IV. — LES POILS, LA BARBE ET LES SOURCILS
Le cas mentionné ci-dessus de l'existence d'Australiens chauves est d'autant plus remarquable que ces indigènes se distinguent en général précisément par un revêtement pileux abondant. Les nègres australiens et les Aïnos de Jezo sont peut-être les habitants de la terre les plus velus. Un vêtement pileux partiel ou total se trouve, comme nous savons, exceptionnellement chez certains individus des pays et des climats les plus différents. On a quelquefois observé ce fait chez les membres de familles entières. De tels hommes velus ont été récemment étudiés, surtout par Siebold, Ecker, Virchow, Bartels, Ornstein, etc., qui en ont donné d'intéressantes études historiques et morphologiques. Dans beaucoup de cas de ce genre nous nous trouvons en présence de phénomènes nettement semblables à ceux qu'on observe chez les animaux. C'est la mexicaine Julia Pa strana qui se rapprochait le plus des singes sous ce rapport. D'autres hommes velus célèbres rappelaient de prime abord les pintchers ou d'autres races canines. Chez toutes les races les femmes sont moins velues que les hommes. Selon Darwin, chez certains singes, le côté inférieur du corps est moins poilu chez la femelle que chez le mâle. Cela est également vrai pour les anthropoïdes, surtout pour le Chimpanzé.
La barbe existe, comme on sait, chez les hommes et les singes. Chez ces derniers elle est plus développée chez les mâles que chez les femelles , précisément comme chez les hommes. Darwin fait remarquer que la croissance de la barbe a lieu chez les hommes et les singes, â l'époque de la puberté , que de plus, il y a même un
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parallélisme remarquable entre l'homme et les singes, jusque dans la couleur de la barbe. Car lorsque, ce qui arrive souvent, la barbe de l'homme diffère de sa chevelure par la teinte, elle est toujours d'un ton plus clair et souvent rougeâtre. Darwin a observé ce fait en Angleterre. En Russie , Hooker n'a rencontré aucune exception à cette règle. J. Scott a observé avec soin, à Calcutta et dans d'autres parties de l'Inde , les nombreuses races humaines qu'on peut y voir, à savoir : deux races dans le Sikkim, les Bhotéas, les Hindous, les Birmans et les Chinois. Bien que la plupart de ces races n'aient que fort peu de poils sur le visage, Scott a toujours trouvé que, lorsqu'il y avait une différence quelconque de couleur entre les cheveux et la barbe , cette dernière était invariablement d'une teinte plus claire. Chez les singes aussi la barbe diffère souvent d'une manière frappante des poils de la tète par sa couleur et dans ce cas elle offre toujours une teinte plus claire; elle est souvent d'un blanc pur et quelquefois jaunâtre ou rougeâtre (1).
« On sait, dit encore Darwin (1. c, I, p. 213), que sur le bras de l'homme les poils tendent à converger d'en haut et d'en bas en une pointe vers le coude. Cette disposition curieuse, si différente de celle qui existe chez la plupart des mammifères inférieurs, est commune au gorille, au chimpanzé, à l'orang, à quelques espèces d' Hy Lobâtes (voy. chap. n) et même à quelques singes américains (voy. p. ex., fig. 30). Mais chez Y Hy lobâtes agilis, le poil de l'avant-bras se dirige en bas de la manière ordinaire vers le poignet ; chez VHy lobâtes Lar, il est presque droit avec une très légère inclinaison vers l'avant-bras, de telle sorte que, dans cette dernière espèce, il se présente à l'état de transition. Il est très probable que chez la plupart des mammifères, l'épaisseur du poil et la direction qu'il affecte sur le dos servent à faciliter l'écoulement de la pluie; les poils obliques des pattes de devant du chien servent sans doute à cet usage lorsqu'il dort enroulé sur lui-même. M. Wallace remarque que chez l'Orang la convergence des poils du bras vers le coude sert à l'écoulement de la pluie lorsque cet animal, suivant son habitude, replie ses bras en l'air pour saisir une branche d'arbre ou simplement pour les poser sur sa tête. Il faut cependant- se rappeler que l'attitude d'un animal peut être indiquée, jusqu'à un certain point, par la direction du poil, et non celle-ci par l'attitude. Si l'explication précitée est exacte pour l'Orang, l'arrangement des poils sur notre avant-bras serait une
(1) La Descendance de l'homme et la sélection sexuelle. Traduit par Moulinié, 1873, t. II, p. 345.