des sujets soumis à l’intoxication saturnine depuis des années. Or, nous avons vu précédemment que Ce qui importe, c'est non pas l'identification de l’intoxication confir. mée, mais le dépistage de l’intoxication au début.
Comment y arriver?
SYMPTOMES PRECOCES DU SATURNISME
On peut dire qu'actuellement les symptômes du saturnisme considérés comme précoces sont les suivants
Parmi les signes cliniques : le teint saturnin, le liséré saturnin, la parésie des extenseurs, les variations de la chronaxie des extenseurs;
Parmi les signes de laboratoire : certaines modifications morphologiques du sang où chimiques du sang ou des urines (Dhers).
Symptômes cliniques.
Le leint salurnin est un des symptômes perceptibles du saturnisme le plus anciennement connu; difficile à diagnos: tiquer au début surtout, il est toutefois très discuté, et cer fains pensent en tout cas qu'il s’agit d’un symptôme tardif
LaFONTAINE, ?
) plutôt que précoce; en outre, il se distingue difficilement du teint des cachexies diverses et même de la simple anémie. si fréquente parmi les travailleurs.
Le liséré gingival salurnin est trouvé à des taux différents selon les auteurs, chez les sujets exposés à l’intoxication 12 p. 100 (Kælsch), 65 p. 100 (Heim, Agasse-Lafont, Feil), 90 p. 100 (Shie) [12] le liséré comme un signe d'imminence de saturnisme; Vi-
La majorité des auteurs considèrent ï \
gliani et Dhers pensent que la présence du liséré conseille d'accorder la plus grande attention aux symptômes subjectits et de rechercher les symptômes objectifs, surtout hématologiques, pour établir si Fouvrier est un simple porteur de plomb ou si le toxique à lésé les tissus.
Le type le plus fréquent de la paralysie saturnine est celui qui correspond au type antibrachial La paralysie est assez souvent bilatérale: le droitier voit l'atteinte plus profonde sur son bras droit, le gaucher sur son bras gauche.
Le début est brusque ou lent et progressif, parlois précédé de fourmillements et d'engourdissements, annoncé par une maladresse croissante. Il s'installe finalement une paralysie radiale atteignant d'abord l'extenseur commun des doigts (le malade fait les cornes), puis l’extenseur du: pouce, les radiaux, le court extenseur du pouce, le cubital postérieur. La corde du long supinateur, intact, se dessine quand on essaie d'étendre l’avant-bras volontairement fléchi. La main pend, flasque, immobile.
Si la maladie n'est pas soignée, de l’atrophie survient au bout d'une quinzaine de jours; au niveau des nerfs, il Ya diminution des deux contractilités, au niveau des muscles la réaction de dégénérescence s'installe.
Cette paralysie S'établit progressivement, mais son début marqué par de la simple parésie est très précoce.
C'est cette diminution de la puissance musculaire quil importe de rechercher avec soin, soit en faisant simplement presser la main de l’expérimentateur par le sujet, soit mieux avec l’ergomètre de Glibert [20].
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ERGOMETRE DU DOCTEUR GLIBERT
(Reproduit avec l'autorisation du Mocteur LANGeLEz.)
Mesure dela force des muscles fléchiss
Mesure de la force des muscles extenseurs,
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Glibert, dès 1903, fait remarquer que ce n'est pas tant la valeur absolue de l’extension qu'il importe de connaître
que sa valeur relative : le rapport entre la force d'extension
et la force de flexion est régulièrement abaïissé, et cela de facon fort précoce, chez les ouvriers en puissance d’intoxication saturnine [35 |.
Zondeck, en 1913, relate ses expériences chez 30 ouvriers travaillant le plomb. Il se sert d’un instrument, très simple pour mesurer les angles des principaux mouvements de la main, dans la flexion et dans l'extension. De ses recherches, il conclut que plus l’ouvrier a travaillé le plomb, plus faible est l'extension de la main. Au fur et à mesure que les ouvriers travaillent depuis plus longtemps le plomb, une plus grande différence apparaît en faveur de la main gauche.
Téleky [62] paraît avoir attaché de l'importance aux cas de signe des extenseurs positif unilatéral.
En 1925, Heim de Balzac, Agasse-Lafont et Feil [22] déclarent que le résultat de leurs propres recherches est en désaccord très fréquent avec les constatations de Téleky. Parmi les ouvriers du plomb, ils n’ont pas constaté en effet que le pourcentage du signe des extenseurs soit de plus en plus élevé à mesure que les ouvriers ont travaillé plus longtemps le plomb.
D'autre part, le signe leur paraît souvent bilatéral, dans 40 p. 100 des cas en moyenne, alors qu'il ne le serait que 5 fois d’après Téleky.
Quand il est unilatéral, Téleky le relève presque toujours à droite (115 fois sur 116); alors qu'ils le trouvent souvent à cauche, dans 20 p. 100 des cas en moyenne.
Entin, le signe des extenseurs n’existerait à gauche que chez les gauchers, d’après Téleky; Heim, Agasse-Lafont et Feil trouvent au contraire assez souvent un signe des extenseurs positils à gauche chez les droitiers.
Au cours d’une enquête sur le saturnisme, M. le Profes-
Le
seur agrégé F, Piéchaud et ses collaborateurs : Mlle Rougier,
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MM. Dejarnac el Bentéjac, ont recherché comme il suit le signe des extenseurs :
Le sujet se tient debout, bien droit, les deux épaules exactement symétriques. On lui demande de plier le coude et de placer son bras horizontalement à la hauteur de son épaule, le poignet droit devant rester à une certaine distance de la poitrine, 30 à 40 centimètres, Le dos de la main doit se trouver en dessus. Il faut rechercher le signe des extenseurs isolément pour le bras droit et pour le bras gauche. Si on le recherche simultanément des deux côtés, il est moindre que si on l’étudie séparément.
Quand l'extension est parfaite, la main forme avec le bras un angle presque droit; on dit que le signe est absolument négatif.
Lorsque l'extension est impossible, la main peut à peine se redresser, elle reste dans le prolongement de l’avant-bras : le signe des extenseurs est alors absolument positif.
Recherche du signe des exlenseurs.
Entre ces deux extrêmes, l'on voit tous les intermédiaires. Avec Heim de Balzac, Agasse-Lafont et Feil, M. le Protesseur agrégé Piéchaud estime que le signe doit être considéré comme positif lorsque l'extension n'atteint pas 45 degrés. Il
est négatif dans le cas contraire.
Les auteurs qui, jusqu'ici, se sont occupés de la mesure de l'extension ont toujours fait cette mesure à l'œil nu.
Pour supprimer toute cause d'erreur personnelle, M. le Prolesseur Piéchaud à eu recours au dispositif suivant : sur une planchette, on dispose un quart de cercle gradué. Un bracelet en cuir est disposé au centre, afin d’encercler le poignet du sujet et l'empêcher de s'élever. On enfile le doigt majeur du sujet dans un doigtier en cuir, qui porte une petite, tige. Cette petite tige montrera très exactement sur le quadrant eradué de combien a été l'extension de la main.
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Disposilif pour la mesure angulaire de l'extension de Ja main.
Actuellement, les recherches s’orientent pour déceler les minimes altérations neuro-musculaires du début de l'intoxication vers les modifications des réactions électriques et en particulier de la chronaxie, l'examen électrique ordinaire ne donnant de signes évidents que lorsqu'il y a dégénérescence.
Avant d'étudier les modifications de la chronaxie dans le saturnisme, il faut avoir une idée générale sur cette méthode d'exploration, découverte par L. Lapicque et qui a trouvé en Bourguignon un véritable apôtre’ entre ses mains, elle a donné d'incomparables résultats et a trouvé son application dans les domaines les plus divers de la biologie.
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C'est en nous rapportant au travail de Bourguignon [5] que, nous allons essayer de définir simplement ce qu'il faut entendre par chronaxie.
Ce mot « chronaxie », introduit dans Ja science par L. Lapicque, en 1909, sert à désigner un temps caractéristique de l’excitabilité, cette propriété fondamentale qu'a la matière vivante de réagir aux excitation extérieures.
Parmi tous les agents d’excitation on à choisi l'électricité parce que c’est l'agent qu'on peut doser avec le plus de pré- CISION.
On sait depuis longtemps que l'établissement et la rupture d'un courant sont capables d’exciter les nerfs et les muscles, mais il faut atteindre une certaine intensité pour obtenir le premier effet visible qui est ce qu on appelle Le seuil.
Du Bois-Reymond a montré que l'intensité qui donne 1e seuil est indépendante de la durée du passage du courant, mais dépend de la rapidité plus ou moins grande avec la- -quelle l’intensité varie pendant que le courant s'établit ou disparaît.
La loi de Du, Bois-Reymond n'est exacte que pour les courants d’une durée plus longue qu'une certaine durée limite. Mais pour des durées de passage du courant plus courtes que cette durée limite, le temps du passage du courant intervient dans cetté excitation. Ce qui revient à dire qu'il n°y a pas un seul seuil, mais autant de seuils que de durées de passage du courant pour les durées plus courtes que celle au-delà de laquelle le temps n'intervient plus.
En étudiant la limite qui sépare les longues durées du passage du courant, pour lesquelles le temps ne joue pas de rôle, des courtes durées pour lesquelles le temps joue un rôle dans l'excitation. L. Lapieque et Mme Lapicque montrèrent, en 1903, que cette limite qu'ils appellent Le «temps utile » varie avec les muscles et nerfs considérés et Les caractérise.
Dans un grand nombre d'expériences, L. Lapicque montra qu'il y à une relation étroite entre la vitesse de contraction