‹ Les Signes Précoces du SaturnismeChapitre 15 sur 38 · N 1° MODIFICATIONS MORPHOLOGIQUES · texte numérisé non relu

N 1° MODIFICATIONS MORPHOLOGIQUES

A. — Globules rouges.

La diminution de l'hémoglobine et du nombre des globules rouges à été un des premiers symptômes sanguins signalés.

Dans l’intoxication saturnine, la diminution de l'hémoglobine n'est jamais très forte, elle ne tombe pas en général au-dessous de 70 p. 100. Pour certains (Legge-Goadby, Mattussewitz), la diminution de l'hémoglobine est un signe précoce, ce que n'admettent pas Schmidt, Kehl, Kost 30).

La diminution du nombre des globules rouges peut marcher de pair avec la diminution du taux de l’hémoglobine. On trouve des valeurs au-dessous de 4.000.000 (Berger), 3.000.300 (Kost). Par contre, J. Heim, E. Agasse-Lafont et À. Feil {23}, au cours de leurs recherches sur le présaturnisme, ont trouvé un nombre de globules rouges oscillant entre 4.000.000 et 6.000.000; pour eux, l’anémie est un signe relativement tardif, indiquant une atteinte déjà profonde de l'organisme; il ne saurait être retenu comme le moyen de dépistage du saturnisme au début. |

La polychromatophilie est la faculté anormale présentée par les globules rouges de prendre non seulement les couleurs acides, mais aussi les couleurs basiques; dans ces conditions, à l'examen d’une préparation de sang desséché, fixé el coloré par un bleu basique, on remarque certains globules rouges bleu foncé, tranchant avec les autres éléments qui sont colorés en bleu pâle. Leur coloration est uniforme, il n y à pas de traces de granulations:

La polychromatophilie se rencontre avec une grande Îréquence dans le saturnisme de 21 p. 100 des cas à 73 p. 100 des cas (Heim, Agasse-Lafont). Ces hématies à protoplasma basophile apparaissent au bout de quelques jours d’exposition au plomb. Elles constituent une forme intermédiaire entre l'hématie embryonnaire et l'hématie adulte; elles traduisent une hyperactivité de la moelle osseuse.

Certains auteurs (Kost, Schmidt, Schonfeld) considèrent la polychromatophilie comme un symptôme de valeur parti: culièrement précieux pour la surveillance sanitaire des travailleurs, car il constitue un des premiers signes d’absorption du plomb (Dhers). &

En même temps que la polychromatophilie, il + a lieu

L'AUSR ur de rechercher Les hématies granuleuses (granulo-réticulo-fila-

menteuses de Sabrazès).

Si on fait une coloration au bleu de méthylèné à 4 p. 500, d'après la méthode de M. le Professeur Sabrazès, méthode que nous décrirons en parlant des hématies à granulations basophiles, on met en évidence les hématies granuleuses à grains très fins et un peu flous, se différenciant des hématies à granulations basophiles, à grains plus nets, plus gros, mieux arrêtés comme contours et souvent plus espacés [50].

On peut les rechercher aussi d’après la méthode de Krumbhaar [31].

Les hématies granuleuses existent normalement dans le sang au taux de 3 à 5 p. 1.000. Un taux supérieur à 5 p. 1.000 doit être retenu comme suspect. Un taux de 10 p. 1.000, en présence d’autres symptômes, doit permettre le diagnostic précoce du saturnisme.

Dhers [14] fait remarquer avec Kost, que les hématies eranuleuses apparaissent au cours du saturnisme alors que la polychromatophilie n'existe pas. Dans ces conditions, il faut accorder une grosse valeur aux hématies granuleuses pour le diagnostic précoce du saturnisme.

La présence d'hématies à -granulalions basophiles (hémaliées ponctuées) dans le sang des saturnins constitue un excellent moyen de dépistage du saturnisme lalent. Sa précocité, sa fréquence, la facilité de sa recherche en font un signe de haute valeur diagnostique.

Le Professeur Sabrazès [51], dès 1900, à étudié expérimentalement ces hématies et a mis en évidence leur valeur dans le saturnisme. Sabrazès, Bourret et Léger, le 4 avril 1900, ont montré la facilité avec laquelle chez le cobaye, animal réactif, l'injection de minimes doses de sels de plomb faisait apparaitre däns le sang, quelques heures après l'introduction du toxique, des hématies ponctuées, ef cela quelle que soit la voie choisie.

D'autre part, les auteurs ont insisté sur l'association de ces hématies ponctuées à des polychromatophiies.

ne NOR

Dans de nombreuses publications, le professeur Sabrazès a montré que les intoxications par le plomb, franches ou larvées, suscitent ce stigmate globulaire qu'il est aisé de dépister [52].

On peut mettre en évidence les hématies à granulations basophiles par une coloration au bleu de Lofller ou au bleu de Borrel; le bleu polychrome de Unna convient aussi; le bleu boraté, conseillé par Sabrazès et Muratet, donnent de bonnes préparations.

- En voici la technique :

Sur des frottis vieux de vingt-quatre heures et non fixés,

opérer les manipulations suivantes

Rice emmalcoole absolue NE 10 minutes.

Paver à .:leau:

LOU ADO LATE MARNE PE Re Un LE 10 secondes,

Ds

Eaver à l’eau.

Formule du bleu boraté :

Bleu de méthylène à 2 p. 100 ...:..,.... . 100 cm Arai Ados OCEAN Nero LAN, à 0 g. 50

NIGOOI DD OMR NES R EE RE A SAN PAL VIT EgutEeS

Avec cette coloration, on peut distinguer les hématies granulo-réticulo-filamenteuses qui apparaissent en bleu, les hématies normales étant colorées en vert. Les hématies à granulations basophiles sont à rechercher parmi les hématies vertes avec des points noirs.

Langelez, professeur à l'Université de Bruxelles el chef de service médical du Travail conseille la méthode suivante [34]:

Etendre en couche très mince sur une lame de verre une soutte de sang; fixer à l'alcool absolu pendant une heure: colorer au bleu de méthylène alcalin (bleu de méthylène chimiquement pur, 2 grammes; bicarbonate de soude, 12 grammes; eau distillée, 200 grammes) pendant une minule; déco-:

\ lorer à l’eau distillée et laver abondamment jusqu'à décoloration.

De toutes les méthodes de coloration, la plus pratique est la méthode de Sabrazès, au bleu de méthylène à 1 p. 500 (bleu de méthylène officinal et chimiquement pur).

En voici la technique [531

Etaler sur une lame rigoureusement dégraissée à l'alcool et à l'éther et débarrassée de tous débris de coton ou de COFPS étranger quelconque une gouttelette de sang en couche

mince. Sécher très rapidement. Au bout de quatre à cinq.

minutes, renverser prudemment sur le frottis bien homogène une lamelle nettoyée de la même facon et sur laquelle on vient de déposer une gouttelette d'une solution de bleu de méthylène à 1 p. 500, gouttelette qui doit s’étaler de suite uniformément.

On pratique l'examen à l'immersion huileuse, soit à la lumière naturelle soit mieux à un éclairage artificiel.

Les granulations apparaissent sous la forme d’un piqueté plus ou moins abondant, fin, moyen ou gros; elles peuvent aussi se disposer en couronne à la périphérie du globule.

Pour Sabrazès, on ne trouverait jamais dans le sang normal d'hématies à granulations basophiles.

Naegeli admet au contraire qu'elles s’v rencontrent, mais qu'elles sont très rares. On peut admettre qu'on les découvre rarement à l’état normal en nombre supérieur à 100 basophiles pour un million d'hématies: en cas d'intoxication, on peut en compter 100, 200, 300, 500, 1.000 hématies ponctuées par million de globules rouges.

Schmidt et Weyrauch [1#} considèrent comme suspect de

saturnisme un relevé de 100 ef comme symptôme confirmé.

un relevé de 500. l

Téleky (cité par Dhers) fait très justement remarquer que la numération des granulations basophiles n'a de valeur que pour une technique déterminée, et il recommande la formule suivante de Gützl, formule adoptée par le législateur allemand (loi du 31 mai 1930).

MINE Pre

LAbsentes 5. Pas d'hématies à granula- ; tions basophiles.

HS tees Quelques hématies à gra- | Examen de la prépa- SR pulations basophiles. ralion. - IL. Hparses..... Plusieurs hématies à granulations basophiles.

IV. Moyennes .., Une hématie à granulations Par plusieurs champs basophiles. visuels (10).

NV. Nombreuses... Une hématie à granulations Dans presque chaque basophiles. champ visuel.

VI. En masse... Uneou plusieurs hématies à + Dans chaque champ granulations basophiles. visuel.

I y aurait présomption de saturnisme à partir de une hématie par plusieurs champs visuels (dix).

On ne doit toutefois pas oublier que dans le saturnisme, il peut y avoir, d'après de nombreux auteurs, (Naegeli), absénce d’hématies à granulations, basophiles, ce qui ne devra d’ailleurs être affirmé qu'après de nombreux examens laits à des jours différents.

D'autre part, il faut retenir que la présence d’hématies ponctuées n'a de valeur pour le diagnostic précoce du satur-nisme qu'au delà d’un certain taux et qu'il n’y a pas de relation entre la gravité d'une intoxication saturnine et le nombre des hématies à granulations basophiles; le parallélisme n’existerait qu'au début des intoxications pour disparaître dans l'intoxication confirmée: |

Ces réserves étant faites, on peut admettre avec Heim, Agasse-Lafont et Feil [24], avec Feil [17}, avec P. Schmidt [55], avec A. Trautmann [63], que la présence d’hématies à granulations basophiles à un taux de 100 à 300 par million d’'hématies est un-signe précoce de présaturnisme.

Même pour les auteurs (Naegeli) qui n'accordent aux hématies ponctuées qu'une valeur relative, ceux-ci constituent toujours un signe d'alarme de valeur.

Rien n'empêche d’ailleurs de compléter la recherche d'hématies à granulations basophiles par la recherche d'hématies polychromatophiles comme le font Schœnfeld 59} et Koch [29], ce dernier fixant à 100 granulo-polyéhromatophiles par

Sup ee

million la limite d’une intoxication suspecte et à 500 granulopolychromatophiles la limite d’une intoxication avérée.

D'autres symptômes précoces du saturnisme ont été signalés; ce sont notamment la présence dans le sang des saturnins d'hémalies nucléées et une diminution de la ductilité des globules rouges.

Fiessinger et Peigney, sur 150 saturnins étudiés, n'ont noté que deux fois la présence d’hématies nucléées. De même, Heim, Agasse-Lafont et Feil, dans une usine d’accumulateurs, sur 100 ouvriers examinés indistinctement, qu'ils aient ou non présenté des accidents de saturnisme, n’ont rencontré que deux fois des hématies nucléées. Dans une autre enquête, portant sur 83 peintres, il n'ent on pas vu, alors qu'assez souvent ils ont remarqué la présence de granulations basophiles dans le sang de ces mêmes sujets.

Il ne semble donc pas qu'on puisse accorder une grosse valeur diagnostique aux hématies nucléées en tant que Symptômes précoces du saturnisme. ;

La diminution de la ductilité des globules rouges a été étudiée par Glibert : en examinant au microscope du sang jrais, on constate à l’état normal une ductilité marquée des éléments rouges, le contact des globules les uns avec les autres, la présence de bulles de gaz dans la préparation déterminent une modification de la forme des hématies.

Fréquemment, au début même de l’intoxication, le globule rouge acquiert une résistance particulière, sa ductilité diminue et les hématies apparaissent sous. l'aspect de disques d'une rigidité presque parfaite. Gilbert considère cette altération comme un des troubles pathologiques les plus précoces du saturnisme.

Signalons encore que quelques auteurs ont trouvé dans le sang des saturnins, au début de l’intoxication : des microcyles, des macrocytes, des corps de Howell-Jolly et des anneaux de Cabot, anneaux qui seraient pour cet auteur des restes nucléaires marginaux d’érythroblastes en nucléolyse

Ve,

Enfin, on a observé [69] une accélération de la vitesse de sédimentation des hématies, qui peut être recherchée soit par la méthode de Westergréen, soit par la méthode de Linzenmeiïer. La technique de Fahraens paraît la plus simple; elle consiste à prélever par ponction veineuse 8 centimètres cubes de sang, que l’on ajoute directement dans un tube à hémolyse de 1 centimètre de diamètre et contenant 2 centimètres cubes de solution de citrate de soude à 2 p. 1006. On laisse sédimenter, et, au bout d’une heure, on mesure la hauteur du plasma qui surmonte le sédiment. La vitesse de chute des globules rouges est de 3 millimètres à l’heure chez l’homme et de 5 millimètres chez la femme à l’état normal [66].

Les avis sont partagés sur la valeur de ces symptômes.

B. — Giobules blancs.

Au début de l’intoxication saturnine, on peut relever quelques modifications dans la formule leucocytaire des sujets; les principales sont les suivantes :

Leucocytose, lymphocytose, mononucléose, éosinophilie, déviation à gauche de l’image d’Arreth.

Leucocytose. — Comme le fait remarquer Duvoir [16], elle est d'autant plus discutable que l'opinion des auteurs qui l'ont signalée varie sur la proportion normale des leucocytes, que tous n’ont pas tenu compte des conditions d’examen et peut-être même aussi des causes banales suceptibles de modifier le nombre des leucocytes des saturnins en dehors de toute action du plomb.

Lymphoeytose. — Signalée par Kost, elle irait de 45 p. 100 à 55 p. 100 et apparaîtrait au début de l’intoxication saturnine, souvent avant tout autre symptôme. Dans la suspicion d'une intoxication saturnine, l'augmentation du nombre des lymphocytes est un élément de diagnostic qui à la valeur d’un symptôme précoce (Dhers).

Ce qui conduit à considérer comme réelle cette lymphocy-

LAFONTAINE. 3

tose, c'est qu’elle a été observée ie les cancéreux soignés par les sels de plomb (Bell et Bair).

Mononucléose. —— Pour Planelles [49], une légère augmentation des grands mononucléaires constitue un signe précoce d'imprégnation plombique, antérieur à tous les autres signes.

Le Professeur Piéchaud, en examinant le sang de sujets travaillant dans une imprimerie, a trouvé une mononucléose chez la plupart d’entre eux.

L'éosinophilie [68], la déviation à gauche de l'image d'Arneth, ont été signalées comme signes précoces du saturnisme par quelques auteurs; ces éléments de diagnostic ont été niés par d'autres, leur valeur reste donc relative.

En résumé, dans le saturnisme, 11 existe une légère anémie avec diminution modérée du taux de l’hémoglobine, s’accompagnant de polychromatophilie, d’hématies à granulations basophiles et de Iymphocytose.

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