DÉVELOPPEMENT DE NOS CONNAISSANCES TOUCHANT LES
Nos premières connaissances sur de grands singes semblables à l'homme (anthropomorphes ou mieux anthropoïdes) datent de l'antiquité la plus reculée. La côte occidentale de l'Afrique, habitée par ces animaux, parait avoir été connue des Carthaginois environ 500 -ans avant notre ère. Dès l'année 470 avant J.-C.^ le suftete Hannon entreprit, avec 60 galères à cinquante rameurs, avec un attirail complet et des colons, etc., une grande expédition commerciale au-delà du Maroc dans la Guinée supérieure, avec l'intention d'y établir des colonies. Il paraît qu'alors déjà on s'était renseigné, par des explorations antérieures, sur la nature des côtes de la région à coloniser. Dans les contreforts du Char des dieux (île Scherbro) dans les montagnes de Serra Leôa (Sierra Leona) (1), les Carthaginois rencontrèrent des gorillai 2 C'étaient des habitants des forêts, couverts de poils, qui se défen-
(i) Toute3 les indications bibliographiques sont réunies à la fin du chapitre, p. 8. Hartmann. — Les Singes. 1
dirent en lançant des pierres aux navigateurs. Trois de ces monstres du sexe féminin furent capturés, mais ils mordirent et égratignèrent leurs agresseurs avec tant de rage qu'on préféra les tuer sur les lieux mêmes. Pline raconte que deux d'entre les peaux acquises en cette occasion étaient encore conservées, du temps de l'invasion romaine (146 ans avant J.-C), dans le temple d'Astarté à Carthage. Plus tard on a reconnu avec évidence que ces <c gorillai » étaient des chimpanzés, mais non de véritables gorilles. Ces derniers n'existent pas dans des régions aussi septentrionales.
C'est également aux chimpanzés qu'on rapporta un dessin d'une ancienne mosaïque du plancher du temple de la Fortune à Préneste (Palestrina). Cette mosaïque, actuellement dans un musée de Rome, a été décrite par différents auteurs. Elle représente une région de l'Afrique tropicale, appartenant probablement aux contrées du Nil supérieur. Le chimpanzé est figuré, dans cette mosaïque, d'une manière très reconnaissable, à mon avis, parmi des girafes, des hippopotames, des crocodiles et d'autres représentants de la faune de l'Afrique tropicale 3 . On sait, en effet, que ce grand singe existe dans certaines contrées baignées par les cours supérieurs du Nil (pays des Niam-Niams, Uganda). Pline parle également de certains animaux de ce genre : <c Dans les montagnes indiennes, situées au levant équinoxial — le pays est dit des Catharcludes — il existe des satyres. Ces créatures sont très agiles, elles marchent tantôt à quatre pattes, tantôt debout comme l'homme, et leur agilité fait qu'on ne peut les prendre que vieilles ou malades 4 . » On a prétendu reconnaître les orangs-outans dans ces satyres ; mais c'étaient peut-être des gibbons ; car ces derniers marchent plus facilement et plus vite debout que les orangs.
A partir de ces époques reculées il ne fut pendant longtemps plus question de ces remarquables animaux. C'est seulement à l'époque où les Portugais tombèrent sous la domination espagnole que nous en recevons des renseignements du Congo et d'Angola. Le marin Edouard Lopez donne à cette époque des indications sur le chimpanzé. Elles ont été publiées en 1598 par Ph. Pigafetta 5 . Plus tard nous trouvons des renseignements sur de très grands singes dans les écrits de Pedro de Cintra 6 , du père Merolla de Sorrente 7 , de Froger 8 , et de William Smith 9 .
W. Smith a mal ligure, mais assez fidèlement décrit, un chimpanzé sous le nom erroné de Mandrill (Cynoccphalus Maimon Lcss.). Une description plus exacte de ce singe anthropoïde fut donnée en 1641, par l'anatomiste H. van Tulpe (Tulpius), d'Ams-