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PLAN DES FOSSES DE L ANCIEN CHATEAU-FORT DE VILLEHARDOUIN

un rectangle parfaitement régulier de 147 mètres de long sur 17 de large, que des fossés profonds protégeaient de tous côtés. Une motte elliptique, surmontée d'un donjon de même forme et également entourée de fossés, était comprise dans l'enceinte, et était située sur le milieu de l'un des grands côtés de la partie méridionale. Les anciens

terrassements, importants et visibles il y a cinquante ans, tendent à disparaître de jour enjour. On peut encore suivre la dépression et le mouvement du terrain accusant les fossés remplis en partie par l'eau d'une fontaine voisine alimentée parles infiltrations de la montagne. Dans son Dictionnaire archéologique de l'Aube, d'Arbois de Jubainville a donné une description exacte de l'emplacement, mais le plan par terre que nous devons à M. Louis Le Clert évitera de plus longues explications.

Le manoir, dont aucun dessin ne nous a conservé le souvenir, ne doit sa célébrité qu'aux premiers personnages qui en ont porté le nom, et qui ne paraissent pas y avoir beaucoup séjourné. Lesdescendants de ces premiers seigneurs, sans respect pour la mémoire de leurs glorieux ancêtres, ont repris le nom de diverses seigneuries plus importantes, ce qui rend parfois les filiations difficiles à établir. Erard, fils du chroniqueur, est plus connu souslenomdeseigneur de Villy-le-Maréchal, et ses descendants prennent seulement le titre de sires de Lezinnes.

Villehardouin n'apparaît pas avant le milieu du xn* siècle dans les chartes et dans les documents, mais le château existait peut-être au siècle précédent, sans qu'il soit possible d'identifier le personnage nommé Hardouin qui en fut le fondateur.

Le premier seigneur de ce nom qui paraisse dans les documents se nommait Vilain, et vivait encore entre les années 1145 et 1153 *. Dominus de Villa Harduini, Villanus nomine, par l'intervention de S^Bernard, donne à Henri, évêque de Troyes, la dîme du village de Villehardouin qu'il tenait par droit héréditaire, jure hereditario.

\\) Henri, fut nommé évêque de Troyes, en 1146, et S'-Bernard est mort en 1153, la donation eut lieu entre ces deux dates.

Cette donation avait pour but de faire obtenir un canonicat à Roscelin, l'un des fils de Vilain, à condition qu'il aurait, sa vie durant, la jouissance de cette dîme*. Vilain était assurément décédé bien avant 1170, époque à laquelle Roscelin et ses frères amortirent à l'abbaye de Molesme une donation précédemment faite par leur père*.

La femme de Vilain se nommait Dameron, et son anniversaire est institué, au 12 décembre d'une année inconnue, par son fils Vilain, sous-doyen de l'église Sl-Etienne de Troyes, et par son autre fils Roscelin, sous-diacre et chanoine de Sl-Pierre de la même ville3.

Humbert de Villehardouin qui possédait à Troyes une maison sur laquelle Henri, comte de Troyes, avait des droits qui furent cédés à l'abbaye de Saint-Loup, en 11764, était probablement un frère puiné du seigneur Vilain, mais, les preuves faisant défaut, nous ne pouvons le faire figurer au tableau généalogique.

De l'alliance de Vilain avec Dameron, et des autres alliances qui ont pu exister, mais qui sont ignorées, huit enfants nous sont connus ; six fils et deux filles.

1° Jean de Villehardouin, seigneur de Brandonvilliers, l'aîné de tous, et tige de la première branche. Il porte sur son sceau la croix ancrée sans aucune brisure, comme nous le reproduisons, d'après le sceau original appendu à une pièce de 1216, datée de Corinthe B.

2° Roscelin de Villehardouin, chanoine de S-Etienne

(1) Arch. de l'Aube, G. 3834,Vidimus du xv s. Ed. : A. Roserot. Bulletin du Comité des travaux historiques, section d'histoire et de philologie, 1884, p. 278-284.

(2) Ed. Buchon Villehardouin, p 26.

(3) L'abbé Lalore : Obituaires du diocèse de Troyes.

(4) L'abbé Lalore, Cartul. de Saint-Loup de Troyes, p. 79-80.

(5) Arch. de l'Aube, fonds de Clairvaux, Ed. d'Arbois de Jubainville, Voyaye paléographique, p. 343.

de Troyes, paraît, en 1170, avec ses frères et sœurs, ainsi que Milon le Breban de Provins, dans une charte d'amortissement en faveur de l'abbaye de Molesme1, et, en 1176,

sert de témoin à cette donation au même monastère ». Il était mort, en 1183, époque à laquelle Manassès, évêque de Troyes, déclare que vingt sols ont été donnés pour fonder son anniversaire à l'église de S^Pierre».

3° Vilain, sous-doyen de l'Eglise de S'-Etienne de Troyes, est cité dans nombre d'actes. Il fut excomunié en 1192, pour s'être emparé des dîmes de Villehardouin données par son père à l'église de Troyes, lorsqu'il avait fait recevoir son fils Roscelin comme cbanoine4. Il fait négocier un échange de serfs entre les églises de S*-Loup et de S-Etienne, notifie un arrangement relatif au mariage de ces serfs, avec condition que les enfants issus de ces mariages seront partagés entre les deux églises5. Nous ne voyons plus apparaître le nom de Vilain après 1194.

4° Géofroi de Villehardouin, le chroniqueur, maréchal de Champagne, tige de la seconde branche, dont nous nous occuperons plus particulièrement.

5° Emeline, religieuse pour laquelle le maréchal, son frère, réserve l'usufruit des dîmes de Brantigny et du Doyer, afin de la maintenir en religion, 1207 et 1208e. Elle était abbesse de Montier-en-l'Isle, près Bar-sur-Aube, en 1232.

(1) Buchon, Villehardouin, p. 26.

(2) Arch. Côte-d'Or, f. Molesme 242, Orig.

(3) Camuzat, Promptuarium, fol. 178.

(4) Orig. maculé et déchiré. Arch. de l'Aube, G. 3834. Ed. A. Roserot. Bulletin du Comité des trav. histor. Section d'hist., 1884, p. 278-284.

l5) Trois chartes de 1192-1194 ; éd. l'abbé Lalore, Cart. de S*-Loup, p. 75 et 154 ; Cartul. de S*Pierre, p. 77.

(6) Buchon, Villehardouin, p. 25, et l'abbé Lalore, Notre-Dame aux Nonnains de Troyes, p, 90.

6° Haice, religieuse au monastère de Foissy, citée en 1207, dans les actes précédents, et en août 1220, lorsqu'elle donne avec sa nièce, fille du chroniqueur, en faveur de l'abbaye de Molesme, ce qu'elle possédait sur la dîme de Chesleyi.

7° Gui de Villehardouin, dit la Grive , chevalier, seigneur de Villevoque, déjà marié en 1172, à la veuve d'Eudes de Laignes, d'après les féoda, concède sous le sceau de son frère Géofroi, avec l'assentiment de sa femme Hodierne et de sa fille Wibors, une rente de froment à l'abbaye de Larivour, en 1202 a. Il est dit oncle de Béatrix et d'Anseau de Courcelles, en 1205 3. De concert avec une seconde femme, nommée Vilaine, il fait une donation à S'-Loup de Troyes, en 1215 4; trois ans plus tard, il vend aux chanoines de S^Nicolas, du consentement de sa femme, ce qu'il possède à Onjon 6, vente confirmée, en 1218 par son neveu Erard 6. 11 était mort avant 1223, alors que sa veuve Vilaine de Brantigny, remariée avec un chevalier, nommé Pierre, dont nous ne connaissons pas la maison, réclamait une paire de bœufs et un coursier que son mari Gui la Grive avait donné à Larivour \

8° Gautier de Villehardouin, chevalier, est témoin d'une charte de son frère Géofroi lorsqu'il dote une de ses filles pour être religieuse, en 1189»; il est témoin du sire de

(1) Arch. de la Côte-d'Or, 2* Cartul. de Molesme, fol, 24 v\

(2) Ed. d'Arbois de Jubainville, Revue des Sociétés Savantes, 1863, d'après l'original scellé.

(3) L'abbé Lalore, N.-D. aux Nonnaim de Troyes, p. 89-90.

(4) L'abbé Lalore, Cartul. de Sl-Loup de Troyes, p. 220.

(5) Orig. Arch. de l'Aube, G. 3856-3857.

(6) Ortg. idem.

(7)Bibl. nat., Cartul. de Larivour, fig. 79-80, nouv. acq. Cat. 1228 (8) Ed. d'Arbois de Jubainville, Revue des Sociétés Savantes, 1863, d'après un orig. scellé.

Dronnay concédant une rente à l'abbaye de Trois Fontaines, en 1 191 *. Dans les Obituaires Troyens, la mort de Gautier est fixée au 14 janvier d'une année inconnue. De plusieurs enfants non cités en 1 1 9 1 , nous ne connaissons que Béatrix, mariée à Anseau de Courcelles, dont le nom n'a pas été oublié dans la chronique.

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Jean de Villehardouin, seigneur de Brandon vi Hier s, tige de la branche aînée. — Les princes de Morée.

Jean de Villehardouin, seigneur de Brandonvilliers, n'est cité dans aucun acte avant 1170, et était deux ans plus tard lige du comte de Champagne pour la chatellenie de Rosnay à laquelle il devait trois mois de garde 2. La qualité de chevalier qui lui est attribuée en 1177, devait remonter à une époque plus ancienne. Gui deDampierre qui l'appelle son cher ami, le charge de tenir la main pour l'exécution d'une charte de donation à l'abbaye deClairvaux, en 1 189*. 11 fait un échange de prés situés au Doyer, près de son moulin, avec Raoul, abbé de Basse- Fontaine, en 12004. Il augmente de dix livrées de terre les revenus de la chapelle Saint-Nicolas de Brandonvilliers, en 1202». Deux ans après, en partant pour la Terre Sainte avec sa femme Céline, il donne une famille d'hommes à la Maison Dieu du Chesne9, et charge son cher écuyer Hugues de Balignecourt de faire observer ses volontés et de recevoir les revenus de

(1) Bibl. nat., Cabinet des titres, Très, généalog. de dam Villevielle, t. 64 fol. 165.

(2) Longnon, Documents sur le comté de Champagne, livre des Vassaux. (3)D'Arbois de Jubainville. Revue des Sociétés savantes, avril 1863.

(4) Ed. l'abbé Lalore, Cartul. de Basse- Font aine, p. 42.

(5) Bibl. nat., Cabinet des titres, Très, général, de dom Villevielle, d)apiès les arch. de S'-Remy de Reims.

(6) Bibl. nat., idem, d'après les arch. de S'-Remy de Reims.

sa terre, dans le cas où il ne reviendrait pas de cette expédition. Avant son départ, il avait aussi abandonné, ainsi que sa femme, une part des dîmes de Valentigny, et de Hampigny h l'abbaye de Boulancourt . En août 1209, il concède à l'abbaye de Cluni le moulin qu'il avait fait bâtir près de l'étang de Merquéricourt, en réservant pour lui et pour sa femme divers champs, revenus et droits a.

La même année, Gui de Dampierre l'exhorte à tenir la main à une concession faite à l'abbaye de Clairvaux». En 1212, d'accord avec Erard de Brienne, Gui de Chappes, Oger de S^Chéron, Philippe de Plancy, Odard, maréchal de Champagne et autres, il prend part à un arrangement négocié entre la comtesse Blanche et ses barons et vassaux, au sujet du partage des fiefs entre les filles, à défaut d'héritiers mâles \ En mars 1913, (a. st.) il concède avec sa femme Céline, et avec le consentement de sa fille Aremburge et de non neveu Erard, sire de Villehardouin, une rente en grains à l'Hôtel-Dieu duChesne 6. En février 1214, il scelle une reconnaissance des rentes en grains qui doivent être payées par lui ou par ses successeurs à l'église S*-Loup de Troyes 6. Les chartes qui concernent Jean de Villehardouin sont au nombre de vingt-et-une, et nous omettons celles qui le signalent comme simple témoin. Il était rentré de son voyage d'Orient, en 1207. Son sceau est appendu pour la dernière fois à une pièce de 121 6 j

(1) Charte confirmée par la comtesse Blanche, en 1207, Mémoires de la Soc. acad. de VAube, 1869, p. 155.

(2) Ed. Bruel, Cartul. de Cluni, t. v, p. 822, n* 4450.

(3) Bibl. nat., Cartul. de Clairvaux, p. 190.

(4) Ed. : Pithou, Coutume de Troyes, 1628, p. 68, Chantereau-Lefèvre, . II, p. 44-45, Brussel, p. 876.

(5) Bibl. nat., Cab. des titres, trésor général, de dom Villevielle, d'après les arch. de St-Remy de Reims.

(6) Ed. l'abbé Lalore, Cartul. de S%~Loup de Troyes, p. 218.

donnée à Corinthe par son fils Géofroi, prince d'Achaie*, et sa mort dut suivre cette date d'assez près. Nous ne savons si sa femme Céline, qui figure avec lui dans plusieurs actes, mais dont le nom de famille est ignoré, était déjà décédée.

Ce qui est certain, c'est que de l'alliance de Jean et de Céline sont issus plusieurs enfants, dont trois nous sont connus :

1° Géofroi I de Villehardouin, sénéchal de Romanie, puis prince d'Achaie.

2° Eremburge, mariée à Bernard de Montbar, seigneur d'Epoisse, lorsqu'ils font tousdeux, en 1207, avec l'approbation de leurs fils André et Jean, une donation aux religieux du Val-des-Choux 2. Ils étaient déjà unis par des liens de parenté dont nous avons parlé précédemment, et Bernard de Montbar avait été un des bienfaiteurs de l'abbaye de la Charité de Lezinnes. Après sa mort, en 1212, sa veuve paraît l'année suivante dans un acte avec son père. Quatre ou cinq enfants naquirent de ce mariage, et notamment André de Montbar que nous trouvons à Damiette, en 1219*.

3° Gautier, d'après Ducange et Buchon.

Géofroi I de Villehardouin, qui accompagna en Terre- Sainte son oncle Géofroi, maréchal de Champagne, fut seigneur de Calamata et d'Arcadia, puis sénéchal de Romanie et enfin prince de Morée. Une vingtaine de chartes le concernent. Il mourut en 1218 et fut enterré à Saint- Jacques d'Andravilla. Il avait épousé Elisabeth de Chappes qui lui survécut, et prit une nouvelle alliance avec Jacques de S»-Omer.

(1) Orig. scellé, Arch. de l'Aube ; Ed.: d'Arbois de Jubainville. Voyage paléographique, p. 343.

(2) Arch de la Côte-d'Or. Recueil de Peincedé, t. 28, p, 1173.

(3) Voir l'Annuaire de l'Yonne, 1870, p. 211, un art. de Lemaistre.

(4) V. nos Ducs de Bourgogne, t. IV, Généalogie des Montbar-Epoisses.

On connaît cinq enfants de Géofroi I et d'Elisabeth de Chappes.

1° Géofroi II de Villehardouin, prince d'Achaie, qui épousa Agnès de Courtenay, fille de Pierre de Courtenay, empereur de Constantinople, et qui ne laissa point de postérité. Il mourut en 1243, et fut enterré, comme son père, à S-Jacques d'Andraville.

2°Guillaume de Villehardouin, surnommée lagrande dent, sénéchal de Romanie, puis prince d'Achaie, après son frère Géofroi II. Il mourut à Calamata le 1er juille 1278. Des trois mariages qu'il contractata, sa première femme Anne de Touci, fille de Narjod de Touci lui laissa deux filles Isabelle et Marguerite, qui prirent d'illustres alliances et dont la lignée se termine par des familles princières.

3° Théodore, patriarche d'Antioche, d'après Hopf.

4° Une fille mariée à Géofroi de Cicon, fils d'Eudes de Cicon, croisé, et dont le fils est aussi nommé Géofroi.

5° Une autre fille mariée à Hugues de Bruyères, sire de Caritena, qui laissa un fils du nom de Géofroi (Hopf).

Nous n'avons rien de particulier à dire sur cette première branche des Villehardhouin, en dehors des recherches faites par Ducange, Buchon et principalement Hopf , Chroniques Gréco-Romanes.

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