‹ Les singes anthropoïdes et leur organisation comparée à celle de l'hommeChapitre 89 sur 115 · LA CHASSE AU GORILLE · texte numérisé non relu

LA CHASSE AU GORILLE

que même la fantaisie la plus extravagante des enfants de la Nigritie n'a pu dépeindre d'une manière assez épouvantable, Du Chaillu Ta donné en régal à ses lecteurs. Nous voulons nous épargner ici le récit de ces histoires lugubres, dont Brehm dit, avec raison, qu'elles semblent des essais de quelque méchant romancier, qui aurait donné libre cours à sa plume (1). Dans sa lettre à Bastian, que j'ai sous les yeux, Koppenfels s'efforce d'amoindrir ce qu'on dit de la prétendue férocité du Gorille. Il le fait même dans un épanchement très poétique qui accompagne sa lettre.

Dans un autre passage il dit : « Tant que le Gorille n'est pas importuné, il n'attaque pas l'homme ; bien plus, il évite de le rencontrer. » Habituellement ces singes émettent des sons gutturaux graves, qui tantôt sont prolongés comme Kh-eh, Kh-eh (Savage), tantôt ressemblent à un bruit sourd ou à un grognement. Lorsque l'animal est dérangé par l'homme, il prend généralement la fuite en poussant des cris ; mais quand il est acculé ou blessé, il se met résolument sur la défensive. Sa grande taille, sa force et son agilité en font alors un adversaire redoutable. Il fait, dans ce cas, retentir une sorte de rugissement ou d'aboiement furieux, se dresse entièrement sur ses jambes , comme un ours irrité, s'avance ainsi d'un pas lourd et attaque son ennemi. En même temps les poils du sommet de la tête et de la nuque se hérissent, ses dents se montrent à découvert, ses yeux lancent des éclairs sauvages et féroces. Ses poings frappent violemment sa poitrine ou s'agitent dans l'air. Si alors on cesse de l'exciter, qu'on se retire lentement et à temps avant que la fureur du singe ait atteint son maximum, il cesse, d'après Koppenfels, de prendre l'offensive. Si l'on agit autrement, il pare les coups d'estoc et de taille avec l'adresse d'un escrimeur accompli (absolument comme l'ours), saisit son antagoniste au bras qu'il brise ou le précipite sur le sol et le déchire avec ses terribles canines.

Les chasseurs du pays attaquent le Gorille et le tuent à coups de fusil. Savage raconte que, lorsque l'animal approche, le chasseur l'attend, le fusil en joue, et, s'il n'est pas sûr de son but, il permet au Gorille de saisir le canon et fait feu au moment où celuici, selon son habitude, le porte à sa bouche. Si le coup rate, le singe broie immédiatement le canon entre ses dents, lorsque celui-ci n'est pas très solide. Des chasseurs Ogowés, attaqués par ce singe, ont parfois essayé, en dernière ressource, de se défendre contre l'animal qui se ruait sur eux, à l'aide de la hache de combat, employée par ces tribus. Buchholz m'a raconté qu'il a vu la

(1) Illustrirtes Thierleben (Hildburghausen, 1864), t I, p. 17.

Hartmann. — Le s Singes. 12

peau d'un mâle blessé probablement de cette manière au bras. Mais d'ordinaire un semblable duel est fatal au chasseur.

Peschuël-Lœsche s'est entretenu avec deux chasseurs de Loango qui avaient tués des Gorilles. Ils lui rapportèrent qu'ils ne re cherchaient joas ces terribles animaux, mais les rencontraient quelquefois, par hasard, dans les forêts. Quand ils trouvent l'un d'eux isolé, ils s'approchent très près de lui en rampant et le tuent à coups de fusil; puis ils s'enfuient rapidement pour se mettre à l'abri de la vengeance des Gorilles qui pourraient se trouver dans le voisinage. Au bout de quelques heures, ils reviennent avec du renfort et emportent leur gibier. Au Loango on ne mange pas la chair de ces animaux; mais elle sert d'aliment sur les rives du Gabon (selon Ford et Savage). Gautier raconte même que les nègres de ce pays la fument et en font un de leurs plus grands régals.

Il est rare que des Européens aient eu le bonheur de tuer des Gorilles. Du Chaillu prétend avoir été du nombre de ces privilégiés ; mais en cela il est contredit par d'autres voyageurs. Winwood Reade , Compiègne , Buchholz , Lenz et de Brazza ont vainement couru après cette chance. Dans sa lettre à Bastian citée plus haut, Koppenfels dit que, jusqu'au mois de mars 1874, il a tué quatre de ces singes. Il raconte, dans un numéro de la Gartenlaubc, quelques-unes de ses aventures de chasse , avec les ornements qu'on ne peut guère éviter quand on s'adresse aux lecteurs d'une feuille de ce genre. Le 24 décembre 1874, Koppenfels, accompagné d'un jeune Galloa, se trouvait sur les bords du lac d'Eliva et surprit en ce lieu une famille de Gorilles composée des parents et de deux petits. La femelle grimpa sur un iba ou manguier et, le secouant, en faisait tomber les fruits. Le mâle se rendit au bord de l'eau pour boire. C'est à ce moment que Koppenfels le tua d'un coup de feu. La femelle et les jeunes se sauvèrent précipitamment. Une autre fois, notre compatriote se trouvait aux environs de Bousou, village bakalay, situé près de PEiiva Sanka et limité au sud-est par les montagnes d'Aschangolo et d'immenses forêts vierges. En ce lieu, il surprit la bande de Chimpanzés et de Gorilles, mentionnée à la page 166, qui se régalait de noix de goura. Il abattit un grand et un petit Chimpanzé. Une troisième fois il tua, dans les montagnes d'Aschangolo, un Gorille mâle de 1 mètre 09 cent., qui, atteint au cœur, bondit en l'air les bras étendus et, après avoir tournoyé, retomba sur le visage. Dans cette culbute, l'animal avait saisi une liane grosse de 5 centimètres et l'avait entraînée sur le sol avec des branches mortes et des branches vertes.

Les Gorilles mâles adultes atteignent une taille qui varie de

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