LE GORILLE
terdam (1). Le savant hollandais dit que cet animal est i'hoino sylcestris ou orang-outan (Sati/rus indicm) et que les Africains appellent quojas morrou. Une anatomie du chimpanzé, qui possède encore de nos jours une grande valeur, fut publiée en 1699 par E. Tyson li . Les figures (anatomiques) qui accompagnent le texte sont très bien exécutées pour l'époque.
Nos connaissances biologiques sur les anthropoïdes de l'Afrique occidentale furent considérablement accrues, dès le xvi d siècle, par l'aventurier A. Battel, de Leigh, dans le comté d'Essex. Cet homme parcourut les régions boisées de la Guinée inférieure, en qualité de sergent des troupes portugaises, sous les ordres du capitaine-général d'Angola, Dom Manuel Silveira Pereira. Les données fournies par Battel furent plus tard récapitulées par son voisin Purchas dans ses Pilgrims (première édition en 1613) 12 . Battel parle de deux sortes de grands singes, de l'engeco et du pongo, qui, selon lui, habitent les forêts des bords du fleuve Banya et de Mayombe. L'engeco correspond au ndjéko ou nschégo ou chimpanzé ; le pongo; au contraire, au n'pungu des nègres Fiodhs du Loango, ou gorille. Battel décrit le genre de vie de ces animaux et en reproduit quelques traits caractéristiques; nous reviendrons plus loin sur sa description. Nous pouvons dater nos premières notions sur le plus grand des singes anthropoïdes de l'époque à laquelle vécut cet aventurier.
Le médecin hollandais Olivier Dapper donna, en 1668, une description de l'Afrique, plusieurs fois éditée depuis 13 , renfermant beaucoup de faits intéressants, et dans laquelle il mentionne également les grands singes appelés quojas morrau ou morrou i4 , qui habitent le royaume du Congo. Il semble qu'il entend par là le chimpanzé.
On trouve plus récemment de nouveaux renseignements, malheureusement vagues, sur le gorille dans l'ouvrage si attrayant de E. Bowdich : « Mission de la Compagnie anglo-africaine dans le pays des Ashantis » 15 . Dans le bassin du Gabon, y est-il dit, il existe un grand nombre d'espèces remarquables de singes parmi lesquels l'ingena (gorilla) est le plus rare. Au dire des indigènes il deviendrait plus grand que l'orang-outan (?), atteindrait en général une taille de cinq pieds et une largeur de quatre pieds d'une épaule à l'autre, etc.
En 1847, le docteur Savage, missionnaire protestant au Gabon,
(i) Observations médicales (Amsterdam), § 56. Récemment je me suis pris à douter si Tulpin n'avait pas pris pour modèle de la figure qu'il donne celle d'un orang-outan de taille moyenne. La tête de l'animal représentée par cette anatomiste me rappelle plutôt celle d'un orang que celle d'un chimpanzé.
écrivit au célèbre naturaliste R. Owen, de Londres, au sujet d'un singe qui était plus grand, disait-il, que le chimpanzé. Ces renseignements étaient accompagnés de quelques dessins, exécutés par M me Prince, la femme d'un missionnaire anglais, qui représentaient des crânes dont les arcades sus-orbitaires étaient très fortement développées. Savage donna à cet animal le nom de Troglodytes gorilla, par opposition au Troglodytes niger ou chimpanzé. Owen décrivit ensuite deux véritables têtes de gorilles qu'on lui avait expédiées du Gabon 16 * Une tète de gorille envoyée à Boston par le missionnaire Wilson, fut figurée par le professeur Jeffreys Wyman et sa description publiée avec les notes du donateur i7 > En 1851, un squelette arriva à Philadelphie par l'intermédiaire de H.-A. Ford, médecin des missions, qui publia également des documents sur le nouvel anthropoïde 18 . En 1849 on reçut à Paris des restes de gorilles par l'entremise du docteur Gautier-Laboulaye. D. de Blainville et Is. Geoffroy Saint-Hilaire s'occupèrent de ces objets précieux. Des pièces plus complètes furent livrées au Muséum de Paris, en 1851 et 1852, par le docteur Franquet et par l'amiral Penaud. Elles ont été portées avec grand soin à notre connaissance par les travaux si bien illustrés de de Blainville 19 , d'Is. Geoffroy Saint-Hilaire 20 et de Duvernoy 21 . Une figure magnifique d'un de ces exemplaires bien empaillés, représentant un mâle adulte, orne la Photographie zoologiquc, par L. Rousseau et A. Devéria parue, autant que je sais, sans texte explicatif 22 . Cette Çgure étant absolument conforme à la nature, je l'ai utilisée pour une de mes publications antérieures 23 .
Un voyageur, né dans l'Amérique septentrionale de parents français, et élevé dans le comptoir commercial que son père possédait au Gabon, Paul Belloni du Chaillu, parcourut de 1855 à 1865 les pays du bassin du Gabon, de l'Ogôwé et de Fernâo Vaz. Il prit part, à ce qu'il relate, à des chasses au gorille et publia sur ses voyages plusieurs livres 24 , dont le texte, accompagné de figures défectueuses, et semé de récits d'aventures, fut soumis à une critique sévère par A.-E. Brehm et Winwood Reede 25 . Les communications de du Chaillu sur les anthropomorphes de l'Afrique équatoriale furent publiées dans les Proceedings de la Société zoologique de Londres 26 . Ses collections très considérables de restes de singes furent décrites par Jeffreys Wyman. C'est également à ce dernier naturaliste 27 que nous devons une revision des matériaux recueillis par Savage.
Outre la monographie déjà citée plus haut, nous devons encore à R. Owen des publications anatomiques très instructives sur le gorille et le chimpanzé. Le professeur anglais eut l'occasion de
LE CHIMPANZÉ b
disséquer un gorille mâle jeune, mal conservé dans de l'alcool 28 . Les voyageurs R. Burton 29 , A. de Compiôgne 30 , Savorgnan de Brazza 31 , O. Lenz 32 , les membres de l'expédition allemande au Loango 33 , et H. von Koppenfels 34 ont encore fourni quelques renseignements sur la vie du gorille en liberté. D'autres travaux (non en langue allemande) zoologiques et anatomiques sur cet animal nous ont été donnés par Duvernoy dans le mémoire déjà cité plus haut, par Dahlbom 35 , Heckel 3Ô , Flower 37 T Issel 38 , Giglioli 39 , Chaprnan 40 , Saint-Georges Mivart 41 , Macalister 41 a , etc. En Allemagne, parurent des travaux du même genre par Aeby 42 , Lucae 43 , Ecker 44 , Bolau 45 , Pansch 46 , H. Lenz 47 , A.-B. Meyer 48 , R. Meyer 49 , Bischoff 50 , Ehlers 51 , Virchow 52 , K.-E. von Baer 53 , par l'auteur du présent livre 54 t etc. Duvernoy, Chaprnan, Bischoff, Bolau, Ehîers et moi, nous pûmes comme Owen disséquer des cadavres de gorilles complets. Deux des spécimens tombés entre mes mains se trouvaient en parfait état, car je les eus à ma disposition immédiatement après leur mort qui eut lieu à Berlin. Le plus grand, une femelle haute d'environ un mètre, était, il est vrai, assez mal conservé, mais néanmoins encore très utilisable. D'ailleurs avec la citation de ces travaux la liste des données anatomiques publiées sur le gorille n'est pas épuisée. Ainsi l'on trouve d'autres communications, dignes de remarque, dans les ouvrages d'anthropologie de C. Vogt 55 , dans les Mémoires de Pruner-bey 56 , de Magitot 57 , dans les Œucres de Darwin 58 , dans Y Histoire naturelle des Mammifères de P. Gervais 59 , dans YOstéologie des Mammifères de Flower 60 , dans VOdonto graphie de Giebel 61 et dans une foule d'autres traités et publications d'histoire naturelle que je ne puis indiquer toutes ici faute de place.
Le premier gorille vivant parvint, autant que j'ai pu m'en assurer, en 1869 en Angleterre. Il y vécut sept mois et a été très bien figuré et brièvement décrit il y a quelque temps seulement dans les « Proceedings » de la Société zoologique de Londres 63 . Le second gorille vivant fut apporté du Loango à Berlin à la fin de juin 1876, par le docteur Falkenstein. Il avait vécu au Loango, dans la station allemande de Chinchoxo, depuis 1874 et ne mourut dans l'Aquarium de Berlin que le 13 novembre 1877. Un troisième spécimen fût acquis par le docteur Hermès au mois de septembre 1881. Celui-ci mourut peu de temps après son arrivée à Berlin- Un quatrième vit actuellement dans l'Aquarium de cette ville.
Le chimpanzé a été, plus tôt et plus souvent que le gorille, l'objet de recherches zoologiques et anatomiques, car son aire d'extension est plus grande que celle de son gigantesque parent,
sa capture est aussi moins difficile que celle de ce dernier. J'ai déjà parlé plus haut des indications de Hannon et de l'animal décrit par van Tulpe. Buffon avait pu examiner en 1740 un individu jeune de cette espèce, pendant qu'à la même époque on tirait parti à Londres d'un autre spécimen. Sur la pi. II du 35 e volume de son Histoire naturelle, Buffon représente un chimpanzé ; sur la pi. III un orang-outan. Ces figures ne sont pas très fidèles à la nature, mais les animaux sont cependant reconnaissables 64 . On admet généralement que le voyageur hollandais, Bosman, également cité par Buffon, avait déjà connu le gorille et le chimpanzé. Ce voyageur parle d'un singe haut d'environ 5 pieds, de couleur fauve, vivant aux environs du fort de Wimba 63 . Bien que Buffon connût les noms de chimpanzé et chimpezé, ainsi que les indications de Battel sur le pongo et l'engéco, il regardait néanmoins les jockos, les pongos et les orangs comme des animaux appartenant tous à la même espèce. Plus tard ce grand naturaliste modifia son opinion, en admettant que les orangs formaient une espèce de taille peu élevée, à savoir le pongo de Battel et une espèce plus petite, le jocko indien (orang-outan). Les jeunes singes africains (chimpanzés) observés par Tulpius et aussi par lui-même étaient, pensait-il, de jeunes pongos 66 . Plus tard le nom de pongo fut appliqué à l'orang-outan adulte. La peau et le squelette du chimpanzé adulte, observé vivant par Buffon, se trouvaient encore en 1842, dit-on, dans les collections zoologiques du Muséum de Paris 67 . Une jeune femelle qui avait vécu, vers 1838, dans la ménagerie du Jardin des plantes de cette ville, est très bien figui'ée dans le recueil splendide consacré à ce grandiose établissement 68 . Cette figure (de l'animal marchant à quatre pattes) a été très souvent copiée dans la suite. Il en fut de même des dessins représentant le même individu sans doute, marchant debout et se balançant suspendu à un bras, qui furent d'abord conservés dans la célèbre collection des vélins du Muséum de Paris. De bonnes figures 69 de la tête et du corps du chimpanzé mâle vieux ont été données par Is. Geoffroy Saint-Hilaire et Dahlbom. Actuellement on trouve de nombreux dessins du chimpanzé, pour la plupart assez bien faits, dans différents ouvrages 70 et sur des feuilles volantes. Les meilleures sans contredit que l'on connaisse, parce qu'elles sont dessinées d'après des photographies après décès, accompagnent mon ouvrage sur l'ostéologie du gorille 71 , paru en 1880, ainsi que le présent livre. La forme extérieure et le genre de vie de cette espèce ont été suffisamment bien décrits par Bischoff 7S , ainsi que dans les ouvrages déjà mentionnés plus haut, surtout dans ceux de Temminck 7S ,
l/ORANG-OUTAN — LES GIBBONS
Gervais, Reichenbach etBrehm. De nos jours on a souvent l'occasion de disséquer des chimpanzés. On trouve des notions sur Panatomie de cet animal dans Tyson, dans Vrolik 74 , dans Champneys 75 , Brûhl 76 , Schroeder van der Kolk et Vrolik 77 ; déplus dans les mémoires déjà cités d'Owen, Duvernoy, Bischoff, Issel, Giglioli, H. Lenz, Ehlers, etc., où il est généralement aussi question du gorille. La forme extérieure et la structure anatomique de nouvelles espèces d'anthropoïdes et de nouvelles variétés du chimpanzé ont été décrites par du Chaillu 26 , Duvernoy 78 , Bischoff 50 , Gratiolet et Alix 79 , A.-B. Meyer 80 et par l'auteur de ce livre 8i .
On a beaucoup écrit sur Yorang-outan depuis A. Vosmaer 82 ; on peut citer entre autres les travaux de Rademacher 83 , Wurmb 84 , E. Griffith 85 , Temminck 86 , Schlegel et S. Mûller 87 , Is. Geoffroy Saint-Hilaire 88 , Brooke 89 , Abel 90 , Wallace 91 et beaucoup d'autres. P. Camper 9 », Owen 93 . J. Mûller 94 , Schlegel et S. Mûller 95 , Heusinger 96 , Dumortier 97 , Brûhl 98 , Bischoff, Langer ", etc., se sont occupés de l'anatomie de cet animal. De bonnes figures de l'orang-outan se trouvent dans les vélins de Paris, reproduites par Chenu 10 °, P. Gervais 101 ; dans Wallace, parmi les dessins de Mûtzel 10 * et de G. Max 103 , ainsi que dans mon ouvrage sur le gorille déjà cité plus haut.
Tilesius 104 et G. Cuvier 105 avaient déjà montré que le jeune du pongo de Wurmb est l'orang de Linné. Aujourd'hui nous savons d'une manière certaine que le nom de pongo (n'pungu des Fiodhs du Loango) ne doit être appliqué qu'au gorille (p. 3).
Le quatrième genre des singes anthropoïdes (plus petits) comprend les singes à longs bras ou gibbons. Leurs formes extérieures et leur genre de vie ont été décrits par différents voyageurs et naturalistes des temps moderrtes; par Duvaucel 106 , Bennet 107 , Martin 108 , Lewis 109 , S. Mûller 110 , Diard 1A1 ; et antérieurement par Buffon m , Is. Geoffroy Saint-Hilaire 113 , Blyth 114 , etc. Gulliver 113 , Bischoff 116 , l'auteur du présent livre, etc., se sont occupés de l'anatomie de ces êtres.
1. « Hinc (se. Théônochema, (0sûv o/Tj|xa) tridui navigatione torrentes igneos proetervecti in sinum venimus, qui Noti Ceras dicitur (Notou Kepoca). In sinu recessu insula erat priori, illi similis; nam lacum habebat, in quo insula erat altéra referta hominibus sylvestribus. Erant auteni multo plures mu lier es hirsutis corporibus, quas interprètes gorillas (ropftXa;) vocabant. Nos persequentes viros quidem capere non potuimus, omnes enim etïugiebantquum per prnecipitia scandèrent et saxis se defenderent ; sed feminas cepimus très, qurc mordentes et lacérantes ductores sequi nolebant. Atque occidimus eas et pelles detractas apportavimus Carthaginem. Neque enim ulterius navigavimus, quum annona deficeret. » (Hannonis Carthaginiensis Periplus, Geographi Grwci minores, editio C. Mirelleri, vol. I.)
2. V. TemmincU, Esquisses zoologiques sur la côte de Guinée (Ley de 185'J p. 3.
3. Marc, de Serres a le premier appelé l'attention des naturalistes sur cette mosaïque.' V. Froriep, Notizen zur Natur und Heilkunde, bd. 42. On prétend souvent que l'original de cette mosaïque se trouve au musée des antiquités à Berlin. La mosaïque que nous avons ici représente, il est vrai, également une campagne avec des hippopotames, des crocodiles, etc.; mais elle n'est pas comparable à celle de Palestrino, qui, je crois, existe au palais Barberini à Rome.
4. C. Plinius Secundus, Naturyeschichte, ubers. von G. Grosse ; Frankfurt a M., 1782, II, 172, lib. VII, § 2.
5. Regnum Congo : hoc est vera descriptio regni africani quod tam ab incolis quam Lusitanis Congus appellatur, per Philippum Pigafettam, olim ex Edoardo Lopez acromatis lingua italica excerpta, nunc latio sermone donata ab Aug. Cassiod. Reinio. Iconibus et imaginibus rerum memorabilium quasi vivis, opéra et industria loan. Theod. et loan, Israelis de Bry, iratrum exornatu. (Francofurti, MDXCVIII.)
6. Abhandlungen der Kônigl. Bayrischen Akademie der Wissenschaften, III, cl. IX, bd., l', abth.
7. A Voyage to Congo and seeeral other countries in the southern Afriea m Chureh collection of voyages and travels; London, 1744, 1, 615.
8. Relation d'un voyage fait en 1695-97 aux côtes d'Afrique, etc. (Paris, 1599).