DU MODE DE LOCOMOTION DES GIBBONS
poussant des cris stridents. On prétend qu'ils ont une fois attaqué un Naga et que parfois on les a vus mettre en pièce des pythons de taille moyenne {Python reticulatus).
Le Wouwou (à vrai dire Uwa-uwa, d'après Martens) semble vivre plus souvent par couples que par bandes. Selon Duvaucel, il se meut dans les arbres avec une rapidité extraordinaire ; il saisit les branches les plus grêles, les plus flexibles, se balance ainsi deux ou trois fois, puis il s'élance, en étendant ses bras en avant, de manière que son corps oppose à l'air une large surface et lui serve de parachute, et franchit d'un seul bond des distances de 40 pieds. Il continue ainsi des heures entières sans fatigue.
Les Gibbons sont généralement plus aptes à marcher debout que les autres anthropoïdes. Certaines espèces, telles que le Lar le Gibbon à mains blanches et le Gibbon svelte surtout, montrent en cela une grande habileté et peuvent conserver longtemps cette attitude. Ils posent, dans ce cas, la plante des pieds sur le sol, tournent les genoux et les orteils en dehors, tiennent le corps assez droit, affaissent les épaules et tournent de côté les bras à demi fléchis, en laissant pendre négligemment leurs mains grêles. Dans ce mode de locomotion beaucoup d'entre eux tiennent les bras croisés au-dessus de la tête. Quand un Gibbon avance ainsi sur un sol tout à fait uni, il lui arrive aussi de donner à ses membres supérieurs étendus le mouvement d'un balancier d'acrobate. Sur un sol inégal, ils saisissent avec leurs bras complètement étendus tout objet qui s'offre à eux et, s'y cramponnant, impriment à leur corps un mouvement de progression très rapide ; ils n'en avancent que plus vite ; chaque embarras nouveau de ce genre leur fait franchir plus facilement les obstacles du terrain. Quand ils sont très pressés de fuir, ils courent à quatre pattes, sans replier les doigts ou les orteils en dessous. Au repos, ces animaux se tiennent assis, sur un large support, sur leurs callosités fessières ; ils croisent les bras . et regardent fixement et avec indifférence droit devant eux. Quand ils sont assis sur des branches d'arbres, ils saisissent avec les mains des rameaux, situés plus haut, pour se maintenir plus solidement (fig. 14). C'est dans cette attitude qu'on a récemment photographié quelques Gibbons (Hy lobâtes Lar y Hulock y albimanus\ au Jardin zoologique de Londres. Les Gibbons, à part leur régime alimentaire surtout végétal, mangent aussi des animaux, quand ils en ont l'occasion. Ils dévorent, par exemple, des insectes. Bennett a vu un Siamang saisir et dévorer avec avidité un lézard vivant. Je puis confirmer, pour l'avoir observé moi-même sur des Gibbons en captivité, l'assertion de Huxley, empruntée à je ne sais quel auteur, et
suivant laquelle ces animaux boivent en plongeant les mains dans l'eau et en les léchant ensuite. Ces singes dorment accroupis, sans bâtir de nids, et digèrent vite comme tous les singes anthropoïdes.
La durée de la gestation des Gibbons, de même que celle des singes anthropoïdes en général, n'est pas encore exactement connue. La femelle donne le jour à un petit qui semble n'atteindre son complet développement que très lentement, vers la 14 e ou 45 e année. La durée de la vie de ces êtres n'est pas davantage connue exactement. Les observations faites pendant leur captivité ne permettent de poser que des conclusions vagues à ce sujet. Si l'on voulait, pour l'estimer approximativement, s'en rapporter à certains phénomènes du développement des os, surtout du squelette des Gorilles vieux, il faudrait admettre que, du moins chez les plus grandes espèces, la durée de la vie n'est guère moindre que la durée moyenne de la vie humaine. Mais, jusqu'à nouvel ordre, cela restera encore problématique.
Même dans les conditions d'existence conformes à leur nature, dans l'état sauvage, ces êtres ne semblent pas à l'abri de certaines maladies. Abstraction faite des traces d'anciennes blessures, produites soit par les armes de l'homme, soit par les morsures et les égratignures de leurs semblables et qu'on observe assez souvent sur les fourrures ou sur les squelettes, on remarque encore sur les crânes, surtout chez les Chimpanzés, des traces de carie dentaire, de nécrose des maxillaires, ainsi que des déformations, des exostoses et des fractures guéries, sur d'autres parties du squelette.
On voit d'ailleurs, même par ces courtes descriptions, que, dans leur vie libre, les singes anthropoïdes manifestent une intelligence qui les place beaucoup au-dessus des autres mammifères. En revanche, ils n'ont pas cet odorat fin et développé, cette vue perçante, dont d'autres animaux moins élevés, notamment certains canidés et certains ruminants, font preuve dans une foule d'occasions. Leurs nids sont construits grossièrement par rapport à ceux de quelques autres mammifères, par exemple de beaucoup de rongeurs. Mais n'oublions pas qu'une foule de races humaines inférieures, telles que certains Bedjas dégradés, les Obongos, les Fuégiens, un grand nombre d'indigènes des forêts brésiliennes et de l'Australie s'élèvent bien peu au-dessus des anthropoïdes dans l'art de construire leurs demeures.