‹ Les singes anthropoïdes et leur organisation comparée à celle de l'hommeChapitre 96 sur 115 · MŒURS DE L'ORANG-OUTAN · texte numérisé non relu

MŒURS DE L'ORANG-OUTAN

mâles impubères se rencontrent souvent au nombre de deux ou trois ensemble : les premières sont le plus souvent accompagnées de petits ; quand elles sont pleines , elles s'isolent généralement et restent seules pendant quelque temps, après avoir donné le jour à leur produit. Les jeunes Orangs, dont la croissance est lente, demeurent longtemps sous la protection de leur mère. Pendant qu'elle grimpe, celle-ci porte les petits sur son sein, où ils se maintiennent cramponnés à ses longues touffes de poils. Nous ne savons encore exactement à quel âge l'Orang devient apte â se reproduire et combien de temps dure la gestation.

Cet animal est lent, flegmatique et n'a pas cette agilité qui caractérise les Chimpanzés et les Gibbons. La faim seule le pousse â se remuer ; une fois rassasié, l'animal rentre dans le repos. Quand il est assis, il courbe le dos et penche la tête de manière que ses yeux soient tournés directement vers le sol. Quelquefois il se soutient avec les mains â des branches placées au-dessus de lui ; d'autres fois il laisse pendre ses bras flegmatiquement sur les flancs. C'est dans ces attitudes que l'Orang reste pendant des heures entières â la même place, presque sans bouger, poussant seulement de temps â autre un grognement de sa voix grave. Le jour il passe habituellement de la cime d'un arbre à celle d'un autre et ne descend à terre qu'à la nuit ; si alors une cause quelconque l'effraye, il se cache dans le taillis. Quand on ne le chasse pas, il demeure longtemps dans la même localité et reste même pendant plusieurs jours sur le même arbre. Il passe rarement la nuit au sommet d'un grand arbre, probablement pour éviter le froid et le vent. A la tombée de la nuit il descend et cherche un endroit propre â dormir, dans les parties les plus basses et les plus sombres ou sur le sommet feuillu de petits arbres, parmi lesquels il choisit de préférence les nipas, les pandanus ou les orchidées parasites, qui donnent aux forêts vierges de Bornéo un aspect si caractéristique. Il prépare son nid avec de petites branches et des feuilles, croisées les unes sur les autres, et les garnit de feuilles de fougères, d'orchidées, de Pandanus fascicur laris et de Nipa fruticans, etc. Parmi les nids que vit Mûller, il y en avait un certain nombre de tout récents, qui étaient à une hauteur de 10 â 25 pieds du sol et avaient une circonférence moyenne de 2 â 3 pieds ; quelques-uns étaient garnis d'une couche de feuilles de pandanus, épaisse de plusieurs pouces ; dans d'autres les branches, reployées et formant le support du nid, étaient reliées en un centre commun et formaient une plateforme régulière.

Selon les Dayacks, l'Orang quitte son gîte vers neuf heures et le

regagne vers cinq heures ou un peu plus tard au crépuscule. Il se couche quelquefois sur le dos ou, pour changer, il se tourne d'un côté ou de l'autre, repliant ses jambes vers son corps et reposant sa tête dans ses mains. Quand la nuit est froide, venteuse ou pluvieuse, il se couvre le corps et surtout la tète d'une épaisse couche de feuilles de pandanus, de nipa ou de fougères.

Bien que l'Orang se tienne dans les branches des grands arbres pendant le jour, on le voit rarement accroupi sur une branche volumineuse, à la manière des autres singes et particulièrement des Gibbons. Il reste au contraire sur des branches plus faibles et couvertes de feuilles, de sorte qu'on le voit tout au sommet de l'arbre. Il n'a pas les callosités qu'ont les autres singes et même les Gibbons, et ses tubérosités ischiatiques ne sont pas développées comme celles des espèces qui ont des callosités fessières.

L'Orang grimpe lentement et avec précaution ; il prend grand soin de ses pieds ; il semble qu'il ressent beaucoup plus que les autres singes toute lésion à ces parties. Lorsqu'il grimpe, il meut alternativement une main et un pied, ou, après avoir pris un point d'appui solide avec les mains, il tire à lui simultanément les deux pieds. En passant d'un arbre à l'autre, il choisit toujours un endroit où les branches viennent se réunir ou s'enlacer. Même quand il est poursuivi de près, sa circonspection est étonnante; il essaye la solidité des branches, les fait ployer sous le poids de son corps et en fait ainsi un pont d'un arbre à l'autre. On voit, par ce qui précède, que la description des naturalistes hollandais répond, dans les traits essentiels, à celle de Wallace.

On fait une chasse assidue à ces animaux, dans le pays qu'ils habitent. Les Malais de Samarinda, dans le sud-est de Bornéo, le prennent, selon Bock, sur les bords des rivières, qui se jettent près de cette ville dans le Mahaccam. Ces animaux ne viennent sur les rives de ces cours d'eau que le matin de bonne heure et retournent aux taillis dans le courant de la journée. Lorsque les indigènes capturent un orang vivant, ils le vendent pour trois dollars à des Chinois, qui le nourrissent d'abord avec des fruits et plus tard avec du riz, mais sans pouvoir jamais le conserver longtemps vivant en captivité. (Unter den Kannibalcn auf Bornéo, p. 31).

Autant l'Orang est paresseux, mélancolique et en apparence indifférent dans le cours habituel de son existence, autant il est méchant et vaillant en cas de besoin. On en a vu qui, dit-on, lançaient des branches et de lourds fruits de durion, à péricarpe épineux, sur leurs agresseurs. Cela est d'autant plus vraisemblable qu'on sait que les Tscheladas (Cynocephalus Gelada) % les Hama-

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