‹ Les singes anthropoïdes et leur organisation comparée à celle de l'hommeChapitre 59 sur 115 · LA COLONNE VERTÉBRALE · texte numérisé non relu

LA COLONNE VERTÉBRALE

à celle de l'homme. Rosenberg a cherché à démontrer que la première vertèbre du sacrum était au début, pendant l'état embryonnaire, une vertèbre lombaire, qui, à une phase ultérieure du développement, était encastrée par les ilions et amenée ainsi à faire partie du sacrum. Cet auteur a de plus imaginé une théorie des homologies ou équivalences génétiques des vertèbres, à laquelle nous devons accorder ici quelque attention. Suivant cette théorie, — comme le dit fort bienWelker (1), — la vingtième vertèbre d'un animal A est homologue à la vingtième d'un autre animal B ; la trentième de l'un est homologue à la trentième de l'autre, que cette trentième vertèbre soit lombaire dans un cas, sacrée dans l'autre ou caudale dans un troisième animal. Les dernières vertèbres lombaires des singes inférieurs ont passé chez les descendants de ceux-ci, chez l'homme, par trois métamorphoses et, après avoir perdu la conformation des vertèbres sacrées, constituent, dans leur quatrième forme, des vertèbres coccygiennes.

P. Froriep, un partisan de Rosenberg, remarque que les vertèbres lombo-sacrées, c'est-à-dire les éléments de la colonne vertebrale, situés au point de passage des vertèbres lombaires aux sacrées, présentent un intérêt nouveau dans l'hypothèse de Rosenberg. Suivant la position qu'elles occupent dans l'ensemble de la colonne, il faudrait les considérer comme des vertèbres lombaires impliquées trop tôt ou trop tard dans la transformation en os sacré. Supposons que la vingt-quatrième vertèbre soit assimilée au sacrum et que, par suite, il s'y développe un promontoire ou contrefort supérieur; cette variation représentera un état de transition vers une forme future (!?) dans laquelle cette vertèbre sera normalement la première vertèbre sacrée et la colonne n'aurait plus que 23 vertèbres libres. Supposons, au contraire , que la vertèbre de passage soit la vingt-cinquième de la série entière, par conséquent celle qui actuellement devrait être la vertèbre principale du sacrum; on aura, dans le sens de Rosenberg, un cas individuel en retard sur le développement philogénétique , un cas d'atavisme (2).

D'après l'opinion de Welcker, au contraire, la vertèbre sacrée principale ou vertèbre de soutien d'un animal correspond à la vertèbre de soutien d'un autre animal, quel que soit le numéro d'ordre de cette vertèbre. Les cervicales de l'un, au nombre de cinq dans un cas, de sept et même de onze ailleurs, correspondent aux vertèbres cervicales de l'autre. La colonne vertébrale de l'un corres-

(i) Welcker in His und Braune, Arehio fur Anatomie, 1881, p. 176. — Rosenberg, Gegenbaur's Morpholog. Jahrbuch, 1. 1, p. 172. (2) Beitrœge sur Geburtshilfe, p. 161.

Hartmann. — Les Singes. 7

pondrait à la colonne tout entière de l'autre, mais non, par exemple, aux deux tiers ou aux trois quarts de celle-ci. Suivant les différentes fonctions d'un animal déterminé, la portion du squelette échue à la région dorsale et à la région lombaire se segmenterait plus chez les uns, moins chez les autres, mais les vertèbres seraient homologues entre elles, suivant les régions, et non suivant leurs numéros d'ordre.

Holl a constaté que Tune des vertèbres se mettait en rapport plus intime avec l'ilion , se reliait à celui-ci sur une grande étendue, que c'est toujours une seule vertèbre qui devient Porgane de soutien du bassin. Dans les conditions normales cette vertèbre est toujours la première vertèbre sacrée proprement dite ou la vingtcinquième dans l'ordre numérique. On peut, avec Welcker, lui donner le nom de vertèbre de soutien, vertebra fulcralis. Cette vertèbre de soutien existe, selon Holl, dans toute colonne vertébrale, que celle-ci présente ou non des conditions anormales. Elle ne peut éprouver qu'un déplacement numérique dans la série des vertèbres. Le même élément nous donne une limite naturelle pour la division de la colonne. Tout ce qui est situé au-devant ou au-dessus d'elle constitue la région pré-sacrée de la colonne vertébrale. La vertèbre fulcrale doit toujours être considérée comme la première vertèbre sacrée. C'est elle qui commence la série des vertèbres du sacrum, et déjà, en prévision de son importance future, elle apparaît primitivement comme telle. Holl la trouva toujours suivie de quatre autres vertèbres qui, avec elle, entraient dans la composition du sacrum. Si, dans l'ébauche primitive, la vertèbre fulcrale est la vingt-cinquième, le sacrum comprend les vertèbres depuis la vingt-cinquième jusqu'à la vingt-neuvième inclusivement. Si, au contraire, la vertèbre fulcrale est la vingt-sixième, le sacrum comprendra les vertèbres de la vingt-sixième à la trentième inclusivement. De tout cela il ressort que l'os sacré, en tant que pièce unique, est une formation définie dès les premières phases du développement; qu'il commence par la vingt-cinquième ou la vingt-sixième vertèbre de la série, suivie de quatre autres vertèbres. La forme lombo-sacrée de la dernière vertèbre lombaire, c'est-à-dire la forme intermédiaire entre celle des vertèbres lombaires et celle des vertèbres sacrées , indique, selon Holl, non pas le passage graduel de cette vertèbre à une vertèbre sacrée, mais prouve simplement qu'elle est restée stationnaire dans le développement (1).

Quand on considère un sacrum humain on voit que sa première

(1) Sitsungsberiehte der Akademie der WUsenschaften su Wien, 1882, lxxxv, p. 1 et seq.

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