‹ Les singes anthropoïdes et leur organisation comparée à celle de l'hommeChapitre 114 sur 115 · I. MAMMIFÈRES (Mammalia · texte numérisé non relu

I. MAMMIFÈRES (Mammalia

A. Monadelphia Blainv. (Placentalia Qwen).

1 er ordre : Primates Linné.

l re famille : Primarii.

l re sous-famille : Erecti (Homo sapiens) 2 e sous-famille : Anthropomorpha Linné.

a. Dasypoga, c.-à-d. antropomorphes sans callosités fessières.

' 1 er genre : Troglodytes. E. Geoffr.

Espèces : Le gorille {Troglodytes gor illa Savage et Wyman).

Le chimpanzé (Tr.niger. E. Geoffr.) Les autres espèces sont encore peu connues.

2 e genre : Pithecus E. Geoffr.

Espèce : Orang-Outan (Pithecus Satyrus E^Geoff.)

b. Tylopoga, c.-à-d. anthropomorphes à callosités fessières.

3 e genre : Hylobates Illig.

Espèces : Voy. p. 35 et sq.

2 e famille : Singes proprement dits (Simiina). l re sous-famille : Catharrina.

Genres : Semnopithecus , Colobus, Cercopithecus , Inuus, Macacus, Cynocephalus.

2 e sous-famille : Platyrrhina.

Genres : Mycetes, Lagothrix, Ateles, Cebus, Pithecia, Nyctipithecus, Callithrix, Chrysothrix, Hapale.

La proposition de Huxley : qu'il y a plus de différences entre les singes les plus inférieurs et les singes les plus élevés qu'il n'y en a entre ceux-ci et l'homme, conserve encore aujourd'hui, après mes observations, toute sa valeur. On ne saurait nier que les points culminants du règne animal ne touchent de très près à ceux de la création en général.

Nous avons essayé d'exposer dans le livre III les arguments en faveur du pithécomorphisme de l'homme ; les derniers chapitres nous apprennent d'autre part mainte circonstance qui met en lumière l'anthropomorphisme des singes anthropoïdes. C'est avant tout la conformation extérieure du corps, qui invite aux comparaisons. Dans la forme extérieure, on retrouve plusieurs caractères qui aident à franchir l'abîme qui semble exister entre l'homme et les singes ; cela est évident, même pour l'intelligence la plus naïve. La tête et la forme générale du corps, surtout chez les mâles jeunes et chez les femelles du Gorille, du Chimpanzé, de l'Orang et même des Gibbons, si nous faisons abstraction de la longueur démesurée de leurs membres antérieurs, nous ont offert beaucoup de ressemblance avec celle de l'homme. Il en est ainsi également, même dans certains organes en particulier, par exemple dans l'oreille. Pour modèles des oreilles simiennes représentées dans le livre II, ainsi que pour celle du gorille, j'ai choisi à dessein les exemplaires qui précisément présentaient le plus faible degré d'anthropomorphisme, et cependant on ne saurait méconnaître qu'elles ont une certaine ressemblance avec l'oreille humaine. Nous avons fait plus haut la remarque que le mâle adulte d'une espèce quelconque de singes anthropoïdes ressemble, à mesure qu'il vieillit, de moins en moins à l'homme. Mais, chez aucune espèce, cela n'est aussi caractéristique que chez le Gorille. La tête des anthropoïdes de ce sexe et de cet âge, leurs puissantes crêtes crâniennes, leur formidable denture surtout offrent des différences frappantes. C'est là un fait très important, car, dans le genre humain, c'est d'ordinaire l'homme adulte qui représente presque toujours le type humain. En ce qui concerne les membres, on peut bien constater entre l'homme et les singes anthropoïdes des différences dans le bras et la main, mais elles sont moins évidentes que dans les membres inférieurs. En effet, le pied prenant des singes reste toujours quelque chose de par-

PARENTÉ PHYSIQUE DE L'iiOMMB ET DES ANTHROPOÏDES 217

ticulier, qui se distingue considérablement du pied humain, dispose pour la marche ; de plus l'aptitude à saisir, qu'ont les orteils de beaucoup d'hommes (liv. III), ne peut être comparée directement à celle du pied des singes, dont le gros orteil conserve la mobilité d'un pouce. Haeckel remarque que des enfants nouveau-nés, de nos propres races, saisissent assez fortement avec le gros orteil et peuvent ainsi tenir, aussi solidement qu'avec la main, une cuiller qu'on leur présente (1). Mais cette aptitude à saisir est incomplète et subordonnée relativement à celle du pied des singes anthropoïdes qui est complexe et bien développée. La marche debout, possible seulement dans certaines conditions et pendant un temps très limité, n'est pas le privilège des seuls anthropoïdes puisque nous pouvons, par l'éducation, donner cet avantage aux autres singes, à des chiens, des porcs, des chevaux, etc. Beaucoup de singes du nouveau monde, tels que les Sakis, les Atéles, et certains lémuriens, les ours, plusieurs ichneumons, pangolins et rongeurs (2) peuvent même franchir de grandes distances en station verticale et cela tout comme les singes anthrophoïdes, c'est-à-dire sans avoir besoin d'être éduqués préalablement pour cet exercice. D'ailleurs, la conformation même des anthropoïdes est faite plutôt pour la marche à quatre pattes et pour l'existence sur les arbres. La proéminence du coccyx, analogue à un rudiment de queue, chez les anthropoïdes (fig. 63), a été également observée, comme on sait, chez quelques êtres humains. On dit même que ce caractère est héréditaire, chez diverses peuplades extra-européennes , tels que les Niam-Niams de l'Afrique centrale et certains Malais du sud de l'Inde. Mais ce fait n'est pas encore suffisamment vérifié et n'a pas toujours été confirmé par l'observation.

Nous avons déjà dit que la silhouette du nègre se prêtait particulièrement à la comparaison de l'homme et des singes anthropoïdes. Les hommes de couleur eux-mêmes le comprennent, quand ils prétendent, comme le font par exemple les races nigritiennes, que les grands singes sont les maudits de leur propre race, des hommes poilus et muets, etc. Mais on ne doit pas oublier que, dans la vie religieuse des races incultes, l'anthropomorphisme joue d'ordinaire un rôle prépondérant ; qu'il devient plus facile à des hommes non civilisés de se croire plus voisins de l'animal, qu'à des individus civilisés, qui repoussent une telle origine avec orgueil et fierté. Ajoutons a cela que les

(1) Anthropogenie (Leipzig, 1874) p. 482.

(2) Nous faisons complètement abstraction des gerboises et des mêriones.

hommes civilisés se heurtent tout d'abord à la laideur proverbiale des singes et pour ce seul motif rejettent avec dégoût toute idée d'une parenté réelle avec ces êtres. A cette occasion, il est bon de se rappeler que la beauté du corps, et surtout du visage, n'est très souvent pas le partage de l'homme. N'y a-t-il pas, dans toutes les nations, des individus dont la laideur ne le cède guère à celle d'un anthropoïde quelconque et souvent même surpasse de beaucoup celle-ci ? Les peuples de l'antiquité classique, les races germanique, romane et slave, les Circasiens, les Iraniens, les Arméniens, les Tartares, les Turcs, les Sémites, les Berbers (Imoschash), les Bedjas, certains habitants de l'Inde, certains Polynésiens, certains Indiens de l'Amérique etNigritiens peuvent se flatter d'une élégance corporelle, qui est le partage de la plupart d'entre eux ; mais celle-ci devient de plus en plus rare chez les autres peuples du globe terrestre, chez les Mongols, la plupart des Nigritiens et des Papous, chez les Guaranis et les Malais. Nous avons déjà vu plus haut (p. 66) que, par les caractères extérieurs, purement physiques, certaines races humaines inférieures se rapprochent incontestablement du type simien.

Page 1