‹ Les singes anthropoïdes et leur organisation comparée à celle de l'hommeChapitre 95 sur 115 · MŒURS DE L'ORANG-OUTAN · texte numérisé non relu

MŒURS DE L'ORANG-OUTAN

une photographie , prise à l'Aquarium de Berlin par Tordre du D r Hermès, peut expliquer, dans une certaine mesure, le mode de locomotion de ces singes (1) (fig. 63).

Wallace ajoute que jamais cet animal ne va par petits sauts ou par bonds ; il ne semble jamais se presser et avance cependant presque aussi vite que le pourrait un homme courant au-dessous de lui à travers la forêt. Ses bras, longs et puissants, sont excessivement utiles à l'Orang ; ils lui permettent de grimper facilement sur les arbres, de cueillir des fruits et de jeunes feuilles sur des rameaux trop faibles pour le supporter, de rassembler des feuilles et des branches pour se construire un nid. Celui-ci sert d'abri pendant la nuit; il est disposé assez bas et toujours sur un petit arbre, à une distance du sol qui ne dépasse jamais 20-50 pieds, probablement parce que, à ce niveau, il est plus chaud et moins exposé aux vents. Chaque Orang, dit-on, se fait tous les soirs un nouveau nid. Wallace pense que cela n'est guère vraisemblable, ear, s'il en était ainsi, on devrait trouver plus souvent des vestiges de ces nids. Notre voyageur en a bien vu un certain nombre, aux alentours des houillères de Simunjon, où journellement on voyait un grand nombre d'Orangs, de sorte qu'en moins d'un an les gîtes abandonnés y deviendraient très nombreux. Les Dayacks disent que, lorsqu'il est très mouillé, l'Orang se couvre de feuilles de pandanus ou de fougères et c'est là peut-être ce qui a fait croire que l'Orang se bâtit des huttes dans les arbres. Cet animal ne quitte son gite que lorsque le soleil est déjà assez élevé et a séché la rosée qui mouille les feuilles. Il mange pendant tout le milieu de la journée et retourne rarement deux jours de suite au même arbre. Ces animaux ne semblent pas trop craindre l'homme. Wallace n'a jamais vu deux adultes ensemble, mais parfois le mâle ou la femelle est accompagnée de petits déjà assez développés ; quelquefois aussi on rencontre trois ou quatre petits isolés. Les Orangs se nourrissent presque exclusivement de fruits ; à l'occasion ils mangent aussi des feuilles, des bourgeons et de jeunes pousses de bambous, par exemple. Ils aiment surtout la durione (Durio zibethinus) qui a une odeur forte, mais qui est très savoureuse. Ils détruisent toujours beaucoup plus de fruits qu'ils n'en mangent et abandonnent une grande quantité de débris végétaux sous les arbres sur lesquels ils ont pris leur nourriture. Je ne sais si les Orangs s'accommodent d'un régime animal comme les Gorilles et les Chimpanzés. Huxley, qui a recueilli sur ces anthropoïdes beaucoup de renseignements inaccessibles à d'autres

(1) Cette figure confirme en même temps ce qui est dit, page 31, sur la conformation du siège, semblable à un croupion d'oiseau.

observateurs, dit que les Orangs n'ont pas la réputation de manger des animaux vivants.

Le même auteur dit que la démarche de l'Orang est pénible et chancelante. Au départ, il court plus vite qu'un homme ; mais il peut être facilement atteint. Ses bras extrêmement longs, très peu fléchis quand il court, exhaussent beaucoup son corps, de sorte qu'il a presque l'attitude d'un vieillard, courbé par l'âge, qui s'avance appuyé sur un bâton. Dans la marche, ce singe appuie sur le sol les doigts ployés, rarement la paume des mains ; les orteils sont recourbés en dedans et le bord externe du pied est tourné vers le substratum. Plus rarement il s'appuie sur les orteils, également ployés, ou sur toute la plante du pied. Quand il marche, il s'appuie, comme Huxley le décrit exactement, sur le bord externe du pied, le talon reposant plus largement sur le sol, tandis que les orteils qu'il recourbe reposent en partie sur la face supérieure de leur première articulation et que les deux doigts externes de chaque pied se posent complètement sur cette surface.

Selon Wallace, l'Orang descend rarement à terre et seulement lorsque, poussé par la faim, il recherche des pousses succulentes au bord d'une rivière ou que par un temps très sec il s'y rend pour boire; mais d'ordinaire il trouve de l'eau en quantité suffisante dans les cavités formées par des feuilles. Une seule fois, cet illustre voyageur a vu deux Orangs adolescents à terre, dans une fosse desséchée , au pied des collines de Simunjou. Ils s'amusaient ensemble*, se mettaient debout et se tenaient mutuellement par les bras. Cet observateur pense également que l'Orang n'est capable de marcher debout que dans les cas où il peut se maintenir ainsi en se servant de ses mains ou quand il est attaqué.

L'Orang en liberté, de même que les autres anthropoïdes, boit en se baissant au bord de l'eau et en aspirant le liquide à l'aide des lèvres. Quelquefois il lui arrive aussi d'en puiser un peu dans le creux de la main et de la vider en humant ou en léchant. C'est du moins ce qu'il fait en captivité. Dans un ancien numéro du Penny-Magazine il existe une gravure sur bois représentant très fidèlement un Orang accroupi au bord de l'eau et se lavant les mains (1). Il est possible que cela arrive en réalité.

Selon S. Mûller et Schlegel (2), les vieux mâles vivent isolés, sauf â l'époque de l'accouplement. Les femelles adultes et les

(f) Reproduite dans Pœppig's Illustrirte Naturgeschichte des Thierreichi (Leipzig, 1847), I, 9, flg, 18.

(2) Verhandelingen ooer de natuurlijke geschiedenis der Nederlandsche overseesehe Besittingen. Leiden, 1840-45 : Mammalia.

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