Les sires de Villehardouin
Le récit de la Conquête de Constantinople est particulièrement intéressant pour les parents et amis de l'auteur de la chronique. C'est un livre de famille.
La vieille chronique de la Conquête de Constantinople, parGéofroi de Villehardouin, est trop connue des érudits pour que nous nous permettions de la rééditer. Son texte plusieurs fois reproduit depuis Biaise de Vigenère, en 1585, et récemment encore par Natalis de Wailly, peut se passer de nouveaux commentaires. Mais l'intérêt, que l'on porte à un monument si précieux de notre histoire, s'attache aussi au personnage qui en est l'auteur et aux familles qui ont joué un rôle considérable dans la quatrième croisade.
Cet incomparable récit du premier des chroniqueurs français a droit de nous étonner, car il accuse des goûts et une instruction qui n'étaient pas ordinaires parmi les seigneurs du moyen-âge, mais qui paraissent avoir été particulièrement en honneur à la Cour de Champagne. Le langage est celui dont on usait au xne siècle, sous Henri
le Libéral, sous Marie de France, et pendant le règne des comtes qui leur succédèrent . Ni les chartes françaises, ni les autres écrits, qui ne paraissent pas d'ailleurs avant le xiii* siècle, ne peuvent remplacer un semblable monument.
En parcourant la liste des noms que comprend la chronique, et en étudiant de près dans les cartulaires les pièces connues ou inédites qui les concernent, on n'est pas peu surpris de constater que beaucoup des personnages cités sont alliés, parents ou amis de Fauteur, et qu'indépendamment des événements généraux et importants, il n'a pas négligé l'occasion de noter les faits et gestes qui pouvaient intéresser le légitime amour-propre de sa famille.
La plupart des croisés du tournoi d'Ecly, en 1198, entraînés par un élan singulier et sous l'influence de divers personnages, parmi lesquels Géofroi de Villehardouin figure au premier rang, ont entre eux des rapports de vassalité, de parenté ou d'intérêts qu'il est utile de connaître. Les Brienne, les Joinville, les Conflans, les Saint-Chéron, les Arzillière, les Vilain de Nully, les Breban de Provins, les Chappes, etc., méritent d'être étudiés de plus près chez nous, avant de connaître les faits mémorables dus à leurs valeureux exploits en Orient. Nous ne suivrons donc pas tous ces seigneurs dans leurs expéditions et dans les contrées que nous ne connaissons pas, et qu'il ne nous intéresse pas de visiter, nous nous contenterons de connaître leurs familles et les liens divers qui les unissent.
Si maintenant la parenté de Géofroi de Villehardouin avec un certain nombre de personnages nous est démontrée, il est probable que d'autres documents viendront plus tard éclaircir divers points obscurs, et établir des alliances que nons pressentons sans pouvoir encore les prouver.
Les grands officiers de Romanie et de Morée qui figurent dans une période ultérieure sont des chevaliers de Champagne ou de Basse Bourgogne, alliés aux Villehardouin, cadets de famille sans fortune, qui étaient venus conquérir dans ces lointaines contrées une situation ou des honneurs auxquels ils ne pouvaient prétendre dans leur pays natal.
Ce qui rend les filiations difficiles à établir, c'est que beaucoup de seigneurs changent de nom, pour prendre celui des nouvelles terres dont ils sont possesseurs. Puis, les documents relatifs à cette époque éloignée ne sont pas très abondants, et les généalogies des familles de second ordre offrent forcément des lacunes que la rareté des chartes ne permet pas toujours de combler. Les archives monastiques n'ont point conservé le souvenir de ces déshérités de la fortune qui n'avaient rien à donner. Le clergé, qui favorisait les croisades et imposait des pèlerinages à titre de pénitence, poursuivait un double but, car il bénéficiait des donations et des legs faits par les principaux barons, en fournissant l'occasion de porter ailleurs cette sève guerrière et brouillonne, dont les féodaux ne faisaient pas toujours le meilleur usage, et dont plus d'un monastère avait à se plaindre.
La curiosité de l'auteur de ce mémoire a été surtout éveillée parla participation que prirent dans ces expéditions les seigneurs de la région qu'il habite. C'est dans la Bourgogne Champenoise, et dans le Tonnerrois surtout, que s'enrôlent un certain nombre d'entre eux, et nous les rencontrons à Lezinnes, à Tanlay, à Pacy-sur-Armançon, à Noyers, à Ancy-le-Franc, etc. C'est de Lezinnes quepart pour la conquête Géofroi de Villehardouin, et c'est delà qu'il donne ses deux dernières chartes, en 1202, en même temps que son voisin et ami, Guillaume le Champenois de Champlitte, quittait Pacy pour entreprendre ce lointain
voyage. Vilain de Nully abandonnait au château de Noyers sa femme Ade de Montmirail, et les enfants qu'il avait de cette seconde alliance contractée après la mort du seigneur de Noyers. Deux des sires de Chappes, suzerains du fief de Tanlay, l'oncle et le neveu, allaient également figurer au nombre des croisés.
Le catalogue des actes qui a servi à dresser les généalogies se compose de pièces prises à des sources bien diverses. Nous ne pouvions négliger les documents publiés par du Cange, Buchon, Quantin, d'Arbois de Jubainville, Longnon et par beaucoup d'autres travailleurs que l'on pourrait citer l. Il fallait grouper toutes les pièces déjà éditées et disséminées dans des recueils connus. Mais, pour former le faisceau complet des faits qui se rattachent aux familles, on a dû interroger tous les cartulaires de nos régions, les Archives nationales, la Bibliothèque nationale, les archives de l'Aube, de l'Yonne, de la Côte-d'Or, delà Marne, de la Haute-Marne, de Meurthe-et-Moselle et des Vosges ; parfois les dépôts éloignés nous ont fourni des renseignements inattendus.
Nous avions à cœur de ne pas laisser égarer ces recherches, entreprises depuis longtemps, et commencées alors que le regretté d'Arbois de Jubainville, archiviste de l'Aube, terminait son grand livre sur les Ducs et les Comtes de Champagne. Je dois à l'extrême obligeance de M. Louis Le Clert, conservateur du musée de Troyes, d'avoir pu recueillir, à cette époque, des dessins en couleur, parfaitement exécutés, de tous les sceaux des Villehardouin. Je dois aussi à M. Roserot, beaucoup de remerciements
(1) Ce mémoire était en partie rédigé avant l'excellente publication du Cartulatre de Molesme, par M. Jacques Laurent. On trouvera dans cet ouvrage les principales pièces que nous citons, d'après le fonds Molesme aux arch., de la Côte-d'Or.
pour les pièces inédites des archives de la Haute-Marne, qu'il a bien voulu me communiquer.
Il ne paraît pas possible de donner l'indication de tous les documents qui concernent chaque famille. Nous ne fournirons que les preuves indispensables, dans le cours du récit. Le catalogue entier de ces actes donnerait à la publication une étendue qui ne serait pas en proportion avec l'importance du sujet. Toutefois, les dossiers en seront déposés, après nous, à la Bibliothèque nationale, et iront rejoindre d'autres documents déjà concédés à cet établissement, en souvenir des services rendus et des bonnes heures passées dans notre grand dépôt national.
Alliances et parentés du chroniqueur Villehardouin dans le Tonnerrois et ailleurs. — Les Brienne — Les Chappes — Les Lezinnes — Les Ancy-le-Franc — Les Montbar — Les Merry-lez-Sacy — Les Noyers — Les Gonflans — Les Arzillières — Les Nully — Les Milon le Breban — Les Oger de S'-Chéron, etc.
L'illustre et antique maison de Brienne avait surtout contribué à fixer dans le Tonnerrois plusieurs familles Champenoises. La clientèle des personnages qui possédaient le comté vint se fixer dans diverses localités de la région avec l'assentiment des suzerains et à la suite de diverses alliances.
Eustachie, fille de Mille II, comte de Tonnerre et de Bar- sur-Seine, mariée avec Gautier I, comte de Brienne, avait apporté au xie siècle, une partie des domaine que des alliances successives transmirent à leurs descendants. C'est ainsi que Pacy-sur-Armançon était devenu l'apanage
d'un arrière-petit-fils de Gautier, Guillaume de Brienne, décédé en 1199, que Thibaud, comte de Champagne, appelle son très cher ami et famillier ', et dont la veuve Eustachie de Courtenay épouse peu après Guillaume de Champlitte. Un autre petit-fils de Gautier, André de Brienne, était venu aussi s'établir dans nos contrées, en se mariant avec Alix de Venisy, dernière héritière desseigneurs de ce nom. La terre de Venisy sera possédée par cinq générations des Brienne, avant de passer par alliance à une branche aînée du sénéchal de Joinviile non encore complètement étudiée jusqu'ici. La comparaison des tableaux généalogiques de ces diverses lignées féodales peut seule permettre de saisir les rapprochements et les points communs qui les rattachent ; autrement il serait difficile de s'y reconnaître au milieu de ces alliances multiples et souvent inextricables.
Géofroi de Villehardouin avait contracté une première alliance avec une femme de la maison de Villemaur, dont aucun acte ne nous livre le prénom, mais qui était sœur d'Hélie de Villemaur, mariée à Milon Ile Breban de Provins, qualifié aussi de maréchal de Champagne, et dont le fils du même nom, Milon II le Breban, plus tard bouteiller de Romanie, n'a point été oublié par Villehardouin dans sa chronique. Milonll était probablement trop jeune, en 1 185, pour succéder à son père mort excommunié, et c'est ce qui valut à Géofroi, beau- frère de Milon I, d'occuper les fonctions de maréchal, fonctions qui restèrent dans sa famille, jusqu'en 1248, alors que Marguerite de Mello, veuve de Guillaume de Villehardouin ou de Lezinnes,
(1) « Quondam dilecti et familiaris mei ». Cartul. de VYonne, t. n,p.y 515.
transmit la charge à Anseau de Traisnel, son second mari, ainsi qu'on le verra plus loin.
L'origine commune de ces diverses familles n'avait pas été remarquée jusqu'ici. On ignorait qu'Oger de S'-Chéron et Milon I le Breban étaient fils de la même mère, et qu'une charte de l'abbaye de Clairvaux l pouvait fournir de précieuses indications à ce sujet. Isabelle, dame de Chapelaine, avait épousé en premières noces Guillaume le Roi, le maréchal, dont elle eut Milon I, le maréchal, Henri, et trois filles ; Marie, femme de Hugues de Chouilly, Elisende et Isabelle. En secondes noces, la dame de Chapelaine épousa Oger de Sl-Chéron,dont elle eut deux enfants, Oger etHéluis. Cette Isabelle, dame de Chapelaine, dut vivre fort âgée, car après avoir perdu son premier mari, son fils aîné, et deux de ses brus, elle faisait encore, en 1204, une donation à l'abbaye de Clairvaux, avec l'approbation de Guillaume, fils de feu Milon I le maréchal, l'aîné des enfants de la dame de Chapelaine.
Géofroi de Villehardouin ne tarda pas à connaître le chemin du Tonnerrois, car, sa première alliance n'ayant pas été de longue durée, on le trouve remarié, dès 1 189, à Chane de Lezinnes, et son séjour dans la localité de ce nom dut être plus fréquent après la mort de son beaupère Guillaume de Lezinnes, dont le nom n'apparaît plus après 1192. Ce qui donnait à la famille une grande influence dans nos pays, c'est que l'archidiacre Etienne de Lezinnes, frère de Guillaume et oncle du chroniqueur, occupait dans le Tonnerrois la dignité ecclésiastique la plus importante qu'il conserva pendant vingt-cinq années, de 1180 à 1205, c'est-à-dire avant le départ du maréchal pour la Croisade. L'obituaire de Saint-Mammès de Langres
(1) Bibl., nat , nouv acq. latin 1208, fol. 228.
mentionne, au 13 mars 1205, la mort de cet archidiacre, qui avait participé avec son beau-frère Guillaume à la fondation de l'abbaye de la Charité-lez-Lezinnes, située sous les murs du château *.
Lezinnes, aujourd'hui village du canton d'Ancy-le- Franc, était alors le fief principal de la famille de Villehardouin dont les successeurs prirent le nom qui fit oublier les souvenirs plus glorieux du chroniqueur. Un ancien dessin du xm* siècle, gravé par Israël Silvestre et reproduit par Mérian, représente les ruines du château, dont il ne reste rien. La forteresse, située sur la pente d'un coteau, dominant le cours de la rivière d'Armançon, ne paraît pas avoir été une station féodale très importante, bien qu'elle ait mérité sous Philippe-le-Bon, duc de Bourgogne, et pendant la guerre de Cent ans, de subir un siège sur lequel nous avons donné une notice ailleurs. C'est de ce château que partit, en 1202, le maréchal de Champagne pour la mémorable expédition que ses récits devaient immortaliser. C'est de Lezinnes que fut datée la dernière charte qui précéda son départ.
L'important domaine de Tanlay, inféodé aux Chappes par les Brienne, provient d'un mariage. Adeline, citée jusqu'en 1152 est une Brienne mariée à Clarembaud de Chappes, dont la fille, nommée également Adeline, épouse Milon V de Noyers, décédé en 1181. Claremband de Noyers, fils de ce dernier, porte le prénom de son grandpère maternel, et sa fille, encore une Adeline, apporta enfin Tanlay aux Courtenay, à la fin du xne siècle. Ces filia-
(1) Cartul. de l'Yonne, t. n, p. 391, charte de 1184. — Girard d'Arcy, abbé de Vizelay, frère de Géofroi d'Arcy, était oncle de Chane de Lezinnes et se disait cousin de Guillaume de Touci, évêque d'Auxerre (voir Cartul. de l'Yonne, t. u. p. 310 et la petite chronique de Vezelay, ms. n° 108 de la Bibl. d'Auxerre. — Girard d'Arcy mourut le 8 avril 1198.
tions prouvées ne peuvent donner lieu à aucune incertitude. Une Elisabeth de Chappes deviendra bientôt la femme de Géofroi, prince de Morée, neveu du chroniqueur, qui a luimême pour bru Mabile, fille de Gui de Chappes, seigneur de Jully et de Pétronille de Bar, la première femme d'Erard de Villy ou de Villehardouin.
Il paraît probable que Géofroi de Villehardouin ne fut pas sans influence pour attirer dans nos pays son ami Guillaume le ChampenoisdeChamplitte. Peut-être engageat-il ce petit-fils déshérité des comtes de Champagne à prendre, en H 96, comme seconde femme, Elisabeth de Mont-Saint-Jean, sœur du seigneur d'Ancy-le-Franc, son voisin i. Cette union ne fut pas heureuse. Des complications diverses et des intérêts opposés en hâtèrent le dénouement. Les Mont-Saint- Jean ayant pris fait et cause pour leur parent Hugues de Vergy dans les débats qu'il soutenait contre le duc de Bourgogne, la lutte amena des collisions dans la famille. Guillaume de Champlitte, vicomte de Dijon, n'avait pas les coudées franches pour marcher avec le duc contre les parents de sa femme. Il y eut rupture avec Elisabeth de Mont-Saint- Jean, ou plutôt divorce, car celleci se remaria peu après avec Bertrand de Saudon, tandis que Guillaume convola en troisièmes noces avec Eustachie de Courtenay, dame de Pacy-sur-Armançon, veuve de Guillaume de Brienne, en H 99 2.
De Lezinnes on aperçoit à moins d'une lieue le village de Pacy dont Israël Silvestre a reproduit une vue du château. C'est de là que partit Guillaume de Champlitte pour la Croi-
<1) Elisabeth était fille de Hufues n,sire de Mont-Saint-Jean et d'Elisabeth de Vergy, et sœur de Guillaume de Mont-Saint Jean, sire d'Ancy-le-Franc-
(2) Voir noi Ducs de Bourgogne, t. ni, p. 10 -109. D'autres alliances avec les Mont-Saint-Jean, sires d'Ancy, sont plus tard contractées avec les descendants de Villehardouin.
sade, laissant deux (ils, enfants en bas âge et sa femme alors enceinte. La chronique fait une large place à ce valeureux chevalier, qui parvint à conquérir les principautés d'Achaïe et de Morée, à la suite d'exploits qui ont rendu son nom célèbre.
Non loin delà, Villehardouin comptait au nombre de ses plus proches parents les sires de Montbar. André de Montbar décédé, en 1189, avait eu pour femme Mabiie d'Arcy-sur-Cure, sœur de Dameron d'Arcy, belle-mère du chroniqueur. Bernard de Montbar, seigneur d'Epoisses, après avoir perdu sa première femme de la maison de Saudon, convola en secondes noces avec Arambnrge, fille de Jean de Villehardouin, seigneur de Brandonvilliers1. Le marechai de Champagne comptait donc parmi les seigneurs de Montbar un oncle et un neveu.
Dans les environs de Vermanton, les seigneurs de Chatel-Censoir descendants des Donzy avaientfait construire le château de Merry dans le fief qui leur appartenait à Sacy ?. Ascelin de Merry, alors seigneur de la localité prit alliance avec Marie de Villehardouin, l'une des filles aînées de notre chroniqueur et de sa première femme. Géofroi de Merry, fils d'Ascelin et petit-fils du maréchal, deviendra plus tard connétable de Romanie.
A trois lieues de Lezinnes se dressaient les hautes tours de la forteresse de Noyers, que l'évêque d'Auxerre, Hugues de Noyers, faisait alors construire pour le compte de son neveu, dont il était tuteur. Là résidait Ade de Montmirail, fille d'André de Montmirail, seigneur de la Ferté-Gaucher, et de Houdiart d'Oisy, dont le mari, Clarembaudde Noyers,
(1) Voir la généalogie des sires de Montbar, dan* notre t. IV.
(2) Il ne reste rien de ce château de Merry-lez-Sacy, qui était situé dans un des faubourgs sur le chemin de Joux.
était décédé à Acre. Nous ne savons quelle fut l'influence du maréchal de Champagne pour faire épouser cette veuve, vers 1196, par son ami Vilain de Nully, « un des bons chevaliers du monde », dont il vante à diverses reprises les prouesses et la vaillance. Ade de Montmirail laissa des enfants de ses deux alliances, notamment Milon Vil, seigneur de Noyers, marié à Agnès de Brienne, et Jean de Nully, mort au siège de Damiette, en 1219.
Pour ne point oublier ses parents, même les tenanciers de fiefs de peu d'importance, comme celui de Courcelle, près Villy, le chroniqueur n'a garde d'omettre Ansiaus, li niés Jofroi le mareschal, qui avait épousé sa petite fille Béatrix de Villehardouin, fille de Gautier.
Dans cette énumération, Eustache de Gonflans et Gui du Plessis, son frère puiné, figurent en bon ordre, car Hodierne de Conflans, sœur de ces chevaliers, est la bru de l'historien, et a épousé Gui de Villehardouin, dit la Grive, seigneur de Villevoque.
Henri d'Arzillières a aussi des points d'attache avec nos pays ; il avait épousé Agnès, fille d'Anseric de Montréalen-Auxois, sénéchal de Bourgogne, sœur d'Hugues de Montréal, évêque de Langres. Guillaume, frère d'Henri, occupait les hautes fonctions de maréchal de la milice du Temple. Les familles de Villehardouin et d'Arzillières paraissent avoir eu dans l'origine des parents communs que l'absence de documents ne permet pas d'établir d'une manière certaine. Elles participèrent l'une et l'autre à la fondation de l'abbaye de Boulancourt, sur la paroisse de Longeville aux confins du territoire de Valentigny. Il y a plus, le maréchal de Champagne ayant donné, en 1200, sa part des dimes de Longeville au chapelain de S'-Nicolas de Brandonvilliers, fit approuver la concession par Henri d'Arzillières auquel ce fief appartenait.
Dans les régions plus éloignées, Géofroi de Villehardouin comptait encore, soit des parents, soit des amis ou des compagnons d'armes qui ne pouvaient être oubliés, Oger de St-Chéron, Milon, seigneur de Chaumont-en-Bassigny, les Brienne, les Joinville, les Dampierre, les Aulnay, les Montbéliard, les Montmorency, les Nesle, les comtes de Saint-Pol, les sires de Pesmes, Ponce de Cuiseaux, marié à Laurence du Puiset, nièce de Milon IV, comte de Bar-sur- Seine, les Montferrat, les la Roche, les Goligny, etc. Cinq fois le nom d'Hugues de Colemi, altéré par tous les éditeurs de la chronique, est reproduit sous la même forme, c'est Coleini qu'il faut lire ; car il s'agit d'Hugues, seigneur de Coligny, marié à Béatrix, fille de Guigues, Dauphin de Viennois, et qui fut tué à la défense de Serres, le 2 septembre 1205.
La plupart de ces seigneurs avaient contracté des dettes considérables pour subvenir aux frais de cette croisade et de cette lointaine expédition. Guillaume le Champenois de Champlitte, vicomte de Dijon, avait été contraint d'emprunter trois cents livres à un usurier Pierre Capituli. Les gages de cet emprunt reposaient sur les revenus de la maison de Champlitte et sur les rentes que lui valaient les foires de Champagne. L'engagement fut assez mal tenu ; on ne paya pas plus d'intérêt que de capital. Blanche de Champagne fut mise en demeure de saisir les domaines du sire de Champlitte, que le duc de Bourgogne ne put dégager qu'en empruntant à des juifs le montant de la créance.
Vilain de Nully avait également contracté des dettes, que sa veuve Ade de Montmirail ne put éteindre qu'en vendant des terres pour payer ce qu'il devait aux juifs. Gui de Chappes parvint à se créer des ressources en exonérant du droit de mainmorte les habitants de Jully-sur-Sarce, et en accordant les mêmes droits à tous ceux qui viendraient
résider sur ses domaines. Les seigneurs de Chaumont-en- Bassigny engagèrent leur terre de Chaumont au comte de Champagne pour subvenir aux frais du voyage. Leurs frères furent à regret désintéressés par les comtes de Champagne qui devaient convoiter depuis longtemps ce fief important, et qui parvinrent à l'annexer àleur comté après d'assez longs débats. Le chevalier Guillaume de Verrey engagea à l'abbaye de S-Seine ce qu'il possédait à Turcey, près Villotte, avec l'assentiment de sa femme et de son frère, et la garantie du duc de Bourgogne.
Géofroi de Villehardouin, qui connaissait bien les sentiments des uns et des autres traduit suffisamment ses impressions : « Après laPasques, entour le Pentecoste commen- « chièrent li pèlerin à mouvoir de lor païs, et de lor gens « et de lor parents. Sachiès que mainte larme i ot plourée « au départir de lor amis » .
Il n'était pas sans intérêt, croyons-nous, de reconstituer la généalogie d'un personnage qui a laissé un souvenir historique et littéraire si considérable, et dont la lignée masculine se poursuit sous d'autres noms jusqu'au xve siècle. Nous ne pouvons donner que des généalogies forcément incomplètes des familles qui s'y rattachent, Villemaur Le Breban, Nully, Chappes, Saint-Chéron, Arzillières, Aulnay. Par un curieux rapprochement, une alliance soude la maison de Joinville à celle des Villehardouin. C'est le fils aîné du chroniqueur Jean de Joinville qui épouse l'arrière petite-fille du chroniqueur Villehardouin, et qui continue la lignée des Joinville, en formant une branche peu connue, et que, faute de documents, nous n'avons pu suivre au-delà du troisième degré.
Généalogie des Sires de Villehardouin
Vilain, premier seigneur de Villehardouin, sa femme Dameron — Leurs enfants
Villehardouin, village du canton de Piney et de l'arrondissement de Troyes, est bâti en amphithéâtre sur les premiers gradins d'une côte rapide, abritée des vents du Nord par une falaise crayeuse. L'ancien manoir seigneurial établi au pied de cette falaise, et en dessous du village, occupait
Cvest.
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