‹ Les singes anthropoïdes et leur organisation comparée à celle de l'hommeChapitre 98 sur 115 · IV. — LES GIBBONS · texte numérisé non relu

IV. — LES GIBBONS

Les Gibbons ont une manière de mouvoir tout leur corps et surtout leurs grands bras qui leur donne un aspect tout particulier. La distribution géographique et le groupement spécifique de ces remarquables animaux ont déjà été décrits dans le second chapitre. Bien que ces singes descendent à terre dans certaines occasions, ils vivent cependant principalement sur les arbres. Ils préfèrent les grandes forêts tropicales et les pays montagneux à tout autre. Beaucoup d'entre eux se cachent dans les taillis de bambous, surtout dans ceux qui sont formés par les chaumes gigantesques du Bambusa macroculmis et du Bambusa gigantea.

Le Siamang (à proprement parler Si-amang, car la première syllabe n'est qu'un article selon Rosenberg) vit en troupeaux à Sumatra et dans la presqu'ile de Malacca (?) (p. 36). A Sumatra, Martens a vu, au-dessus du chemin qu'il suivait, un singe de cette espèce s'élancer d'une distance de 50 pieds environ d'un arbre à l'autre. A la tête de chaque bande, il y aurait, suivant Diard, un vieux mâle très robuste, qui remplirait le rôle de chef de la bande. Au lever du soleil, ils ont l'habitude de faire un

(1) Die preussiche Expédition nach Ostasien. Zoologisehe Abtheilung (Berlin, 1876), I Bd., U Halfte, p. 249.

tapage épouvantable; pendant la journée, ils demeurent silencieux. Ils sont très vigilants et prennent la fuite au moindre bruit. Dans les arbres, ils savent assez bien se tirer d'affaire ; mais, à en croire certaines relations, ils ont de la peine à se mouvoir avec dextérité lorsqu'ils sont surpris à terre et peuvent alors être capturés facilement. A Sumatra, le Siamang et l'Unko babitent, selon Rosenberg, les forêts des montagnes jusqu'à une altitude de 3,000 pieds ; ils se tiennent là, sur les versants, dans les arbres, et ne descendent que rarement à terre. Au moindre signe de danger, ils descendent des hauteurs avec la vélocité d'un oiseau, pour disparaître en un clin d'œil dans les sombres vallées. Le Siamang n'est pas rare dans les forêts qui entourent partiellement Tobing, ni dans les montagnes de Borissan (1). Bock rapporte que, dans les profondeurs des forêts de Sumatra, cet animal se nourrit principalement des fruits d'une plante appelée Daun simantung. Ce singe fait un tapage horrible, presque analogue à des rugissements (2). Quand un jeune est blessé, sa mère se tourne menaçante vers l'agresseur, sans cependant pouvoir lui faire courir un danger sérieux. Les femelles semblent traiter leurs petits avec beaucoup de tendresse ; elles les lavent au bord de l'eau, puis les essuient et les font sécher, etc. Diard prétend que les jeunes, encore incapables de marcher seuls, sont toujours portés par celui des parents du même sexe qu'eux : les mâles par le père, les femelles par la mère. Les Siamangs deviennent souvent la proie des tigres et des rimau-dahaun (Felis macroscelis). Les habitants du pays disent que ce singe est paresseux et peu intelligent. Bock également relate que les Malais, si expérimentés dans l'élevage des animaux, sont incapables de conserver longtemps en vie ce singe stupide et paresseux dans la captivité (3). Le Houlock habite, selon Harlan, les montagnes deGarrau,près de Gulpara, dans l'Assam. Il préfère la région des collines basses aux montagnes de Garrau proprement dites, qui ont plusieurs centaines de pieds de hauteur relative. Sa nourriture favorite est, dit-on, un fruit appelé propoul qui abonde dans ce pays. Un certain Owen rencontra ces animaux, chez les Nagas et les Abors, dans les montagnes boisées de la partie orientale de l'Assam, par troupes de 100 à 150 individus. Ils font un tapage qui déchire les oreilles. Un jour qu'Owen pénétra dans leur domaine, ils le menacèrent, le poursuivirent en faisant des gestes hostiles et en

(1) DerMalayische Archipel, p. tOO.

(2) Unter den Kannibalen auf Bornéo, p. 327.

(3) Sir Stamford Raffles a vu un spécimen entièrement blanc de cette espèce (Transactions of the Linnean Society, XII, 241) .

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