‹ Les singes anthropoïdes et leur organisation comparée à celle de l'hommeChapitre 104 sur 115 · II. — LE CHIMPANZÉ. — MAFUCA · texte numérisé non relu

II. — LE CHIMPANZÉ. — MAFUCA

Les Chimpanzés observés jusqu'à ce jour en captivité étaient toujours, en pleine santé, des animaux vifs et amusants, généralement doués d'un bon naturel. En 1740, Buffon en posséda un, âgé d'environ deux ans. Ce singe marchait toujours debout, même en portant des choses lourdes ; c'est ce que peuvent également d'autres singes, quand on les dresse à cet effet. Ce Chimpanzé avait l'air triste et sérieux ; ses mouvements étaient mesurés. Il était doux, patient et obéissait au premier mot ou au moindre signe. Il donnait le bras aux gens, se promenait gravement avec

(1) G. Brœsike, dans Sitsungsber. der Gesellseh.Naturforschender Freunde pu Berlin, 18 déc. 1877.

eux, s'asseyait à table, comme un homme, déployait sa serviette, s'en essuyait les lèvres, se servait de la cuiller et de la fourchette ; il se servait lui-même sa boisson dans un verre, le choquait quand il y était invité, allait prendre une tasse et une soucoupe ; y mettait 4u sucre, y versait du thé, le laissait refroidir avant de boire et faisait tout cela fort bien, sans que cependant cela parût lui convenir beaucoup. Il mangeait d'ailleurs de tous les mets habituels de l'homme; mais il préférait les fruits. Le vin ne lui était pas aussi agréable que le lait, le thé et les liqueurs douces. Il ne faisait de mal à personne, s'approchait des gens et se laissait volontiers caresser. Il éprouvait une telle inclination pour une dame que, dès que quelqu'un s'en approchait, il saisissait un bâton et ne cessait de frapper que lorsque Buffon lui faisait comprendre que sa conduite lui déplaisait.

LeD r Traill, de Liverpool, reçut également du Gabon un Chimpanzé femelle, qui, arrivé sur le navire, tendit la main à quelques matelots et demeura en bons termes avec tout l'équipage, à l'exception d'un jeune mousse. Lorsque les matelots prenaient leur repas, le singe était toujours présent et mendiait sa part. Quand il se mettait en colère, il aboyait à peu près comme un chien; une fois il se mit à crier comme un enfant capricieux et en même temps il se gratta violemment. Dans les régions chaudes il se montrait gai et vif ; mais plus le vaisseau se rapprochait des latitudes septentrionales., plus il devenait paresseux; il aimait à s'envelopper dans une couverture chaude. La station verticale paraissait l'incommoder et, dans cette attitude, il appuyait les mains sur les cuisses. Il avait beaucoup de force dans les mains et pouvait, suspendu à une corde, se balancer une heure entière sans interruption. Il apprit peu à peu à aimer le vin ; un jour il en déroba une bouteille et la déboucha avec les dents. Il aimait le café et les sucreries. Il mangeait avec une cuiller, buvait dans un verre et imitait bien les manières de l'homme. Les métaux brillants l'attiraient ; il paraissait aimer les vêtements et se coiffait souvent d'un chapeau. Il était malpropre et d'un naturel timide.

D'après la relation du capitaine Grandpré, un Chimpanzé femelle, transporté sur son navire, chauffait le four à cuire et prenait grand soin d'empêcher les charbons ardents de tomber sur le plancher ; il remarquait parfaitement le moment où le four avait atteint la température nécessaire et prévenait alors immédiatement le boulanger. Ce singe remplissait toutes les fonctions d'un matelot ; il tournait le cabestan, ferlait les voiles et les attachait. Il supporta patiemment les mauvais traitements du premier pilote, qui était un homme brutal. Il levait les mains, en suppliant,

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