‹ Les singes anthropoïdes et leur organisation comparée à celle de l'hommeChapitre 70 sur 115 · II. — LA PHYSIONOMIE DES ANTHROPOÏDES · texte numérisé non relu

II. — LA PHYSIONOMIE DES ANTHROPOÏDES

Il me semble à propos de revenir avec un peu plus de détails sur les particularités exposées plus haut (p. 74-75), concernant l'expression de la face des singes anthropoïdes. On dit, par exemple, que le Gorille en fureur peut mouvoir la peau du crâne et en même temps hérisser les poils qui recouvrent cette région. J'ai observé également chez des Chimpanzés un mouvement du cuir chevelu, sans cependant voir en même temps les cheveux se hérisser d'une manière bien évidente. Le grand Orang mâle, qui vécut en 1876 à l'aquarium de Berlin, hérissait les cheveux et mouvait le cuir chevelu quand il était très excité. Comme on le sait, certains hommes peuvent aussi présenter cette particularité.

J'ai déjà parlé plus haut de l'expression des yeux de ces animaux (p. 74). J'ajouterai que le clignement de l'œil de toutes les espèces d'anthropoïdes, quand ils sont très malades et très souffrants, m'a fait souvent une impression vraiment émouvante.

Le front de ces animaux se plisse assez fréquemment et surtout, comme le dit fort bien Darwin, quand ils froncent les sourcils. Le grand naturaliste anglais trouve que, comparée à la face humaine, celle des anthropoïdes est généralement inexpressive, ce qui tient principalement à ce que, selon lui, aucune émotion psychique ne leur fait froncer le sourcil. Le froncement, qui constitue l'une des particularités les plus importantes dans l'expression du visage humain, est dû à la contraction des sourciliers qui abaissent les sourcils et les rapprochent l'un de l'autre , de manière à produire sur le front des plis verticaux. Il paraît que l'Orang et le Chimpanzé possèdent ce muscle, mais il semble qu'ils le mettent rarement en

action, au moins d'une manière bien visible (1). Chez des Chimpanzés que Darwin retirait d'une chambre obscure, pour les placer subitement à la lumière éclatante du soleil, il n'observa qu'une seule fois un froncement très léger des sourcils. Une autre fois, le même observateur chatouilla le nez d'un Chimpanzé avec un brin de paille et comme l'animal contractait légèrement son visage, il vit apparaître des rides peu marquées entre les sourcils. Jamais Darwin n'a observé de froncement sur le front de l'Orang (2). J'ai vu moimême, chez le Gorille et le Chimpanzé, une contraction de la région sourcilière, qui ne porte que des poils raides, et un plissement de la peau au-dessus de la racine du nez ; les rides ainsi produites étaient assez nettes pour que j'aie pu les dessiner.

Selon Darwin, lorsqu'on chatouille un jeune Chimpanzé, — c'est surtout, paraît-il, l'aisselle qui est sensible au chatouillement, comme chez les enfants, — il articule un rire étouffé ou assez franc; mais quelquefois aussi le rire n'est accompagné d'aucun son. Les coins de la bouche sont alors tirés en arrière, ce qui plisse parfois un peu les paupières inférieures. Toutefois ce plissement, qui est un trait caractéristique du rire humain se montrait encore plus nettement chez d'autres singes. Chez le Chimpanzé, les dents de la mâchoire supérieure ne se découvrent pas lorsqu'il rit, et cela distingue son rire du nôtre. Darwin remarque en outre que, lorsque le rire des jeunes Orangs chatouillés cesse, on voit passer sur leur face une expression qui, suivant une remarque de M. Wallace, peut se comparer à un sourire. Darwin a observé quelque chose d'analogue chez le Chimpanzé (3).

Je puis confirmer, pour l'avoir observé moi-«même, ce que dit Darwin sur le rire étouffé des Chimpanzés qu'on chatouille. Plusieurs Chimpanzés de l'aquarium de Berlin montraient une distorsion des coins de la bouche, analogue à un sourire, un peu sardonique à vrai dire, dès que le D r Hermès, directeur de cet établissement, jouait avec eux. Celui qui excellait plus que tous les autres à sourire ainsi, c'est le Chimpanzé appelé Auguste, qui, en 1879 charmait les visiteurs par sa gaîté intarissable. Le Gorille représenté dans la fig. 3, lorsqu'il était de bonne humeur, contractait également les coins de la bouche, grâce au jeu des muscles décrits à la page 118,

Quand on excite le Gorille il grince des dents en tenant la

(1) Dans les Annales and Magazine of natural history, 1871, t. VII, p. 342, Macalister dit qu'on ne peut séparer le sourcilier de l'orbiculaire des paupières. Je n'ai pas davantage pu séparer ces deux muscles.

(2) L'Expression des émotions, etc., p. 153.

(3) L'Expression des émotions, etc., p. 143.

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bouche ouverte, et, poussant des cris furieux; il se prépare au combat. On sait que les anthropoïdes peuvent avancer les lèvres, quelquefois d'une manière étonnante, et les projeter en forme de pointe. Darwin dit : « Ils agissent ainsi, non seulement lorsqu'ils sont légèrement contrariés, maussades ou désappointés, mais .aussi quand ils sont effrayés par un objet quelconque. »

Plus souvent j'ai observé, chez des Chimpanzés, un plissement de courte durée et même une sorte de vibration des régions situées à côté et au-dessus du cartilage nasal. Dans tous ces cas tous les muscles, décrits à la p. 118 et agissant sur le nez et la lèvre supérieure, entraient un peu en action.

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