I. — GÉNÉALOGIE ET CLASSIFICATION DES ANTHROPOÏDES
VHistoire généalogique des singes ne peut être suivie actuellement avec quelque certitude que jusqu'à l'époque miocène, La prétendue connexion des singes et des pachydermes, exposée par plusieurs zoologistes, n'est pas encore confirmée suffisamment pour que nous puissions ici la prendre en considération. Dans le miocène de la Grèce, du Wurtemberg et des monts Sewaliks, contreforts de l'Himalaya, on a découvert des restes de Semnopithèques. Une de ces espèces fossiles (Semnop. subhimalayanm) semble avoir sa place bien déterminée dans la classification. Mais le Mesopithecus Pcntelici (p. 115) del'Attique, dont on possède un si grand nombre d'ossements, est devenu l'objet de discussions contradictoires. En effet, Gaudry et Beyrich se montrèrent d'abord disposés à rattacher cet animal exclusivement aux Semnopithèques, mais, plus tard, le premier de ces savants s'est ravisé et a soutenu que ce singe avait la tête et les dents d'un Semnopithèque avec des membres conformés comme ceux d'un Macaque. D'après cela le Mcsopithecus serait une forme simienne des plus intéressantes, répondant bien à son nom scientifique (1). La séparation des deux genres de singes cités plus haut (Semnopithccus et Macacus) n'a dû par conséquent avoir lieu qu'assez tard. Le Pliopithecus des marnes d'eau douce de Sansan (p. 94) est rattaché aux Gibbons par Gaudry et d'autres auteurs. Lartet et Quenstedt pensent que, par les cinq tubercules de sa dernière molaire (Gaudry, 1. c, fig. 308), ce singe se rapproche du Magot
(1) Enchaînement» du monde animal» p. 235.
(Inuus) qui est son plus proche voisin au sud. Kœllner admet comme vraisemblable sa parenté avec les Semnopithèques. Le Dryoplthecus Fontanii, mentionné à la page 93, a très nettement le caractère anthropoïde, ainsi que je le remarque sur un moulage en plâtre acquis par Friê de Prague ; cependant le peu de matériaux que nous possédons ne permet pas do décider sûrement la position systématique exacte de cet animal éteint. La conformation de ses molaires a beaucoup d'analogie avec celle des molaires humaines, comme nous l'avons déjà dit à la page 93. Quenstedt même, toujours si prudent, est d'avis que les dents de singes, provenant de la seconde couche à mammifères du dépôt siderolithique des Alpes de Souabe, ont une conformation très humaine et doivent avoir appartenu à des animaux qui avaient une ressemblance très grande avec l'homme. Des restes fossiles (Colobus grandœvus) analogues aux colobes de l'Afrique ont été découverts à Steinheim (1). Le Macacus priscus, de la vallée de l'Arno, semble avoir des affinités avec les Macaques africains (2). Le Macacus plioccnus d'Owen, trouvé dans le comté d'Essex, se rapproche du Macacus sinicus. En Amérique aussi, on observa des singes fossiles. Le Prolopithccus % qui est voisin des Alouates (Mycetes), était un animal très grand. Un autre espèce fossile (Laopithecus), trouvée dans l'Amérique méridionale, était, dit-on, très voisine de l'homme. Ce dernier fait est d'autant plus remarquable qu'on a l'habitude, et avec de justes raisons, d'admettre une évolution distincte pour les singes de l'ancien monde et pour ceux du nouveau monde.
Les genres Hapale (Hapale), Ouistiti (Jacchus), Sagouin (Callithrix) % Alouate (Mycetes) et Sajou (Cebus), actuellement représentés dans l'Amérique tropicale, existaient déjà sur le nouveau continent à l'époque du diluvium. Il semble donc que, depuis la période diluvienne, il n'y ait plus eu d'évolution générique des singes. Il n'en est pas de même pour l'évolution spécifique. Celle-ci paraît s'être effectuée tardivement dans certains cas. C'est oe qu'on peut conclure, par exemple, des particularités corporelles des Gorilles et des Chimpanzés, qui, avec bien des différences, présentent néanmoins beaucoup de ressemblances. Les formes simiennes décrites dans le livro IV, et qui paraissent intermédiaires entre le Gorille et le Chimpanzé, éveillent l'idée qu'on a affaire à des réversions d'une forme à une autre. Les nombreuses variétés créées parmi les anthropoïdes
(1) Fraas in Wârtembergisches Jahresheft, 1870, XXVI, pi. 4, fig. 1.
(2) Forsyth, Atti délia societa italiana di sciense natur., XIV, 1872.