II — LES CHIMPANZÉS
Ainsi que nous l'avons dit plus haut (voir liv. I et III) le Chimpanzé a une aire d'extension plus grande que le Gorille. Dans l'Afrique occidentale il se trouve depuis la latitude des possessions portugaises, à Cachêu, au nord, jusque vers celle de Coanza au sud. On sait qu'il existe dans certaines contrées de l'Afrique septentrionale et méridionale ; on présume qu'il vit aussi dans l'est, au sud de l'Abyssinie, dans le pays de Djuba et même, d'après A. Nachtigall, dans les parties reculées de Sofalla dans le sud-est de l'Afrique. (Ce dernier renseignement me vient d'une source dont je ne puis nullement garantir l'exactitude.)
Les Chimpanzés sont également des animaux sylvicoles par excellence. Ils se nourrissent de différents fruits sauvages , mais visitent aussi, chaque fois qu'ils en ont l'occasion, des plantations abandonnées ou même encore exploitées; dans certaines circonstances, ils paraissent ne pas dédaigner non plus une nourriture animale. Près de la côte du Loango ils se tiennent de préférence dans les montagnes ou au voisinage de celles-ci. Ils se trouvent là, dans le bassin du Luemme jusqu'à la lagune de Tschissambo ; dans celui du Quillou ou du Banya jusqu'à la côte.
Cet animal vit par familles isolées ou par petits groupes de plusieurs familles. Dans quelques contrées, par exemple, dans l'Afrique centrale très boisée, il parait aimer plus encore que le Gorille le séjour permanent sur les arbres ; dans d'autres, par exemple, près de la côte sud-ouest, il semble se complaire davantage à la vie terrestre. Le Chimpanzé Bam du pays des Niam-Niams se loge dans ce que Piaggia et Schweinfurth nomment des galeries, c'està-dire dans des arbres forestiers de hauteur différente, formant
comme des étages superposés, dans l'immense fourré desquels il est difficile de rapprocher. Des plants de bananier y couvrent la surface du sol. Les gros troncs, entièrement couverts de poivrier sauvage, se dressent verticalement et supportent des branches garnies de mousses longues d'une toise, sur lesquelles croît la remarquable fougère que Schweinfurth a nommée Oreille d'éléphant; à une grande hauteur, dans les branches plus grêles, des termites arboricoles suspendent leurs constructions , qui ont la forme et la grosseur d'un tonneau. D'autres troncs morts ou en décomposition servent de support aux colossales suspensions du Mucuna urens et, surplombés de festons impénétrables, forment des galeries de verdure, hautes comme une maison, et dans lesquelles règne une obscurité continuelle (1).
Lorsque le Chimpanzé marche à quatre pattes, il s'appuie plus rarement sur la paume des mains que sur le côté dorsal des doigts repliés en dessous. Il pose ses pieds sur la plante ou bien sur les orteils reployés. Sa démarche est chancelante , vacillante. Il est moins encore que le Gorille capable de se tenir longtemps debout. Dans cette position , il cherche des points d'appui pour ses mains ou les croise derrière la tête , qu'il rejette un peu en arrière, pour se tenir en équilibre.
Ces animaux émettent des sons perçants qui retentissent, comme des plaintes, à travers les grandes forêts tropicales. Peschuêl- Lœsche dit que leurs gémissements épouvantables , leurs cris perçants et leurs hurlements, qui éclatent le matin et le soir, et parfois aussi pendant la nuit, peuvent rendre ces êtres très odieux au voyageur. « Comme ce sont de véritables virtuoses dans l'art d'émettre des sons désagréables , perceptibles de très loin, et que l'écho répète en les variant , on ne saurait estimer le nombre de ceux qui prennent part à ce vilain tapage ; parfois on croit en entendre plus d'une centaine. En règle générale, ils semblent se tenir à terre dans des broussailles touffues ou dans des massifs de Scitaminées et ne grimpent sur les arbres que pour se procurer des fruits. Leur piste s'imprime très nettement sur la terre meuble ; ils séjournent surtout volontiers dans les endroits où croit l'Amomum et où l'on trouve disséminées partout les péricarpes rouge vif de ce fruit. » Notre voyageur relate que les Cercopithèques, qui sont malicieux, très agiles et abondent partout au Loango, taquinent les Chimpanzés jusqu'à ce que ceux-ci fassent retentir la forêt de leurs clameurs désagréables.
Ces animaux vagabondent sans cesse, cherchant toujours de
(I) Schweinfurth, Jm Herzen von Afriku (neue Ausgabe, Leipzig, 1878,) p. 385.