PHYSIONOMIE SIMIENNE
troupes du capitaine Gtover, ont une certaine tournure militaire lorsqu'ils sont revêtus du dolman, coiffés du bonnet de police, qu'ils ont la carabine au bras et le coutelas au ceinturon. Les Shilluks, les Nuehrs, les Baris, les Niams-Niams, les A-Ban tus
représentent de vrais modèles de champions d'apparence grossière et sauvage, il est vrai, mais cependant très vigoureux. Dabula-' manzi, qui commanda, les Araazoulous dans les massacre» d'isandlhwana et d'Ulandi, avec la suite de ses lieutenants, présente (d'après des photographies originales que j'ai sous les yeux) un aspect rustique, mais néanmoins martial et altier, qui de prime abord fait une impression favorable. Dans tous les cas semblables, toute comparaison avec les anthropoïdes serait absolument tirée par les cheveux (V. aussi fig. 24).
A côté des nègres africains on cite d'habitude, à. l'occasion de semblables parallèles, les Papous, surtout ceux du continent australien. Nous voulons bien convenir qu'une horde de nègres australiens, dégradés et amaigris par la famine et les fatigues, au maintien négligé, errant à l'aventure dans les forêts privées d'ombre, dans les steppes et les taillis épais de leur patrie, puis-
sent offrir un coup d'œil très bizarre et bestial. Lors donc que ces sauvages pour donner à leurs observateurs étrangers un spectacle grossier, moyennant un verre d'eau-de-vie, se livrent en leur présence à des actes obscènes, l'impression qu'ils donnent doit devenir vraiment horrible et d'une bestialité repoussante ! Dans des conditions d'existence plus favorables, il en est tout autrement de la constitution corporelle même de ces sauvages de couleur foncée. Ils conservent bien alors un corps trappu, mais non disproportionné, acquièrent un maintien plus convenable et des manières plus aisées. C'est ce que montrent les policemen et messagers indigènes, etc. C'est aussi ce que nous voyons chez ces' Australiens du Queensland que j'ai vu lancer le boomerang au mois d'août 1882 au jardin zoologique de Berlin. Chez ces sauvages apprivoisés , la conformation de la tète avec ses saillies sus-orbitaires, avec la profonde dépression entre le front et le nez, enfin l'aplatissement de ce dernier organe sont les seuls caractères qui rappellent la constitution simienne. Il existe des Boschimans, des Nigritiens, des Papous d'autres pays, vieux et ridés, des Malais, des Annamites, des Japonais et des Mongols de l'Asie centrale dont le visage ressemble beaucoup à celui d'un singe. En Europe même on n'a aucune peine a trouver des cas analogues.
Il y a quelques années un employé arpenteur des Indes anglaises, M. Bond, prétendit avoir découvert le trait d'union qui manquait entre les hommes et les singes. Dans cette région vivrait, en effet, une race d'hommes qui, dit-on, ressembleraient beaucoup aux singes. « Leur front est bas et fuyant. La partie inférieure du visage proémine comme le museau d'un singe. Les membres inférieurs sont courts et arqués vers l'extérieur. Le tronc et les bras sont relativement longs. Le caractère le plus frappant est offert par les mains qui sont contractées de même que les doigts, de sorte qu'elles ne peuvent être étendues librement ; la paume des mains et des doigts, surtout les extrémités de ceux-ci, sont recouverts d'un épiderme épais ; les ongles sont petits et imparfaits ; les pieds sont larges et revêtus d'une peau épaisse tant sur le côté dorsal que sur le côté plantaire. Ce peuple pratique une sorte de culte de la nature. Il vit sans demeures fixes, se nourrit principalement de racines et de miel ; il échange d'ailleurs ce dernier en même temps que de la cire et d'autres productions des forêts qu'il habite contre du tabac, des effets d'habillements et du riz (1). »
(t) « The missing link » in the Engineering and Mining journal (New- York), XX, 3.
A part ce qui précède rien, à ma connaissance du moins, n'a été livré à la publicité sur le peupla en question. La description précédente laisse malheureusement beaucoup à désirer. L'indication relative aux doigts contractés est obscure. Un tel caractère serait précisément contraire à une analogie avec la main si mobile des singes.
Laissons pour l'instant de côté cette société encore problématique, et occupons-nous plutôt des portraits, reproduits ici, d'un homme et d'une femme du peuple indigène qui habite les rives du fleuve Balonne, dans le Queensland. Ce sont Aidanill et Dewan, sa sœur, appartenant tous deux à une famille chauve. L'infatigable Micklucho-Maclay les a visités à Gulnarber, à 140 milles de Taiba et les a fait photographier (1). Si l'on considère leur crâne en forma de caréné ou de toit, leurs arcades sus-orbitaires très marquées, leur profonde dépression fronto -nasale, le dos du nez enfoncé ne
Fig. 35. — Aidanill, Australien chauve. Fig. 26.— Le mime, va de uroBI.
faisant qu'une faible saillie, grâce à une éminence étroite de sa partie médiane longitudinale; de plus, le bout du nez large et plat, les profonds sillons qui s'étendent des bords du nez sur les côtés de la lèvre, la bouche large bordée de lèvres épaisses, et les grandes oreilles écartées latéralement do la tète eue de face, on se sent aussitôt porté à comparer cette tête à celle d'un Chimpanzé dépourvue de ses poils. Une tète de ce genre a été figurée, par exemple, par Gratiolet et Alix, dans leur mémoire sur le Troglodyteê Aubryi (fig. 25, 26, 27). Si l'on ajoute à cela une peau brun foncé, de nombreuses rides dans le visage et des yeux brun foncé (d'après la description de Micklucho-Maclay) , ce que j'ai dit plus haut du pithécomorphisme de beaucoup d'Australiens devient plus précis.
Les oreilles écartées de la tête sont très répandues parmi des hommes de nationalité différente et je les ai observées chez des Européens, d'ailleurs très bien conformés. Chez ces derniers mêmes elles donnent toujours un aspect un peu simien. On parle souvent d'un prétendu pithécomorphisme de l'oreille humaine qu'on a l'occasion d'observer assez fréquemment. On sait qu'il n'y a guère de partie de l'organisme qui varie autant que l'oreille externe, en ce qui concerne le développement de ses particularités. C'est le cas chez les anthropoïdes et peut-être plus encore chez l'homme. 11 existe dans toutes les nations des individus chez lesquels on observe un développement incomplet de tels ou tels rebords, angles, échancrures ou sillons caractéristiques, qui sont propres à l'organe en question ; des personnes chez lesquelles le lobule manque ou est imparfaitement développé. J'ai observé de ces oreilles mal conformées, différant du type parfait, dans les-
Fig. 27.
quelles on aurait pu constater également une certaine ressemblance simienne. Je l'ai vu fréquemment surtout chez ces campagnards dégénérés de l'Allemagne, de la Scandinavie, de la Suisse, de la France, de l'Italie et de la Pologne, dont on ne peut pas dire qu'ils aient reçu la beauté en partage. En Afrique j'ai trouvé cette difformité relativement bien plus fréquente chez les Maltais, les Grecs, et lesTurcs, qui habitent ce continent, que chez les Fellahs, les Berabras et les Nigritiens. Ces derniers ont été mainte fois accusés avec une ignorance crotte d'avoir généralement de « vilaines oreilles pithècoïdes ». Bien au contraire, cet organe présente précisément chez les nègres africains une forme le plus
souvent agréable. En ce qui concerne les nègres australiens, les Malais, les Mongols et les Indous, je ne possède personnellement pas de matériaux d'observation suffisants pour trancher la question. D'après le peu que j'ai pu voir moi-môme, touchant ce sujet, il existerait souvent aussi des variations individuelles chez ces derniers peuples , et il se peut, qu'on ne chercherait pas en vain chez eux des oreilles conformées comme celles des singes. Le pithécomorphisme in specie ne peut certainement être discerné que par un connaisseur très compétent de l'organisme de ces animaux. Les profanes s'escriment souvent avec ces idées et d'autres semblables sans les comprendre à proprement parler.
Darwin parle de la forme humaine des oreilles du Chimpanzé et de l'Orang : « Les gardiens des Zoological Gardens, ajoute-t-il, m'ont assuré que ces animaux ne les meuvent, ni ne les redressent jamais ; elles sont donc, en tant qu'il s'agit de la fonction, dans le même état rudimentaire que chez l'homme. Nous ne pouvons dire pourquoi ces animaux, de même que les ancêtres de l'homme, ont perdu la faculté de dresser les oreilles. Il est possible, bien que cette explication ne nous satisfasse pas complètement, que, peu exposés au danger, par suite de leurs habitudes de vie dans les arbres et de leur grande force, ils aient, pendant une longue période peu remué les oreilles, et perdu ainsi la faculté de le faire. Ce serait un cas parallèle à celui de ces oiseaux grands et massifs qui habitent les îles océaniques, où ils ne sont pas exposés aux attaques d'animaux carnassiers, et qui ont, par suite du défaut d'usage, perdu le pouvoir de se servir de leurs ailes pour s'enfuir.
« Un sculpteur éminent, M. Woolner, m'a signalé une petite particularité de l'oreille externe, particularité qu'il a souvent remarquée dans les deux sexes, et dont il a saisi la vraie signification. Son attention fut attirée sur ce sujet en travaillant à sa statue de Puck, à laquelle il avait donné des oreilles pointues. Cela le conduisit à examiner les oreilles de divers singes et subséquemment à étudier de plus près l'oreille humaine. Cette particularité consiste en une petite saillie plate qui se trouve sur le bord replié en dedans, ou l'hélix. Ces proéminences font non seulement saillie en dedans, mais, souvent aussi, un peu en dehors, de manière à être visible lorsqu'on regarde la tête directement en face, soit par devant, soit par derrière. Elles varient par la grosseur et quelque peu par la position, se trouvant tantôt un peu plus haut, tantôt un peu plus bas ; quelque fois elles existent sur une oreille et pas sur l'autre. La signification de ces saillies ne me paraît pas douteuse ; mais on peut penser qu'elles constituent un caractère trop insi-
72 COMPARAISON DE l.'HOMME ET DES SINGES ANTHROPOÏDES
gnïfiant pour mériter l'attention. Cette manière de voir est cependant aussi fausse qu'elle est naturelle. Tout caractère, si léger qu'il soit, est nécessairement le résultat de quelque cause définie. L'hélix est évidemment formée par un repli intérieur du bord externe de l'oreille, et ce repli parait provenir de ce que l'oreille extérieure , dans son entier, a été repoussée en arrière d'une manière permanente. Chez beaucoup de singes peu élevés dans l'ordre, comme les. babouins et quelques espèces de macaques, la partie supérieure de l'oreille se termine par une pointe peu accusée, sans que le bord soit aucunement replié en dedans ; mais si ce bord était ainsi replié, il en résulterait nécessairement une petite proéminence, se projetant en dedans et probablement un peu en dehors. On a pu, d'ailleurs, observer ce fait sur un spécimen de VAtelet beelzebutk, aux Zoological Gardens, et nous pouvons en conclure que c'est une conformation semblable, — preuve d'oreilles autrefois pointues, — qui reparait quelquefois chez l'homme (1) >.
J'ai fait représenter ci-contre (fig. 28) une oreille humaine dans laquelle on peut trouver facilement la saillie • signalée par Darwin ; maïs, comme je l'ai déjà dit (p. 17), on observe également cette saillie sur l'oreille des anthropoïdes. Elle existe notamment chez l'Orang-Outan (2). L. Meyer a cherché à prouver que l'oreille pointue de Darwin n'est réalisée que par défaut de développement d'une partie du rebord. On devrait y reconnaître, non pas une tern pithécoide en pointe du bord de l'organe, mais un état