‹ Les sires de VillehardouinChapitre 4 sur 7 · IV · texte numérisé non relu

IV

Alliance de Mabile de ^ilIehardouin-Lezinnes avec Géofroi de Joinville, fils aîné de l'historien sénéchal Jean de Joinville. — Descendance de cette branche de Joinville.

Mabile de Viliehardouin-Lezinnes, arrière-petite-fille de Géofroi l'auteur de la chronique, en soudant cette maison au fils aîné du sénéchal Jean de Joinville l'historien, dont ses descendants continuent la lignée, forme une

(1) Orig. scellé, Àrch. de Meurthe-et-Moselle, layette Bar, Longeville n<> 99.

(2) Voir Bibl. nat., Titres Orig. au mot Lezinnes

branche qu'il est intéressant de connaître. Mabile, l'aînée des filles de Guillaume I de Villehardouin, maréchal de Champagne, et de Marguerite de Mello, fut mariée en premières noces avec Erard de Chatillon, seigneur de Nanteuil, tils de Gaucher de Chatillon et de Marie de Brienne. Le contrat en fut passé au mois d'octobre 1257, par ses frères Erard de Lezinnes, plus tard évêque d'Auxerre, et Guillaume, qui lui assignèrent des rentes surTroyes, Chaource, Lezinnes, ainsi que sur le douaire qui devait revenir plus tard, après la mort de ses tantes, aux dames de Lirey et de Vihy.

Quatre enfants sont issus de ce mariage :

1° Gaucher de Chatillon, seigneur de Nanteuil-la-Fosse, qui laissa postérité.

2° Alix de Nanteuil-la-Fosse, qui laissa postérité.

3° Jeanne de Nanteuil, qui laissa postérité.

4° Erard de Nanteuil, mort avant 1307, dont héritèrent ses frères utérins de Joinville, cités plus loin.

Nous ne nous occuperons pas des descendants de cette branche.

En secondes noces, Mabile épousa Géofroi I de Joinville, fils aîné du sénéchal de Joinville et d'Alix de Grandpré. Le contrat en fut passé au mois de mai 1270, car le 26 de ce mois, Mabile et Géofroi reconnaissent avoir reçu d'Erard et de feu Guillaume de Lezinnes, frères de Mabile, une somme de quinze cents livres tournois, et trois cents livrées de terre, en faveur de son mariage2. En 1273 (n. st.) Géofroi de Joinville, sire de Nanteuil, chevalier, ayant fait, avec son frère Jean, le partage des biens provenant de leur mère Alix de Grandpré, déclare qu'il a eu le domaine de

(1) Ed. Martène, Amplis. Collectif), t. I col. 1340.

(2) Lebeuf Histoire d'Auxerre, nouv. éd. t. i, p. 450.

Briquenay dans son loti. En juin 1273, d'accord avec Mabile, il pria le comte de Champagne de ratifier un échange passé avec le seigneur de Commercy, auquel il cède des biens à Lirey, Villetart et Assencières contre d'autres biens à Lappion 2.En avril 1274, il se dit encore seigneur de Nanteuil, lorsque Mabile et son fils Gaucher de Nanteuil contribuent avec lui à l'affranchissement des habitants d'Ampilly du droit demain-morte3. En 1276, Mabile et son fils Gaucher, s'engagent à remettre aux habitants de Nanteuil tout ce qu'ils peuvent prétendre de leur héritage en celte localité, moyennant une rente, en promettant d'y faire consentir Géofroi, mari de Mabile et beau-père de Gaucher4. En mai 1277, Géofroi et son frère Jean donnent leur assentiment à une vente de bois à Juvigny, faite par Jean, sire de Joinville, leur père, aux Templiers de Ruetz 3. Gaucher, sire de Nanteuil, écuyer, avait dépassé la majorité féodale puisqu'il était entré en possession de ses domaines, en janvier 1278, comme le prouve un titre donné par lui en faveur de Montier-en-Der 6. Géofroi et sa femme Mabile, font, en 1280, un accord avec le doyen et le chapitre d'Auxerre, au sujet de la terre de Fleury, provenant de Gui de Mello, évêque d'Auxerre, oncle de Mabile, et pour laquelle ils rendent hommage à Humbertde Beaujeu, connétable de France7.

(1) Arch. du minist. des affaires étrangères, Corr. Lorraine, 257, mention Delaborde, n° 495.

(2) Arch. nat., j. 1035, n° 31.

(3) Garnier, Chartes de communes, t. II p. 338.

(4) Bibl. nat., Dom Villevieille, fr. 31.946, fol. 126 2°, d'après les arch de S'-Remy de Reims.

(5) Orig, Arch. delà Haute-Marne, comm" de Ruetz, 29 liasse, Juvigny.

(6) Bibl. nat. Dom Villevieille, loco citato.

(7) Annuaire de l'Yonne, 1887. p. 217-218, in-extenso.

Pendant la période qui vient de s'écouler, de grands changements s'étaient produits dans la région Tonnerroise. Marguerite de Bourgogne, petite-fille du duc Hugues IV, avait épousé, en 1268, Charles I d'Anjou, roi de Naples et de Sicile, frère de S^Louis, et avait été mise en possession du comté de Tonnerre, par arrêt du Parlement, en 1273.

Charles d'Anjou, prince fier, sombre et taciturne, n'avait pas hésité à convoquer tous ses féodaux pour l'aider dans ses ambitieux projets en Italie. Il n'avait pas attendu jusqu'ici pour emmener la plupart des seigneurs du pays, et nombre de cadets de famille qu'il avait attachés à son service, et qui ne paraissent plus dans le pays natal. Tant que Géofroi de Joinville eut la garde de ses beaux-tîls Erard de Lezinnes et Gaucher de Nanteuil, on ne voit pas qu'il ait songé à donner aide à Charles d'Anjou. Erard de Lezinnes, mis en possession de ses domaines, était peut-être encore jeune pour servir utilement son suzerain, mais tous les seigneurs du voisinage obéissant à l'appel, avaient été chercher dans ces lointaines contrées une fortune et une situation qu'ils ne pouvaient trouver chez eux. Il y eut en ce moment, comme cent ans auparavant, lors de la quatrième croisade un entraînementqui détermina l'exode des féodaux Tonnerrois. Citons Raoul de Courtenay, comte de Chieti, chevalier terrier de l'hôtel (1 269-1 278) qui paraît appartenir à la famille des Courtenay, seigneurs de Tanlay ; Gaucher de Méry-sur- Yonne, arrière-petit-fils du chroniqueur Villehardouin, et fils d'un Géofroi de Mery, connétable de Romanic, chevalier terrier de l'hôtel (1270); Girard d'Yrouère, près Tonnerre, châtelain de Canosa, chevalier terrier de l'hôtel (1269- 1284) ; Gui de Montbard, capitaine d'Aquila, chevalier terrier (1274-1281) ; Jean deNesIe, clerc de l'hôtel (1277- 1283); Mile de Pacy-sur-Armançon, châtelain de place forte (1276-1283); Guiard et Guillaume d'Argenteuil,

dont le premier fut chevalier de l'hôtel, puis châtelain de Corfou (1272-1278) ; Guillaume de Rougemont, chevalier (1280); Jean de Thil, chevalier lerrier, châtelain d'Avelino (1269-1270) ; Anséric de Touci, commandant de la Hotte ; Philippe de Touci, amiral du royaume; Narjod de Touci, chevalier terrier, capitaine général d'Albanie et du duché de Durazzo (1269-1277), etc.i.

Le massacre des Vêpres siciliennes qui eut lieu, le 20 mars 1282, et dont la nouvelle ne parvint en France que le mois suivant, donna lieu à un nouvel appel de Charles d'Anjou ; la sympathie qui s'attache au malheur détermina le départ de nouveaux chevaliers désireux de venger la mort de leurs frères d'armes. Géofroi de Joinville dut faire ses préparatifs de départ. H avait déjà mis son beau-fils en possession de ses domaines, ainsi que nous l'avons dit, mais au mois de juillet 1282, il notifia, de concert avec sa femme, cette prise de possession de Gaucher de Nanteuil, en priant l'archevêque de Reims de vouloir bien recevoir son hommage pour les terres relevant de son diocèse 2. Au mois d'août suivant, Géofroi donnait à Mabile une procuration générale pour pouvoir administrer ses affaires et gérer ses biens en son absence 3. Son départ suivit de près cette formalité et bientôt Géofroi de Joinville, conseiller du roi, était au nombre des chevaliers terriers de l'hôtel de Charles d'Anjou *. Restée seule, Mabile paraît dans quelques actes donnés en son nom. En avril 1285, elle donne quittance, pour elle et pour son fils Gaucher, du

(1) Durrieu, les Archives angevines de Naples, pp. 311, 313, 347, 350, 356, 360, 373, 374, 380, 390.

(2) Arch. de la Marne, G. 289.

(3) Août 1282, orig. déchiré et maculé, Archives de l'Aube, G. 3834, français.

v4) Durrieu. les Archives angevines de Naples, t. h, p. 334.

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