‹ Les singes anthropoïdes et leur organisation comparée à celle de l'hommeChapitre 46 sur 115 · III. — LES PAUPIÈRES ET LE REGARD · texte numérisé non relu

III. — LES PAUPIÈRES ET LE REGARD

Les paupières externes des anthropoïdes ont une conformation très semblable à celle des paupières humaines. Chez ces animaux on trouve, à l'angle interne de l'œil, le repli semi-lunaire (plica semilunaris) toujours haut de plusieurs millimètres chez le Gorille et le Chimpanzé adultes; c'est une troisième paupière correspondant à une membrane nyctitante. Chez l'homme il n'existe, à la place de celle-ci, qu'un appareil rudimentaire , la caroncule lacrymale. Celle-ci peut atteindre une grosseur considérable chez beaucoup d'individus, comme je l'ai remarqué notamment chez des Fellahs, des Berabras, des Fungés , des Shilluks , des Denkas, etc. Mais nulle part je n'ai rencontré dans l'œil humain la transformation de la caroncule en un véritable repli semi-lunaire, même rudimentaire. Micklucho-Maclay décrit la caroncule chez des Mélanésiens (Papous de la Nouvelle-Guinée), chez des Orangs- Sakays (de la presqu'île malaise), et chez des Micronésiens (de l'île de Jap et de l'archipel de Palau), où elle était de deux à trois fois aussi large que chez l'Européen typique (Sitzungsberichte der Berliner anthropologischen Gesellschaft , vom 9 mars 1868).

L'œil du Gorille mâle jeune, tenu de 4876 à 1877 dans l'aquarium de Berlin, me présenta, lorsque je l'examinai plus en détail, en juin 1877, une membrane conjonctive blanchâtre avec un anneau brun noirâtre clair, s'étendant à sa périphérie. Un second anneau plus foncé, fortement accentué, s'étendait autour du lieu d'insertion de la cornée. L'iris était brun jaunâtre. Peu â peu, cependant, la conjonctive change de couleur et finit par avoir une coloration brun noir uniforme. L'iris conserve même plus tard, il est vrai, une teinte brunâtre claire, mais celle-ci se fonce également à la longue. Finalement il n'y a plus rien de clair dans l'œil de l'animal vieux, si ce n'est le reflet de la lumière incidente (voy. p. 15). Chez le Chimpanzé, l'iris reste d'un brun plus clair passant à des teintes ocreuses. Il en est de même chez l'Orang.

On a parlé parfois du regard indifférent, inexpressif des anthropoïdes. Les Chimpanzés et les Orangs regardent le plus souvent paisiblement devant eux. Cependant j'ai vu le regard des premiers devenir plus vif dans les moments de colère. W. Saint-Martin observa dans ces cas un scintillement et un éclat plus vif des yeux. Je ne pourrai jamais oublier l'expression farouche et féroce de l'œil de la Mafuca (de Dresde) dès qu'on l'agaçait. L'expression de l'œil du Gorille de l'Aquarium de Berlin changeait souvent, surtout lors-

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