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Le chroniqueur Géofroi de Villehardouin, maréchal de Champagne — Ses alliances — Ses actes — Sa descendance — Erard I, maréchal — Guillaume I de Lezinnes, maréchal — Guillaume II de Lezinnes — Erard II, évêque d'Auxerre et cardinal — Erard III de Lezinnes — Jean I Trouillard de Lezinnes — Erard IV Trouillard de Lezinnes — Jean II Trouillard de Lezinnes — Erard V Trouillard de Lezinnes — Jean, bâtard de Lezinnes, au XIP siècle, et sa descendance jusqu'au XVII* siècle.

Le chroniqueur Géofroi de Villehardouin, le personnage principal pour lequel ces recherches ont été entre-

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prises, est la tige d'une branche qui se poursuit pendant plusieurs siècles dans la lignée masculine . Sa naissance doit être un peu antérieure à l'an 1150, si l'on songe qu'un de ses petits-fils Géofroi de Merry-lez-Sacy, qui deviendra plus tard connétable de Romanie, est déjà suffisamment âgé, en 1205, pour donner son approbation à un acte de ses parents1. On droit se rapprocher de la vraisemblance en reculant la date de naissance de Géofroi vers 1148. Quoique non cité par son prénom, il assistait assurément avec Roscelin et ses autres frères et sœurs à une confirmation, en 1170, de biens concédés par son père Vilain à l'église Saint-Quentin de Troyes. Deux ans après, il figure au nombre des féodaux du comte de Champagne et doit fournir un droit de garde à Troyes 2.

Il faut aller jusqu'en 1 185 pour trouver le nom de Géofroi, avec le titre de maréchal, mais à partir de cette époque, il apparaît dans tous les actes avec cette qualification. 11 venait de succéder dans cette charge à son beaufrère Milon I le Breban de Provins, récemment décédé », car ces fonctions ne sortaient pas de famille, et se transmettaient aussi par les femmes, comme nous en aurons au siècle suivant un curieux exemple dans cette même généalogie.

Géofroi devait être marié depuis plusieurs années avec une sœur d'Hélie de Villemaur, mariée à Mile I le Breban,

(1) Orig. Scellé, Arch. de l'Yonne. Ed.: Cartul. de l'Yonne, t III, n° 4. Il faut remarquer aussi que du temps de Saint-Bernard, c'est-à-dire avant 1153, Vilain, père du maréchal, obtenait déjà un canonicat pour Roscelim l'un de ses frères.

(2) Longnon, Documents sur le comte' de Champagne, Fiefs, n* 1999.

(3) Voir d'Arbois de Jubainville, Comtes et Ducs de Champagne, t. IV, p. 511. L'anniversaire de Milon I fut fondé l'année suivante, 1186, par son fils Milon II.

dont aucun document ne laisse trace du prénom, mais qui était fille de Dreux de Villemaur, dit Strabo et de Hersende et sœur de Béranger *» Cette alliance est trahie par diverses indications faciles à rapprocher. En février 1201, le maréchal appelle Géofroi et Dreux, fils de Béranger de Villemaur, ses très chers neveux ce Karissimi nepotes mei » ■. Mais ce qui est non moins probant, c'est que les biens situés à Villemaur, provenant de cette alliance, fuient cédés par Erard de Villehardouin, fils du maréchal, à la comtesse Blanche et au comte Thibaud, au mois de mai 1219, et que le cessionnaire reçut en échange d'autres domaines à Villy, Roncenay, Virloup, etc.8.

De deux chartes de 11854, émanées de la comtesse de Champagne, l'une atteste la vente faite par Géofroi, à Manasès, évêque de Troyes, de ce qu'il possédait dans la seigneurie et le domaine de Vannes. Dans la seconde pièce, Mile II le Breban est témoin avec son oncle. Nous ne pouvons donner toutes les pièces dans lesquelles Villehardouin est seulement cité comme témoin ; ces pièces, au nombre de quarante-quatre, n'embrassent qu'une période restreinte de la fin du xne siècle, et du commencement du siècle suivant. En 1 189, Géofroi, qui se qualifie de maréchal du comte Henri, accorde à l'église Sainte-Marie de Troyes, vingt sols de rente sur sa terre de Villy, en faveur de sa fille « Alaide » qui y est religieuse. Sa femme Chane et son frère Gautier donnent leur approbation à cet acte5.

(1) Voir notre tableau de Villemaur (non «ncore publié).

(2) Arch. de l'Aube, f. Montier-la-Celle. Ed.: d'Arbois de Jubainville, But. des Soc. Sav., avril 1863.

(3) Arch. nat., J. 195, n* 5. Ed. : Cbantereau-Lefévre, t. II, p. 107.

(4) L'abbé Lalore, Cartul. de Saint-Pierre de Troyes, p. 65, et Bouquot» léproserie de Troyes, 1849, p. 103.

(5) Orig. Scellé, écu portant une croix recelée- Arch. de l'Aube. Éd.: d'Arbois de Jubainville , Revue des Sociétés Savantes, avril 1863.

La seconde alliance de Géofroi devait être de fraîche date, et la fille qui entrait alors en religion provenait de son premier mariage. Chane de Lezinnes était fille de Guillaume seigneur de Lezinnes et deDameron d'Arcy-sur-Cure, dont elle paraît avoir été Tunique héritière !. Ce Guillaume de Lezinnes, personnage important, figure dans nombre d'actes, et était en 1172, un des hommes liges du comte de Champagne dans la chatellenie d'Ervy*. Son frère Etienne de Lezinnes, était archidiacre du Tonnerrois.

En 1191, l'évêque de Troyes relate la concession faite précédemment à l'église deS'-Pierre par Géofroi deVillehardouin, maréchal du comte Henri, savoir du domaine de Vannes, et fait une nouvelle donation de l'église de Ramerupt». En 1194, Géofroi assiste Gautier III de Brienne, autorisant les religieux de Boulancourt à occuper la grange de Taillebois provenant des moines de Beaulieu *. En 1195, il participe avec Milon II le Breban de Provins à une médiation ménagée par Marie, comtesse de Troyes, entre l'abbaye de Pontigny et Engobran de Saint-Chéron, chevalier ». En 1196, il notifie que le comte Thibaud lui ayant donné ce qu'il possédait à la chapelle Saint-Pierre, il est dans l'obligation de faire observer les clauses de cette cession6. En 1198, les actes se multiplient. Il est choisi comme média-

(1) V. Cartul. de l'Yonne, t, II, p. 324, la pièce indique l'alliance de Guillaume de Lezinnes avec Dameron, et permet de constater qu'André de Montbar, marié à Mabile d'Arcy, était sonbeau-frére.

(2) Longnon. Documents sur le comté de Champagne, les fiefs, n«« 324-325.

(3) Camuzat, Prompiuarium, d'après YOrig. aux arch. de l'Aabe.

(4) Orig. Arch. de la Haute-Marne ; fonds Boulancourt, 4' liasse, 13* partie.

(5) Bibl. d'Auxerre, Cartul. de Pontigny, de l'abbé Depaquit, t. II, pr. p. 330-331.

(6) Arch. de l'Aube, G. 2857, Vidimus du xve s., assez informe.

teur et arbitre par les religieux de Montiéramey qui avaient un différend au sujet de leurs bois de Maignant et de Trodes1. De concert avec l'archevêque de Sens, il rend une sentence arbitrale entre Thibaud de Champagne et le Chapitre de la Cathédrale deTroyes, en déterminant quelles sont les franchises du cloître et des sergeuts du chapitre *. En compagnie de Gui de Dampierre, Mile le Breban de Provins, Gautier de Chatillon, Gui de Chappes, Guillaume d'Àunay, il prend part à la cérémonie de la prestation de serment et d'hommage rendu par le comte Thibaud au roi Philippe-Auguste s.

Trois chartes sont datées de l'an 1200. En juillet, le maréchal relate une transaction passée avec les Templiers de Thors au sujet de leurs droits sur le territoire de Fresnay*. En présence de son frère Jean, de Gui et Aubri du Plessis et autres, il donne à Saint-Nicolas de Brandonvilliers la portion des dîmes qu'il possédait à Longeville, du consentement d'Henri d'Arzillières, dont ce domaine relevait en fief6. En octobre, il notifie la redevance de Girard, son fermier de Villy, pour des redevances assises sur les revenus de ce domaine et de la terre de Roncenay «. En 1201 , il fait concession à l'église de Saint-Etienne de Troyes de sa part des dîmes de Jasseines et de Saiut-Utin qu'il tenait de la libéralité de Thibaud, comte de Champagne7. Au mois

(1) Ed.: d'Arbois de Jubainville, Revue des Sociétés Savantes, août 1863.

(2) Orig. Arch. nat., Ed.: Teulet, Layettes du trésor, t. s. p. 484.

(3) Avril 1198, deux pièces originales. Arch. nat., J. 198 et J. 199. Ed.: Longnon, Documents relatif* au comté de Champagne, p. 467-468.

(4) Orig., sceau détruit. Arch. de la Haute-Marne, Commanderie de Thors, Corgebin, l,e liasse.

(5) Ed.: Buchon, Villehardouin, p. 26, d'après les Arch. de Saint-Remy de Reims.

(6) Bouquot, Hist. de la léproserie de Troyes, p. 113-114.

(7) Ed : d'Arbois de Jubainville, Bulletin des Sociétés Savantes, avril

de mai de la même année, on le trouve à Sens, en compagnie du duc de Bourgogne, de Gui de Dampierre, de Géofroi de Joinville, de Jean de Montmirail, de Clarembaud de Chappes, lorsque la comtesse Blanche rend foi et hommage au roi Philippe-Auguste1.

Les sept documents de l'année 1202 méritent d'être signalés. En février, Villehardouin atteste que ses très chers neveux Géofroi et Dreux de Villemaur ont abandonné à Eudes, chanoine de Troyes, tout ce que Robert de Joigny tenait d'eux en fief, à cause de sa femme Florence, dans la dîme de Puisy \ Il ratifie la donation à l'abbaye de Larivour des rentes en grains de la terre de Villevoque, faite par son frère Gui la Grive, chevalier, avec le consentement de sa femme Hodierne et de sa fille Wibors. Il confirme, autant que le permet son droit de coseigneur de fiel, la concession de son frère Jean à Saint-Nicolas de Brandonvilliers, dont il promet d'augmenter les revenus de la chapelle. 3. Au moment de partir pour Jérusalem « iter jerosilitanum arripiens », il donne à l'abbaye de Quincy ce qu'il possédait au Puy de Chaserey, avec l'approbation de sa femme « Kanna » et de ses fils Erard et Géofroi *. Cette donation, dans laquelle il prend toujours le titre de maréchal, fut également renouvelée à Lezinnes5.

La dernière charte donnée avant le départ de Géofroi de

(1) Ed.: Martène, Amp. collectio, I, 1828 ; Brussel, U, 12 ; Delisle, Cartul. des actes de Phil.-Aug., n° 670.

(2) Ed.: d'Arbois de Jubainville, idem , La charte est de 1201 février (1202) et Garnier, évêque de Troyes, en donne confirmation, le 30 avril, en parlant de Godefroi et de Dreux, chevaliers, fils de feu Béranger, chevalier.

(3) Bibl. nat., Cab. des titres, dom Villevielle, Très, général., d'après un titre orig. scellé d'une croix ancrée, au franc quartier au côté dextre, Arch. de Saint- Remy de Reims.

(4) Ed.: d'Arbois de Jubainville, But. des Soc. Savantes, avril 1863.

(5) Ed. : d'Arbois de Jubainville Jdem

30 GÉNÉATOGIES FÉODALES

Villehardouin est datée d'avril 1 202 , ou plutôt 1 203 , (n. st .) , postérieure, croyons-nous, aux fêtes de Pâques, qui tombaient cette année le 14 avril, au moment où « après le Paesque, entour la Pentecouste, commencèrent li pèlerin « à mouvoir de lor païs ». Dans ce document, Géofroi, qui se dit autrefois maréchal de Champagne « marescallus quondam Campanic » , concède à l'Abbaye de S1 Loup de Troyes, à titre d'échange, une femme serve habitant Fontaines- Luyères '.

Bien que le motif de la plupart des donations précédentes ne soit pas indiqué, il est probable que, suivant l'usage des croisés, Villehardouin n'avait trouvé d'autre moyen de se procurer des ressources pour ce lointain et coûteux voyage. En se séparant de sa famille, il traversa la Bourgogne, passa par le Montjoux, franchit le Montcenis et par la Lombardie, arriva dans la ville de Venise d'où il s'embarqua pour l'Orient avec ses compagnons d'armes.

En dehors de son merveilleux récit de la conquête de Constantinople, et de l'émouvante narration des exploits mémorables accomplis par les barons champenois, nous avons peu de chartes qui nous révèlent la présence de l'auteur d'une manière certaine. Il était assurément en Terre-Sainte, en 1205, en compagnie de Guillaume et d'Oger de S1 Chéron, de Gui et de Clarembaud deChappes, de Guillaume d'Arzillières, maréchal des Templiers, et autres, lorsque Vilain d'Aunay fit une donation aux chevaliers du Temple de tout ce qu'il possédait à Sancey, aujourd'hui S'-Julien, domaine qu'il devait à la libéralité du comte Henri a. Etait-il momentanément rentré en France,

(1) Ed.: l'Abbé Lalore, CartuL, de Saint Loup, p. 186.

(2) Arch. de l'Aube, Cartul. des Templiers, folio 95-96. Ed. Ducs de Bour gagne de La race Capétienne, t. III, p. 481-482.

en mars 1207, 1208, (n. st.), pour régler diverses affaires de famille, et notamment les rentes assignées à ses filles religieuses. Deux actes de même date, dans lesquels il prend le titre de maréchal de Champagne et de Romanie rappellent des dotations en faveur de Ste Marie de Troyes et de Ste Marie de Jully,en faveur de ses sœurs Emeline et Haïce, et de ses filles Alix et Dameron * ; mais peut-être n'avonsnous que les confirmations de legs antérieurement signalés, et cette supposition est la plus vraisemblable. Il ressort d'une lettre adressée à la comtesse de Champagne, en 1209, en réponse à une information qu'elle réclamait, que Géolroi était cette année en Orient. Villehardouin, qui s'intitule seulement maréchal de Romanie et Milon le Breban, bouteilier de Romanie, présentent leurs salutations à Blanche, accusent réception de ses lettres, et attestent que les domaines du comte de Blois et du comte de Sancerre sont du fief de la Champagne. Ils ajoutent que les registres des fiefs concernant cette province sont déposés dans l'église de S-Etienne de Troyes, etc. 2 Chane de Lézinnes, qui se dit, vers le même moment, maréchale de Champagne, « marescallissa Campanic », en l'absence de son mari, fait, ainsi que son fils Géofroi, uu échange de personnes avec l'abbaye de Sl-Loup de Troyes '.

Le pape Innocent III, dans une lettre de 1212, expose qu'un différend sétant élevé entre les possesseurs de l'église de Carligue, ville épiscopale de Macédoine, et les Frères Hospitaliers, au sujet de la propriété d'un château,

(1) 1° Orig. scellé en cire jaune, Arch. de l'Aube, vitrine, Ed.: Buchon, p. 27. — 2# L'Abbé Lalore, Notre-Dame-auooNonnains de Troyes, p. 90, d'après YOrtg. Arch. de l'Aube.

(2) Bibl. nat. lat. 5993, fol. 183 r° Ed.: Martène, Thésaurus Novus anecdot. 1. 1, cot. 809-810.

(3) Ed.: l'abbé Lalore, Cartui. de Saint-Loup, p. 211.

les parties consentirent à un arrangement et passèrent une transaction, scellée des sceaux de divers barons, parmi lesquels figurent le maréchal de Romanie, Conon de Béthune, sénéchal deRomanie, Milon le Breban et autres *. Ce n'est pas sans surprise que nous rencontrons ici, en compagnie de notre chroniqueur, et au nombre des sénéchaux de Romanie, le fameux Quènes ou Conon de Béthune, l'un des trouvères les plus renommés de cette époque, qui se disait élève du chansonnier Hue d'Oisy, et dont les traits satiriques avaient si fort mécontenté certaine comtesse de Champagne. Il s'était aussi croisé, en 1202, en même temps que Guillaume le Champenois de Champlitte, également poëte à ses heures, en même temps que Gui de Dampierre, ce protecteur des poètes, auquel Perrin d'Angecourt dédie une de ces chansons, en même temps que les Brienne, les Gauthier de Vignory et tant d'autres faisant partie de celte pléiade de poètes attachés à la cour littéraire de Thibaud le chansonnier \

C'est pour la dernière fois, en 1212, que nous trouvons Géofroi avec le titre de maréchal de Romanie, et qu'il figure d'une manière active dans un document à date certaine ; son nom ne paraît ensuite que dans quelques pièces, dans lesquelles il est désigné, soit comme maréchal de Champagne, soit simplement comme maréchal, pour éviter toute confusion avec les membres de sa famille portant le même prénom, à commencer par son fils puiné. On a bien une charte de février 1213 (1212 a. st.)8, délivrée par Eudes II, duc de Bourgogne, déclarant qu'un différend entre la

(1) Du Cange,p. 238.

(2) Hist. lUtér. t. xvm, p. 845-848, t. xxiu,p. 585-589, 623-627 \ Roman tiers françois, p. 77-110.

(3) Orig. scellé d'un sceau jaune rompu, Arch. nat., J. 198, n* 21.

comtesse Blanche et l'évêque de Langres, au sujet de la terre de Choigne, a été arrangé par l'entremise de Ponce de Frolois, alors son connétable, et le maréchal de Champagne, qu'on ne nomme pas ; mais il est probable qu'il s'agit ici d'Odard d'Aunay, qui occupait dans ces mêmes années l'une des deux fonctions du maréchalat. Une autre charte, de 1216 1, donnée par Erard de Chassenay, relate un accord ménagé par Eudes, sire de Vendeuvre, et Géofroi, maréchal de Champagne, entre les religieux de l'abbaye de Mores et le seigneur de Beurey. Les arbitres précités ont reconnu le bon droit des religieux par la transaction qu'ils ont rédigée, mais ces faits peuvent remonter à une époque antérieure, sans fournir la preuve absolue de la présence du maréchal à la date indiquée. — Une confirmation, faite en 1226 *, par Mathieu, duc de Lorraine, mentionne les concessions accordées par Géofroi de Villehardouin, aux religieux du prieuré de Chatenois, savoir de tout ce qu'il j ossédait dans son alleu d'Aunoi, consistant en terres, prés, forêts, serfs, etc.; mais à quelle date remonte cette donation ? Ei peut-on affirmer que le donateur fut notre chroniqueur ? En novembre 1217 % la comtesse Blanche, ratifia une concession faite à l'abbaye de S'-Remi de Reims par Géofroi, fils du maréchal de Champagne, ceci semble prouver que le maréchal était encore vivant et qu'il résidait peut-être en Champagne, mais toutes ces indications sont bien vagues.

(1) Bibl. nat., f. français, 5995, folio 122 2° ; Ed: l'Abbé Lalore, Chartes de l'Abbaye de Mores n° 74 ; idem, Sires de Chassenay, p. 42-43.

(2) Arch. des Vosges, cartul. du prieuré de Chatenois, carton H 55 ;Bibl. nat.,mss. lat. 12661, fol. 38.

(3) Bibl. nat., 500 Colbert, liber principum. t. î, fol. 158 r* et v% et Arch. nat. J 197, n* 13.

Toutefois, on a des raisons de croire, tant que des documents nouveaux ne viendront pas modifier nos conjectures, que Villehardouin fut dans la nécessité de quitter la Terre- Sainte, et de passer chez nous les dernières années de sa vie, c'est-à-dire jusque vers le 12 juin 1218, date à laquelle son fils aîné fonda son anniversaire.

Des événements considérables venaient de s'accomplir, et des désastres sans précédent accablaient la province. La revendication d'Erard de Brienne et de sa femme Philippine sur le comté de Champagne, à l'encontre de la comtesse Blanche et de son fils Thibaud, avait déterminé une conflagration qui eut une terrible répercussion dans nos régions. Cette guerre avait pour conséquence désastreuse de mettre en état de défense toutes les localités et tous les féodaux à quelque parti qu'ils appartinsent, et même de mettre en antagonisme les personnages d'une même famille. Pendant qu'Anséric de Montréal défendait dans ses châteaux de Montréal et de l'Isle-sur-Serain la cause de Blanche et de Thibaud, ses frères Gui, seigneur de Beauvoir, et André, seigneur de Marmeaux et de Ravières, mettaient leurs forteresses au service d'Erard de Brienne et de Milon de Noyers. Chablis et Maligny, qui relevaient de la Champagne, étaient en lutte avec Seignelay et S1 Florentin, dont les seigneurs tenaient le parti opposé. Les seigneurs d'Epoisses, de Mont-Sl-Jean, d'Ancy-le-Franc, de Tanlay, de Sexfontaines, d'Aigremont, de Chateauvillain, de Tilchatel, de Chacenay, étaient en opposition avec les seigneurs de Vignory, de Beaumont,de Grancey, etc. Sur tous les points, une lutte ardente était engagée entre les partisans de Tune ou de l'autre bannière. Pressé par le pape Honorius III de tenir ses engagements pour la croisade, le duc de Bourgogne lui répondait : « Si l'on ne porte remède à ce mal, il « sera beaucoup plus difficile qu'on ne croit de secourir la

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« Terre-Sainte. La guerre n'intéresse pas seulement le « pays qui en est la victime ; je serais dans les contrées « d'Outremer que j'en reviendrais au plus vite » '. L'excommunication lancée par le pape contre les partisans d'Erard, contre Mile de Noyers, Etienne de Seignelay, Guillaume de Courtenay-Tanlay, Jobert, sire d'Ancy-le- Franc, André d'Epoisses, Mile de S1 Florentin, et autres voisins des sires de Lezinnes, ne mit pas fin aux hostilités.

Les circonstances étaient trop critiques pour que Villehardouin pût se désintéresser des événements et ne pas songer à protéger ses domaines menacés. Mais homme de prudence et de conciliation, âme chevaleresque et loyale, il ne voulait point participer à des luttes dont il désapprouvait les motifs. Un certain nombre de ses parents, amis et compagnons d'armes avaient déjà quitté la Terre-Sainte. Mandés par la comtesse Blanche, en 1212, Jean de Villehardouin,son frère, Gui de Dampierre, Gautier de Vignory, Gui de Ghappes, Ogier de Sf Chéron et autres avaient promulgué une ordonnance avec les barons champenois, au sujet du partage des fiefs. * Le maréchal ne dut partir que plus tard et alors que la crise était dans la période la plus aiguë. Ses anciennes fonctions à la cour, la fidélité qu'il devait à la Comtesse Blanche et à son fils, auxquels il était attaché féalemeni, mais sans bassesse, lui faisaient un devoir de soutenir ses suzerains ; mais, d'autre part, les liens multiples d'amitié et de vassalité qui le rattachaient à la maison de Brienne le mettaient dans une situation pénible et embarrassante. Il préféra conserver son indépendance en gardant une neutralité absolue. L'autorité respectée du père

(1) Baluze, Innoc. Epist. t. II, p. 843 ; Rec. des fiist. de Fr., t. XIX, p. 631-633.

(2) D'Arbois de Jnbainville, Ducs et comtes de Champagne, pr. n* 8 H.

de famille s'imposa, car pendant cette longue guerre, aucun des siens ne prit part à la lutte, ni de près, ni de loin, et leur nom ne figure pas dans les document*, nombreux cependant, qui en relatent les épisodes. Le mutisme ou l'absence de ces documents est même la preuve de leur abstention. Pendant toute cette période, pas plus Géofroi que son fils Erard ne voulurent bénéficier du maréchalat ; ce fut seulement quatre ans après la mort du père, quand les troubles furent un peu apaisés, que le fils consentit à en exercer les fonctions héréditaires dans sa famille, et qui se transmettaient par les femmes, comme on le verra bientôt.

Le vieux maréchal avait résolu d'aller s'enfermer dans la retraite, plutôt que de participer à des luttes intestines. Là, du moins, il pouvait réunir des souvenirs plus glorieux, raconter les prouesses et les faits d'armes de cette conquête de Constantinople, à laquelle il avait largement contribué. C'est à cette détermination, qui fait honneur à la probité et à la droiture de l'homme, que l'on a la bonne fortune de posséder la plus ancienne chronique française, dont sept siècles écoulés n'ont fait qu'augmenter l'intérêt. Nous voulons croire, jusqu'à preuve du contraire, que cette chronique a été composée chez nous, et ce n'est pas sans une respectueuse admiration que nous étudions cette narration d'un autre âge, dont le style sobre, digne et viril atteste la loyauté de l'écrivain.

Géofroi le maréchal laissait cinq enfants, dont trois de son premier mariage et deux de Chane de Lezinnes, à laquelle il survécut:

1° Erard de Villehardouin continue la lignée.

29 Marie, l'aînée des filles et peut-être l'aînée de tous les enfants, était conjointe, bien avant 1205, à Asselin de Merry-lez-Sacy, seigneur de Bessy, Crain, Lucy-sur-Cure, puisque leur fils Géofroi est déjà témoin à cette datte. Marie

est citée jusqu'en 1215. Asselin, décédé en 1225, continue la lignée des seigneurs de Merry-lez-Sacy, issue des Donzy et des Semur-en-Brionnais, seigneur de Châlel-Censoir, dont nous avons fait la généalogie jusqu'au xiv* siècle1. Géofroi, fils d' Asselin, devint connétable de Romanie, et paraît avec ce titre depuis 1 238 jusqu'à sa mort arrivée vers ou avant 1224. Asselin portait sur son écu trois fleurs de lys, Géofroi le connétable adopta le sceau du maréchal, son grand-père. Gaucher de Merry, fils de Géofroi, devint lui-même chevalier terrier de l'hôtel de Charles d'Anjou, en 1270, et son frère épousa la fille de Sonorius, roi des Comains.

3* Alix, religieuse, est citée dans nombre de documents et fut longtemps abbesse de Notre- Dame-aux-Nonnains de Troyes, où elle mourut avant 1249, et où elle fut enterrée. Sa tombe la représentait avec une couronne supportée par deux anges3.

4° Géofroi paraît trois fois avec sa mère Chane deLezinnes. En 1217, il était marié avec une dame nommée Aude. En 1219, il était décédé, et nous ne voyons pas qu'il ait laissé de postérité.

5° Dameron portait le nom de sa grand'mère Dameron d'Arcy-sur-Cure, femme de Guillaume de Lezinnes. On la trouve comme religieuse de Notre-Dame de Troyes, en 1207, puis du prieuré de Foissy, en 1220.

( 1) Voir Jacques Laurent, CarluL de Molesme, t. I, une Généalogie d'Assolin de Merry. Notre tableau s'arrête au milieu du xive siècle, avec Gaucher de Merry, seigneur de Frasnay.

(2)V. l'épitaphe dans l'abbé Lalore, Notre-Dame-aux-Nonnains de Troyes p. 231.

Erard î de Villebardouin et son frère Géofroi, donnent, en 1202, leur approbation à une concession de leur père Géofroi partant pour Jérusalem, donation consentie par « Kanne », femme de ce dernier1. Erard et sa femme Mabile ratifient une donation faite à l'abbaye deQuincy, en 1207, d'après une charte de Robert, évéque de Langres*. En janvier 1212 (1213 n. st.) il cède un de ses serfs au chapitre de S-Etienne de Troyes 3. En juillet 1215, il notifie que son beau-frère Asselra de Merry, époux de sa sœur Marie, a donné à Ste~Marie de Troyes moitié d'une maison qu'elle y possédait, avec l'autorisation de Géofroi et de Mabile, enfants d'Asselin et de Marie.4. Eu juin 1217, il donne à FHôtel-Dieu de Troyes une rente sur sa consive de S-Utin pour l'entretien d'une lampe \ En juin 1218, il fonde l'anniversaire de son très cher père Géofroi, maréchal du comte Henri, celui de sa mère, le sien et celui de sa femme Mabile \ En novembre 1218, il donne, du consentement de sa femme Mabile et de son fils Guillaume, à l'abbaye de Larivour ce qu'il avait de dîmes à Assencières7. En mai 1219, de concert avec Mabile et son fils Guillaume, il échange avec la comtesse Blanche ce qui lui appartenait à Villemaur contre des domaines sis à Villy, Roncenay, Isles, Virloup, etc. \ Par un acte de même date, il cède à

(1) Orig. Àrch. de l'Aube; Ed.td'Arbois de Jubainville, Bul. des Soc. Sav., avril 1863.

(2) Orig. Arch. du château de Tanlay.

(3) Dom Villevielle, Trésor généal., Bibl. nat., Cabinet des titres.

(4) Orig. Arch. de l'Aube, Ed.:d'Arbois de Jubainville, Bulletin des Sociétés Salantes, avril 1863.

(5) Orig. Arch, de l'Aube, Hôtel-Dieu, layette 1, cote A, n* 47.

(6) Orig. scellé, Arch. de l'Aube, vitrine; Ed.:Buchon, p. 28.

(7) Bibl. nat. nouv. acq. lat. 5683. fol. 8, Cartul. de Larivour.

(8) Arch. nat. J. 195, n° 5. Ed. : Buchon, p. 27-28, Chantereau, t. II. p. 107-108.

LES SIRBS DE ViLLEHARDOUIN 39

Pierre de Vaudes, clerc, et à son frère des terres et prés sis à «Savoie»1. En décembre 1219, il concède à l'abbaye de Molesme, ainsi que sa femme Mabile et son fils Guillaume, diverses parts de dîmes, et notamment deux parts de la dîme d'Argentenay. Cette dernière donation ratifiée, par Gui de Chappes, nous prouve que Mabile était sa fille. a. Mabile devait être décédée avant le mois d'août 1220, car elle n'est plus citée, quand Erard et son fils Guillaume donnent aux religieux de Molesme ce qu'ils ont sur la dîme de Chesley8. En mai 1222, Erard était remarié avec Marguerite de MontSl-Jean, fille de Jobert de Mont-S'-Jean, seigneur d'Àncy-le-Franc et de Jeanne, dont nous ne connaissons pas la maison. Pour la première fois, il prend dans cet acte la qualité de maréchal de Champagne qu'il ne quittera plus ; il donne avec sa femme Marguerite une rente de cinquante cinq livres aux religieuses de l'abbaye d'Argentolles, assise sur les foires deS-Remy de Troyes 4. En février 1223 (1224 n. st.) le maréchal ratifie les acquisitions faites par les religieux de Larivour dans les domaines relevant de son fief5. En 1224, Erard était décédé et les Obituaires portent sa mort au 1er juillet. Dans les vingt-huit chartes qu'on possède de lui, il est nommé tantôt comme seigneur de Lezinnes, tantôt comme seigneur de Villehardouin ou comme seigneur de Villy.

Marguerite de Mont-S'-Jean survécut à Erard, et rendit peu après foi et hommage pour ce qu'elle tenait de son héritage et du domaine de son mari 6. Son veuvage ne fut pas

(1) Orig. Àrch. de l'Aube, 23, H. 3

(2) Charte du 7 avril 1219 (1220 n. st.). Jacques Laurent,Cûr/w/. (le Molesme, t. H, fol. 45 v°.

(3) Socard, Chartes de Molesme. p. 149.

(4) Arch. rat., J. 595, n° 7. ; d'Arbois de Jubainville, Comtes et Ducs de Champagne, catal. n° 1428.

(5) Bibl. nat, nouv. acq. lat. 1228, Cartul. de Larivour, fol. 9 V".

(6) Longnon, Documents sur le comté de Champagne, Fiefs, n° 3842.

de longue durée, car elle se remaria bientôt avec Renaud de Grancey, seigneur de Larrey, fils d'Eudes III, sire de Grancey et de Clémence de Chassenay, avec lequel on la trouve encore en 1260 '•

Des deux alliances d'Erard, trois enfants nous sont connus :

1° Guillaume, seigneur de Villy, de Lezinnes, maréchal de Champagne, qui continua la lignée.

2° Agnès de Villy, dame de Lirey et de Chesley, 1247- 1257, que l'on trouve mariée, en juin 1247, avec Milon de Lirey, chevalier, lorsqu'ils donnent conjointement le droit de pâturage sur Lirey aux religieux de Moutier-la- Celle8.

3° Marguerite de Villy, née d'Erard et de Marguerite de Mont-S'-Jean, vers 1223 ou 1224, dame de Villy, Lajaisse, Cheslay, Etourvy, mariée trois fois ; 1° à Gaucher de Maligny, décédé avant 1260, et dont elle eut deux enfants, Agnès et Gui de Maligny ; 2° Jean de Seignelay ; 3° Jean d'Epoisses, dont elle était veuve en 12823. Béatrix, dame de Vie, est née de cette dernière alliance.

Guillaume I de Villehardouin, maréchal de Champagne, n'est plus jamais nommé comme seigneur de Villehardouin, mais il est dit seigneur de Lezinnes ou de Villy ; le nom illustré par son grand-père est abandonné. En 1228, Guillaume de Villy est convoqué pour faire partie de l'arrière-

(1) Voir nos Ducs de Bourgogne, t. II, généalogie des Mont-S'-Jean et t. VI, généalogie des Grancey.

(2'Bibl. nat., Cabinet des titres, Dom Villevielle, Trésor généalogique.

(3) Arch. du château d'Epoisses, inventaire Bridât.

ban de Champagne i. En 1231, il fait donation d'une serve au prieuré de Kadonvilliers. En 1232, Guillaume de Lezinnes, maréchal, se déclare caution d'Archambaud de Bourbon envers le comte Thibaud2. En décembre 1236, il assiste au Parlement du roi, et rend justice au Chapitre de S'-Etienne de Troyes contre les prétentions des chevaliers du Temple3. En mai 1237, il atteste la concession d'une rente faite à l'Hôtel-Dieu de Troyes. En juin 1240, il renonce, en faveur des religieuses de Notre-Dame des Prés à une rente qu'il percevait sur le finage de Savoie*. A la même date, il approuve, comme seigneur du fief, l'engagement que son neveu Erard, fils de Milon de Lirey et d'Agnès de Villy, avaient fait à l'abbaye de Montier-la- Celle de ce qu'ils avaient à Courcelles &. En septembre 1245, il atteste l'abandon fait, au profit de l'Hôtel-Dieu de Troyes, de ce qui pouvait lui appartenir dans la succession d'Eudes de SMJtin*.

Guillaume le maréchal, seigneur de Villy et de Lezinnes, mourut le 8 juin 1246 et fut enterré à Larivour, où Ton voyait son épitaphe7. Son anniversaire avait lieu, le 1" septembre seulement, à l'abbaye de Lugny, d'après un ancien obituaire de ce monastère du Chatillonnais, constatant qu'il en avait fait construire l'église : « Obiit dominus Guillelmus, rnarescallus Campante, edificator ecclesie nostre, qui habet anniversarium ordinis »8.

(1) Longnon. documents sur Le comté de Champagne, Fiefs, n° 4367.

(2) Bibl. nat., 500, Colbert, no 56, fol. 174-175.

(3) Bibl. nat-, Dom Villevielle, Trésor généalogique.

(4) Orig. Arch. de l'Aube, 23, H. 3.

(5) Orig. Arch. de l'Aube, 7 H. 6, liasse Courcelles.

(6) Arch. de l'Aube, layette 1, cote A, n°44.

(7) Camuzat, Promptuarium, fol. 320, V°.

(8) Mém. de ta Commission des antiq. de la Cûe-d'Or, t. VI, p. 410 et 351 .

Guillaume le maréchal avait épousé Marguerite de Mello, fille de Dreux de Mello, sire de Loches et de Mayenne. Marguerite, la maréchale o marescallissa », se dit veuve en 1247, quand elle ratifie avec Erard, son fils aîné, les donations faites à Montier-la-Celle par sa helle-sœur Agnès de Villy et son mari Milon de Lirey. Elle était déjà remariée le 30 août 1248, avec Anseau de Traînel, seigneur de Voisines, fils deGarnier III, de Traînel, seigneur de Marigny, qui s'intitule à cette date seigneur de Lezinnes et maréchal de Champagne. En se mariant, Marguerite apportait à son fiancé les fonctions du maréchalat, dont aucun des descendants du célèbre chroniqueur ne devait bénéficier. C'est à l'occasion de ce mariage que Dreux de Mello donna le village de Soligny-les-Etangs à son gendre Anseau, en priant le comte Thibaud de recevoir hommage pour ce fief. Cette cession fut en même temps approuvée par Guillaume de Mello, frère de Dreux et oncle des mariés (30 août 1248) *. Anseau est encore maréchal de Champagne, en mai 1251, mais sa femme Marguerite mourut le 21 février 1254, et fut enterrée deux jours après à l'abbaye de Larivour. Les obituaires de S* Loup et de S* Pierre de Troyes marquent son obit au 23 février. Son épitaphe est donnée par Camuzat. Elle avait cédé en mourant à l'église de Sl-Antoine de Paris, une rente à percevoir sur les foires de S* Remy de Troyes2. En prenant une seconde alliance avec Agnès de Mont-S-Jean, fille de Guillaume de Mont-S-Jean, Anseau de Traînel conserva le titre de maréchal de Champagne (décembre 1255)3 et en exerçait encore les fonctions

(1) Deux pièces de même date. Bibl. nat., Liber principum, f. Colbert, fol. -27 V, et anc fonds latin, 5993 A. folio 400 v°.

(2) Ed.: Charavay, Revue des Documents historiques, t. s. p. 14, d'après orig.

(3) Orig. Arch. de l'Yonne, Ed: Carttl. de l'Yonne, t. III,pièce 556.

en 1259. Puis, on le trouve comme connétable de Champagne, en 1263, et c'est à lui que le comte Thibaud confia le gouvernement de la province lorsqu'il partit pour la Navarre.

Cinq enfantssont issus de l'alliance de Guillaume, sire de Lezinnes, le maréchal, avec Marguerite de Mello.

1° Erard II, seigneur de Lezinnes, Faîne de tous, chanoine, puis doyen d'Auxerre, et enfin évêque de cette ville, 1270-1279, après la mort de son oncle, l'évêque Gui de Mello, frère de sa mère. Des nombreux documents relatifs à ce prélat, nous ne pouvons citer que les principaux. En juillet 1256, il donne, ainsi que son frère Guillaume, à Jean et à Guillaume de Prugny, ce qu'il avait à Courcelles, près S* Pouange \ En janvier 1359, il déclare qu'il a été un des exécuteurs testamentaires de sa mère Marguerite de Mello, dont il tonde l'anniversaire 2. A même date, il donne des rentes sur Lannes à S" Marie de Troyes 3. En 1260, il est exécuteur testamentaire de Jacques de Beaumont, chanoine d'Auxerre et écolier d'Angers *. En juin 1 269, il est arbitre entre Renaud, comte de Forez et Guillaume de Jaligny, chantre d'Auxerre. Le 19 novembre 1270, Pierre, archevêque de Sens, annonce aux régents de France la promotion d'Erard de Lezinnes comme évêque d'Auxerre \ En 1270, il est exécuteur testamentaire de son oncle Gui de Mello, évêque d'Auxerre. En 1271, il est caution avec Jean de Châtillon, comte de Blois, pour une rente due à Mile de Noyers 6. Le 12 février 1272, il assiste au traité

(1) Arch. de l'Aube, 7. H. 6, 2e liasse, Courcelles.

(2) Orig. déchiré, Arch. de l'Aube, G. 3715.

(3) Bibl. nat., Orig. Titres orig. au mot Lisines.

(4) Bibl. nat. lat., 17048, f. Gaigniéres, n* 180.

(5) Arch. nat. J. 346, n* 55. Ed: Cartul. de l'Yonne, t. III, p. 332.

(6) Orig. Arch. de la Côte-d'Or, B. 1272.

de mariage entre Robert, fils de Gui, comte de Flandre, et Yolande, comtesse de Nevers ». Il reçoit peu après la même Yolande dans son château de Lezinnes, qui reconnaît l'obligation qui lui incombe de porter l'évêque d'Auxerre lors de son entrée dans son évêché *. En novembre 1275, il fait un accord entre les habitants de Chitry, d'une part, et les seigneurs Jean des Barres, chevalier, Gui, son neveu, et Jean de Noyers, écuyers 3. En mars 1275, Jean de Tanlay et sa femme Marguerite de Plancy, lui donnent, comme à leur cousin, ce qu'ils ont en la seigneurie de S1 Vinnemer, située près de Lezinnes *. En i 27 6, il fait une fondation à l'abbaye de Fontenay pour le service anniversaire de ses parents6. En septembre 1276, il affranchit les habitants d'Appoigny et de Bailly du droit de main-morte6. A l'automne de cette année, il se rendit à Rome, y fut nommé cardinal, évêque de Preneste, y contracta une maladie sous Tinfluence du climat, et mourut le 18 mars 1279. Aussitôt après, le doyen et le chapitre d'Auxerre demandèrent au roi la permission de nommer un autre évêque 7.

2° Guillaume II de Lezinnes, fils de Guillaume 1er et de Marguerite de Mello, continue la lignée masculine de la maison.

3° Mabile de Lezinnes, mariée deux fois, avec Erard de Châtillon, sire de Nanteuil, puis avec Géofroi de Joinville, fils aîné de Jean, sénéchal de Joinville, continue la branche de cette famille, qui sera suivie dans un chapitre particulier.

(1) Orig. Arch. de Lille, ch. des comptes, n# 1748.

(2) Éd: Lebeuf, Hist. d'Auxerre, t. II , p. 290.

(3) Orig,, Arch. de l'Yonne, G. 1916.

(4) Orig. Arch. de la Côte-d'Or, B. 10488.

(5) Copie de notre cabinet, xvn» s.

(6) Ed: Pérard, p. 533 ; Cartul. de l'Yonne, t. III, p. 349-350.

(7) Orig. Arch. nat., J. 344, n# 52, Ed • Cartul. de l'Yonne, t. III, p. 35t.

4° ïsabeau de Lezinnes était mariée avant 1258 à Gaucher deChâtillon, seigneur de Crécy, et fonde avec lui deux chapelles dans l'église de S'-Georges-de-Crécy 4. En décembre 1260, ils font ensemble une donation aux religieuses de Pont-aux-Dames 2. En février 1265, Gaucher de Châtillon étant décédé, de nouveaux arrangements furent pris au sujet de la précédente concession. ïsabeau donna par testament à l'abbesse et au couvent de Fontevraut une rente en grains sur la grange du Plessis, vers Troyes, rente qui fut ensuite abandonnée par l'abbesse aux enfants de la donatrice, Marie de Crécy, femme de Mile de Noyers, et aux enlantsde celle-ci Mile de Noyers, plus tard, maréchal de France, et Gautier de Noyers, chanoine d'Auxerre 3. L'obituaire de S'-Pierre de Troyes porte la mort d'Isabeau de Lezinnes, au mois de février d'une année qui n'est point indiquée.

5° Marguerite de Lezinnes, religieuse, abbesse de Ste Marie de Troyes, en 1258 4, est décédée le 29 janvier 1262 \ et fut enterrée à l'abbaye de Larivour, d'après une épitaphe rapportée par Camuzat.

Guillaume II de Lezinnes, qui devait continuer la lignée des Villehardouin, n'eut pas une longue existence, et les pièces qui le concernent ne sont pas nombreuses. Il est plusieurs fois cité avec son frère aîné Erard, évêque d'Auxerre. En octobre 1257, il contribue à la dot de sa

(1) Toussaint du Plessis, Hist. de l'église de Meaux, t. II, p. 169.

(2) Duchesne, Maison de Châtillon-sur-Marne, pr. p. 192.

(3) Arch. de la Côte-d'Or, Recueil de Peincedé.

(4) Orig.Bibl. nat., cabinet des titres au mot Lisines.

(5) Obituaire de Saint-Loup de Troyes.

sœur Mabile, lors de son mariage avec Gaucher de Châtillon-Nanteuil *. Guillaume et Erard font, en janvier 1263, (1264 n. st.) une déclaration au sujet de la dot cédée par Marguerite, reine de Navarre, comtesse de Champagne et Brie, à Mahaut de Sexfontaine qui venait d'épouserGuillaume de Lezinnes2. Cette alliance fut de bien courte durée, puisque Guillaume mourut la même année 1264 le 8 novembre, et fut enterré à l'abbaye de Larivour, avec celte inscription : « Hic jacet Guilermus, dominus de Villaharduini, filins mareschali Campanie » 8.

Erard III de Lezinnes, enfant unique de Guillaume et de Mahaut de Sexfontaine, a dû naître en 1264, et eut pour parrain et protecteur son oncle Erard, évêque d'Auxerre, dont il fut l'héritier universel. Il fut élevé par sa tante Mabile et par son oncle Géofroi de Joinville, et c'est des Trouillard de Joinville que vint ce surnom sous lequel sont désignés tous les sires de Lezinnes qui lui succèdent. Au moment de sa majorité féodale, il fut mis en possession de ses domaines, c'est-à-dire avant 1282, époque à laquelle Géofroi de Joinville partit en Orient. Il figure pour la première fois comme témoin, en 1283, dans un débat entre Milon, seigneur de Noyers, et les habitants de cette ville *. En mai 1284, il se qualifie de damoiseau dans un échange fait avec les religieux de Molesme 5. En novembre 1285,

(1) Martène, Amplis, collecta, 1. 1, col. 1340.

(2) Bibl. nat., Liber principum, f. Colbert, n* 56, fol. 51-52.

(3) Obituaire de Saint-Loup de Troyes, et Camuzat, Promptuarium, fol. 320 V\

(4) Notre Hist. des ducs de Bourgogne, t. VI, p. 135-137.

(5) Orig. Arch. de la Côte-d'Or, H. 280.

il était encore damoiseau quand il céda aux mêmes religieux son four de Lezinnes moyennant abandon dedroitsqu'ils possédaient sur certains hommes de la localité. En 1290, il est marié avec Marie d' Arzillières qui lui avait apporté une rente sur les seigneuries de Coolus et de Bussy, lors des partages avec ses frères Gautier et Jean d'Arzillières et leur sœur Agnès, religieuse à S1 Pierre de Reims 4. Eu 1292, il signe un engagement de cinq cents livres tournois prêtés par le duc de Bourgogne, moyennant l'abandon de sa terre de Juilly et des dépendances qui resteront dans la main du duc jusqu'à remboursement intégral de la somme a. Erard Trouillard de Lezinnes convoqué, en 1304, dans ï'ost du roi dut prendre part à la bataille de Mons-en-Péveie 3. En juin 1312, Gaucher de Châtillon, connétable de France, fait un arrangement entre son neveu Milon, sire de Noyers, et son cher cousin Erard, sire de Lezinnes, au sujet de leurs droits de chasse *. En 1314, Erard signe l'acte d'association des barons contre les empiétements de Philippe-le-Bel. Il est convoqué avec les féodaux à Paris, aux octaves de la Chandeleur 1318, puis en avril de l'année suivante. En mai 1319, il fournit aveu et. dénombrement à Jean, sire de Plancy, pour ce qu'il possédait à Montépreux et à Vaudrepuis5. En juin 1320, il reçoit du roi Philippe des lettres d'amortissement, pour sa terre de Vireaux k De 1325 à 1327, il est en contestation avec Jean, seigneur d'Argen-

(1) Bibl. nat., f. Gaignières, t. 648, fol. 82, invent, des titres de la baronnie d'Arzillières.

(2) Orig. Arch. de la Côte-d'Or, B. 10485.

(3) Nos Ducs de B. t. VI, p. 107-108.

(4) Orig. Arch. de la Côte-d'Or, titres Noyers.

(5) Bibl. nat., Titres originaux, au mot Usines.

(6) Arch. nat., H 59, fol. 248, n" 453.

teuil, au sujet du droit de chasse dans les forêts voisines, dont Milon, sire de Noyers, est arbitre 1.En 1326 et 1327,

il est en procès avec les officiers el les frères de l'Hôpital de Tonnerre, relativement aux droits de chasse dans les bois d'Angy, et passe un accord à cet effet 2. Comme seigneur de Lezinnes et de Rochefort, il fait un nouvel arrangement avec l'hôpital des Fontenilles de Tonnerre au sujet de divers bois 8. Erard était mort, en 1329, et sa veuve Marie d'Arzillières, dame de Lezinnes, paraît seule avec son fils aîné Jean Trouillard .

D'Erard et de Marie sont issus cinq enfants :

1° Jean Trouillard, seigneur de Lezinnes, qui suit.

2° Marguerite, morte jeune le 3 mars 1307, et enterrée à l'abbaye de Larivour, où se lisait Tépitaphe suivante : « Cy gist damoiselle Marguerite, jadis fille de monsei- « gneur Erart de Lezignes, chevalier, laquelle trespassa « Van de grâce MCCC et VII, le tiers jour de mars » 4.

3° Jeanne, mariée d'abord avec Erard de Touci, seigneur de Bazarnes,fils de Gui de Touci et de Guillemette de Beaumont (1325-1328), puis à Robert de Châtillon-en-Bazois, qui mourut en 1343. Jeanne vivait encore en 1357.

4° et 5° Deux fils, dont on ne connaît pas les prénoms, mais qui sont mentionnés dans un procès de chasse, cité plus haut, comme étant décédés avant 1335.

(1) Archives de la Côte-d'Or, B. 1274 ; curieux rouleaux relatifs à ce procès, dont nous avons pris copie intégrale.

(2) Bibl. de l'Hôpital de Tonnerre, Cartul. de l'hôpital, fol. 89 r* et 133 V°, deux pièces.

(3j Arcb. du château de Tanlay, 1327.

(4) Obituaire de Saint-Loup de Troyes, et Camuzat, Promptuarium folio 321 r\

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Jean I Trouillard de Lezinnes avait pour premier devoir de faire hommage, ainsi que sa more, pour les domaines laissés par son père Erard. Le dénombrement fourni en février 4330, comprenait la ville de Lezinnes et ses dépendances, sauf la maison-forte, Ancy-le-Serveux, sous réserve d'une rente de cent livrées de terres assignées en dot à sa sœur Jeanne pour son mariage avec Erard de Touci, seigneur de Bazarne ; les seigneuries d'Argentenay, Sambourg, Vireaux et une douzaine de fiefs de moindre importance tenues par divers particuliers \ Ce dénombrement fourni à Robert de Bourgogne, comte de Tonnerre, qui mourut en 1314, fut renouvelé l'année suivante à Jeanne de Chalon, sa veuve*. Convoqué pour se rendre à l'armée du roi, Jean Trouillard, seigneur de Lezinnes et de Coolus, donne procuration à son prévost Jean de Vandenesse et à plusieurs personne de Tonnerre, pour administrer ses biens en son absence 3. Il partit, en qualité de chevalier, avec six écuyers, sous la bannière de Milon de Noyers, bouteiller de France, et se rendit à Péronne pour marcher contre les Anglais (1338)*. Le procès pour la chasse dans les bois de Sambourg et de Moulins, commencé du temps d'Erard, fut repris par Jean Trouillard contre Jean d'Argenteuil, maître d'hôtel du roi, et donna lieu à de nombreuses informations et enquêtes, en 1339 et 1340, qui se terminèrent par un arrangement ménagé par Milon de Noyers, bouteiller de France 5. En

(1) Arch. de l'Yonne, Cartul. de Tonnerre, fol. 67-68.

(2) Idem, fol, 60 dimanche avant la Pentecôte 1335.

(3) Orig. Arch. de la Côte-d'Or, B. 11713.

(4) Orig. Arch. de la Côte-d'Or, B. 1274 (bis).

(5) Arch. de la Côte-d'Or, Orig. B. 397 et B. 11753, plusieurs rouleaux d'enquêtes fort curieuses pour la chasse à cette époque. Nous avons copie intégrale de ces pièces formant un volume.

1340, 15 juin, Jean Trouillard est associé avec Aubertde Torotte pour faire la guerre à la dame de Bourlemont, sa belle-sœur, et à Eudes, seigneur de Grancey, frère de ladite dame. Une trêve est passée par l'entremise de Milon de Noyers, en faveur de la dame de Bourlemont qui avait été maintenue prisonnière1. En février 1343, d'accord avec Aubert deThorotte et Pierre, sire de Bourlemont, il donne quittance à son oncle Thomas de Bourlemont, évêque de Toul,dela prise du château de Saulxures, dont il s'était emparé par force d'armes 2. En 1345, il avait cessé de vivre, et de son alliance avec Jeanne de Bourlemont qui lui survécut, il ne laissait que des enfants mineurs, dont cinq nous sont connus.

1° Erard IV Trouillard, seigneur de Lezinnes, fut émancipé peu de temps après la mort de son père, par suite des conventions prises par Milon, seigneur de Noyers, bouteiller de France, et de Jean deChatillon-en-Bazois, maître d'hôtel de la reine, qui avaient des contestations au sujet de la tutelle des enfants mineurs de Jean Trouillard, à laquelle leur parenté donnait droit (6 décembre 1345) 3. En qualité de seigneur de Coolus, Erard IV rendit hommage et fournit dénombrement à Gautier, seigneur d'Arzillières, en 13504. On a peu de renseignement sur ce personnage décédé avant 1357. On ne saurait même pas qu'il avait été marié, si les registres du Parlement, du 25 janvier 1361 (1362 n. st.), n'avaient relaté les clauses d'un accord entre Gibaud de Mello, seigneur d'Epoisses, et Jean Trouillard, frère du

(1) Orig Arch. de la Côte-d'Or, B. 1273.

(2) Bibl. nat., f. français, 16889 fol. 159. Titres de la ville et de J'évêché de Toul.

(3) Orig. Arch. de la Côte-d'Or, titres Noyers.

(4) Bibl. nat., f. Gaignières, 648, fol. 76, Inrent. des titres d'Arzillières.

LES SIRBS DE V1LLEHARD0UIN 51

défunt1. Il en résulte qu'Erard IV avait épousé Marie de Pacy, fille de Gaucher de Pacysur-Armançon et de Jeanne de Marmeaux,8 qu'elle se remaria à Gibaud de Mello et qu'elle était décédée avant 1362.

2° Jean IITrouillard, seigneur de Lezinnes, continue la lignée.

3° Marie de Lezinnes, mariée à Gaucher de Seignelay, alors veuf d'ïsabeau de Joinville, et dernier descendant mâle de cette famille de Seignelay, mort en 1360 pendant l'invasion anglaise. Elle lui survécut pendant vingt-six ans, avec le titre de dame de Seignelay et en partie de Lezinnes. En mars 1375 (1376 n. st.), elle soutint en Parlement un procès contre son frère3. De 1377 à 1380 elle plaidait au Parlement contre Philippe deSavoisy, chambellan du roi, au sujet des réparations et des constructions à faire au château de Seignelay qu'ils possédaient en commun*. En 1377, elle lègue une pièce de vigne à l'église de Lezinnes, à charge par le curé de faire un service religieux B. En 1383, elle fait une donation aux religieux de l'abbaye de Pontigny % et traite avec l'abbaye de Molesme au sujet d'uue rente assise sur la terre de Lezinnes 7. Après avoir dicté ses dernières volontés et institué au nombre de ses exécuteurs testamentaires le fameux Jean Goulain, auquel on doit de si précieux manuscrits, Marie de Lezinnes mourut en 1 386, sanslaisser de postérité .

(1) Àrch. nat, X* 13.

(2) Notre tableau généal. inédit des Pacy.

(3) Arch. nat., X*» 9, fol. 22-23.

(4) Arch. nat., Xj», 27, fol. 244 r°, et X1» 29, fol. 182-183.

(5) Arch. de l'Yonne, G. 2543.

(6) Bibl. d'Auxerre, Hist. de Pontigny, pr. t. III, p. 43-44.

(7) Arch. de la Côte-d'Or, H. 280.

4° Claudette Trouillard de Lezinnes, dame de Coolus, fournit dénombrement pour cette seigneurie, en 13501, à Gautier d'Arzillières.

5° Guillaume de Coolus, dit Trouillard, cité en 1361 ».

Au nombre de ces enfants, il faudrait peut-être ajouter un Pierre de Lezinnes, écuyer d'Antoine de Beaujeu, en 1364, qui fut à la solde du roi, sous le gouvernement du duc de Bourgogne, pour aller guerroyer en Beauce et dans le pays chartrain 3, mais la filiation n'étant pas prouvée, nous ne le faisons pas figurer au tableau.

Jean II Trouillard, seigneur de Lezinnes, mineur à la mort de son père, héritier de son frère Erard IV, en 1357. A cette date, il était chevalier, et traita avec son cousin germain Jean de Bourlemont, pour la vente et l'échange de ce qui pouvait lui appartenir à Saulaures, Gruis, etc.4. En janvier 1362, il fait accord avec Gibaud de Mello, veuf de Marie de Pacy, antérieurement femme d'Erard IV e. En 1368, il assiste, en qualité de chevalier bachelier, avec trois écuyers, à la montre de Châtillon-sur-Seine, sous les ordres de Gui de Pontailler, maréchal de Bourgogne6. En 1370, comme coseigneur de Rochefort-sur-Armançon

(1) de Barthélémy, Diocèse anc. de Châlons-sur-Marne, t. I, p. 333, (2)Arch.nat., X»c 13.

(3) Dom Plancher, t. II, p. 536.

(4) Deux pièces Orig. scellées, du 24 avril 1357. Arch. de Meurthe-et- Moselle, layette Ruppes, II, n°3 48-49.

(5) Arch. nat., X»« 13.

(6) Arch. de la Côte-d'Or, comptes du receveur général Huet-Hanon.

avec Olivier de Jussey, il fait un accord avec l'abbesse du Puits d'Orbe1. En février 1371 (n. st.) il fait la chevauchée du Languedoc avec six écuyers, sous la bannière de Jean de Bourgogne2. En 1374, il donne procuration à diverses personnes pour la poursuite de plusieurs procès*. En 1375, il plaide contre sa propre sœur Marie deLezinnes, dame de Seignelay *. Le 29 juillet 1380, il fournit montre de sa compagnie à Amiens, etle 1er septembre, à Corbeil». En 1384, 27 mai, ses terres de Lezinnes, Vireaux, Sambourg, sont saisies, ainsi que les revenus, à la requête du comte de Tonnerre, par un arrêt du Parlement6. Le 23 décembre de la même année, il est en procès avec les habitants de Lezinnes, au sujet de la taille T. En février 1386 (n. st.) il est en procès avec les exécuteurs testamentaires de Béatrix de Bourbon, jadis reine de Bohème, dont il se disait lui-même un des exécuteurs testamentaires, et qui lui avait légué cent francs d'or pour les nombreux services qu'il prétendait lui avoir rendus8.

En 1386 et 1387, il est en procès avec les cohéritiers de sa sœur Marie, dont il avait saisi l'héritage sans faire d'inventaire ; il est en procès avec Jean Goulain, maître en théologie ; il est en procès avec Marguerite de Vienne, dame deCuiseaux et de S'-Laurent, au sujet de joyaux, de bijoux et objets précieux, prêtés à Marie de Lezinnes,

(1) Orig. Arch. de la Côte-d'Or, H. 1029, fonds du Puits d'Orbe.

(2) Deux pièces orig., Bibl. nat. Cabinet des titres, au mot Lesignes,

(3) Arch, nat., Xic, 29, trois pièces.

(4) Arch. nat., X*a 9 fol. 22-23.

(5) Bibl. nat., Villevielle, Trésor généal. t. XXIV, fol. 4985 V°.

(6) Arch. nat., Xia 31, fol. 296 V°.

(7) Arch. nat., Xia 34, fol. 10 V°.

(8) Arch. nat., X,a, 52.

dont il avait pris l'héritage.1 En 1388, il est en procès avec les religieux de l'abbaye d'Ogny2. En 1389, il est condamné par le Parlement de Beaune à une amende de soixante livres dues au duc, à cause d'un appel injustement adressé au Parlement de France 3. En 1390, sa terre de Rochefort-sur-Armançon, en partie vendue à Olivier de Jussey, est saisie par Louis de Chalon, comte d'Auxerre et de Tonnerre4. En 1392, il plaide toujours contre Jean Goulain, maître en théologie, religieux, profés de Tordre des mendiants de Ste-Marie du Mont-Carmel, exécuteur testamentaire de Marie de Lezinnes 5. Le 17 avril 1394, il rend hommage au comte de Tonnerre, ainsi que son fils Erard, pour les seigneuries de Lezinnes, Vireaux, Sambourg et dépendances 8. Plusieurs procès, poursuivis par ses enfants, étaient encore engagés quand Jean II Trouillard fit son testament, et quand il mourut dans la matinée du 7 mars 1399 (n. st.) Il avait pris ses dispositions pour être enterré dans la chapelle du château de Lezinnes, et laissé dans ce but une aumône, qu'il fut difficile de payer, le défunt n'ayant laissé que des dettes 7. Il avait épousé Jacquette de Frolois, dame de Posanges, Tune des filles de Milon de Frolois et de sa seconde femme Jeanne de Vaux, qui ne paraît plus après l'année 1398. Nous ne connaissons que deux enfants issus de ce mariage.

(1) Arch. nat. X ia 33, fol. 396, X ia 1473, fol. 107 r° 160 V°, 361 V°, quatre pièces.

1 2) Arch. nat., X ia 34, fol. 343 r°.

(3) Arch. de la Côte-d'0r,B. 15, fol. 13, r°.

(4) Copie de notre Cabinet, Carton Rochefort.

(5) Arch. nat., X ia, fol. 160-161.

(6) Arch. de l'Yonne, Cartul. du comté de Tonnerre, p. 127-128.

(7) Voir Mêm. de VHist. de Paris, t. XVII, p. 91, d'après un registre det Arch. nat., Y 5221, fol. 129.

1° Erard V Trouillard, seigneur de Lezinneset deCoolus, qui continue la lignée.

2° Gui Trouillard de Lezinnes, coseigneur avec son frère de Lezinnes et de Coolus, paraît, en 1383, dans une assez mauvaise affaire, pour avoir, dans un accès de colère que sa jeunesse ne pouvait absoudre,, commis un meurtre sur la personne d'Etienne, fils de Jacquet, bâtard de Marmeaux, qu'il rencontra dans ses bois à la chasse, et qui venait de tuer deux bêtes rousses, en compagnie de plusieurs de ses amis1. Dans la crainte des poursuites que méritait un tel forfait, Gui Trouillard prit la fuite et n'osait rentrer au pays jusqu'au pardon qu'il obtint de la grâce du roi Charles, en raison des services rendus par son père et les seigneurs de Lezinnes ses prédécesseurs. Les questions de chasse, causes de si nombreux procès au xive siècle, ont toujours passionné les seigneurs de cette maison. Gui était rentré dans le Tonnerrois quand sa tante Marie de Lezinnes, dame de Seignelay, vint à mourir ; il en hérita ainsi que son frère Erard. En 1386, il est qualifié d'écuyer et servait dans la compagnie de Girard de Bourbon, sire de Montperroux2. En 1388 et 1389, il était sous la garde et sous l'administration de son père3. En 1401, il soutenait avec son frère un procès au sujet de l'héritage de sa tante Marie. En 1402, il était cohéritier de Marguerite de Frolois,dame de Molinot, sa parente, et fournit dénombrement pour les domaines provenant de cette succession*. La même année, il soutenait avec son frère un procès contre

(1) Arch. nat, H. 125, n° 186, fol. 107 V°.

(2) Dom Plancher, t. III, p. 568.

(3) Arch. nat., Xia , 34, fol. 342 et 345; Arch. de la Côte-d'Or, Peincedé, t. IV, p. 561.

(4) Orig. Arch. de la Côte-d'Or, B. 10547.

l'abbé et les religieux de Boulancourt, pour des biens sis à Coolus et au Mesnil l. En 1404, il reçoit un arrêt du Parlement au sujet de la mouvance de Lezinnes. En 1409, il soutint un procès aux grands jours de Troyes contre le prieur de la Charité, et fut obligé de fournir des cautions2. En 1414, il est en procès avec Guillaume, fils de Gaucher d'Yrouer, et en mars 1414 (n. st.) il donne procuration pour défendre en jugement plusieurs procès. On ne le rencontre plus après cette date. Le crime de sa jeunesse ne lui permit pas d'avoir un autre titre que celui d'écuyer. Il ne paraît pas avoir eu d'alliance.

Erard V Trouillard de Lezinnes n'était encore qu'écuyer, en 1380, quand il figura sous la bannière de son père dans une montre faite à Amiens, le 29 juillet, et dans une autre faite à Corbeil, le 1er juillet. 11 était chevalier, en 1386, quand il hérita, avec son père, des biens de Marie de Lezinnes, dame de Seignelay, sa tante. Il était sans doute en chevauchée au service du roi, quand son père se disait administrateur de ses enfants Erard et Gui, dont il avait la garde, en 13893. Il n'était pas moins endetté que Jean II Trouillard, car en 1391, en qualité de seigneur de Posanges, il contracta un emprunt dont il fournit l'obligation au juif Salomon, avec la caution d'Antoine de Majorque, physicien à Dijon*. En 1394, il donne dénombrement de ses seigneuries au comte de Tonnerre. En juillet de la même année, il donne une procuration générale à son père

(1) Arch. de la Haute-Marne, Boulancourt, 7° liasse, Coolus.

(2) Arch. nat. X ia 9186, fol. 134.

(3) Arch. nat., X ia, 34, fol. 342 r\

(4) Arch. de la Côte-d'Or, Protocole des notaires, B. 11.309, n° 90.

pour la vente de la terre « d'Ërquien »*. En 1399, il passe un arrangement avec les religieux de l'abbaye de Molesme, relativement aux rentes dues dans cette paroisse1, et, comme seigneur de Coolus, vend une rente à Nicolas de Plancy*. En 1400, il est condamné par le bailli de Sens et par un arrêt du Parlement à une amende dans ses débats avec le comte de Tonnerre4. En 1401, il est toujours en procès avec Jean Goulain, religieux du Mont-Carmel5. En 1402, il rend ses devoirs de fief, avec son frère Gui, pour les domaines de Molinot, Vernicourt, etc., qui leur sont échus par le décès de Marguerite de Frolois, leur parente8. 11 soutient la même année, avec Gui Trouillard, un procès contre les religieux de l'abbaye de Boulancourt7. Il se rend à Paris avec deux écuyers pour secourir le duc de Bourgogne contre le duc d'Orléans8. Il vend au chapitre et à l'archidiacre d'Avallon, moyennant deux cents écus d'or à la couronne, une rente de vingt livres assignées sur sa terre de Posanges9. Il reçoit l'arrêt du Parlement rendu en faveur de Louis de Chalon, déclarant que la terre de Lezinnes relève du comté de Tonnerre et de l'abbaye de Molesme mais que la justice ressort du bailliage de Villeneuve-le- Roy (5 juillet 1404)10.

(1) Orig. Bibl. nat , collect. de Lorraine, t. 199 (bis), n° 86.

(2) Orig. Arch. de la Côte-d'Or, H. 280, fonds Molesme.

(3) Bibl. nat., f. Gaignières, t. 648, fol. 84.

(4) Arch. nat., X ia 47, fol. 217 V°.

(5) Arch. nat., X ia 48, fol, 294-295.

(6) Arch. de la Côte-d'Or, Orig. B. 10347, deux pièces.

(7) Arch. de la Haute-Marne, abb. de Boulancourt, 3* liasse, 7e partie, Coolus.

(8) Dom Plancher, t. III, p. 573.

(9) Orig. Arch. de l'Yonne, G 2222.

(10) Arch. nat., X ia, 51, fol. 241.

Pendant trois mois de l'année 1 405, Erard de Lezinnes, chevalier bachelier, fut au service du duc de Bourgogne et fut reçu dans diverses montres avec sa compagnie * ; il était chambellan du duc quand il fournit plusieurs quittances de ses gages et des gens d'armes étant sous ses ordres '. En 1410, il reçoit cent francs d'or de Jean Sans Peur, pour avoir gardé avec cent arbalétriers une des portes de Paris3. Il accompagne, en 1412, la duchesse de Bourgogne en France, et donne quittance de ses gages et de ceux de ses gens d'armes pendant onze jours *. En 1414, il est en procès avec Guillaume, écuyer, fils de feu Gaucher d'Yrouer, jadis chevalier, au sujet des pâtures de la localité 5. En 1419, il reçoit des émoluments pour ses services et pour assister aux conférences qui doivent avoir lieu à Meulan \ Nous trouvons pour la dernière fois le sire de Lezinnes, chevalier banneret, en compagnie du bâtard de Lezinnes, le 3 août 1431, lorsqu'il passe une montre d'armes à Semur-en-Auxois, pour aller avec le sire de S1- Bris sur les marches de l'Auxerrois 7. Erard V avait épousé Marguerite de Mello, fille de Dreux de Mello, seigneur de Sl-Bris,qui lui survécut, et eut un grave différend, vers 1440, avec Yves de Tourzel, baron d'Alègre8.

(1) Bibl. nat., Dom Viilevieille, au mot Lezinnes.

(2) Orig. Arch. de la Côte-d'Or, B. 354.

(3) Orig. Arch. de la Côte-d'Or, B. 374; Bibl. nat., Dom Viilevieille, et collect. Bourgogne, t. 65, fol. 90.

(4) Orig., Arch. de la Côte-d'Or, B. 374 ; sceau en cire rouge, portant la croix ancrée, avec brisure au canton dextre du chef.

(5) Arch. nat., X ia 59, fol. 490.

(6) Bibl. nat., collet. Bourgogne, t. 23, p. 80 et t. 24, p. 88.

(7) Arch. de la Côte-d'Or, B. 11803, et Recueil de Peincedé, t. 26, p. 399-404.

(8) Annuaire de l'Yonne, 1870, p. 246 ; Le Maistre, Notice sur Lezinnes.

La seigneurie de Lezinnes tomba en quenouille dans les mains de leur fille Antoinette de Lezinnes, dame de Coolus et de Chapelaines, qui épousa Léger de Dinteville, chambellan du roi, avec lequel on la trouve en 1443, et qui était décédée, en 1476 *, laissant plusieurs enfants dont nous n'avons pas à suivre les destinées. Devenue veuve, Antoinette de Lezinnes se remaria, en 1478, avec Alexandre de Christon, chevalier écossais d'une ancienne origine, allié aux Douglas.

Bien que les auteurs ne donnent qu'une fille à Erard, il faut admettre qu'il en eut une seconde Claude, ou Claudette, d'après la mention suivante : « Dénombrement de « la Terre de Coolus, fourni à messire Claude de Hangest, « seigneur d'Arzillières par demoiselle Claude, fille de feu « messire Trouillard de Lezinnes, en 1438 2 ». Cette fille dut mourir sans alliance, car quelques années après, Antoinette, sa sœur, était dame de Coolus.

Erard V avait eu aussi un fils naturel, le bâtard de Lezinnes, écuyer, qui parut avec lui, le 3 août 1431, dans une montre des gens d'armes qui servaient sous Louis de Chalon, prince d'Orange, et qui figura, le 22 août de la même année, à Avallon, dans la compagnie du seigneur de S-Bris3. C'est ce même bâtard, nommé Jean de Lezinnes, écuyer, qui épouse Marguerite de Rambercourt-sur-Orne, et qui fournit dénombrement, le 6 novembre 1443, pour cette seigneurie au roi de Sicile, duc d'Anjou, de Bar et de Lorraine *. Mais les conjoints n'étaient pas dans une situa-

(1) Bibl. nat., collect. Duchesne, t. 12, fol. 84.

(2) Bibl. nat., Gaignières, vol. 648, fol. 74.

(3) Archives de la Côte-d'Or, B. 11803. et Recueil de Peincédé, t. 26, p. 399-414.

(4) Orig. scellé. Arch. de Meurthe-et-Moselle, layette Pierrefort, ir 69, pièce 4.

tion aisée, car ils furent dans la nécessite de vendre le domaine de Rambercourt, moyennant « douze vingt francs », à condition que Marguerite en jouirait des revenus sa vie durant. La vente, du 28 juillet 1445, fut ratifiée, le 6 janvier 1 446, par le roi René *.

Nous ne savons ce que devint le bâtard de Lezinnes, dont il est difficile de suivre la descendance, malgré le blason, d'or à la croix ancrée de sable, attribuée à plusieurs personnages du nom. En 1466, on trouve un Hue de Lezinnes, écuyer d'écurie ; en 1576, un Charles de Lezinnes, écuyer, seigneur de Messemin ; en 1586, Jean et Syrnphorien de Lezinnes, commissaires de l'artillerie de France ; en 1601 et 1609, un Jean de Lezinnes, capitaine d'une compagnie de trente-cinq hommes de guerre, ayant Antoine de Lezinnes, comme lieutenant ; en 1616, un Syrnphorien de Lezinnes, lieutenant de l'artillerie de la province de Picardie8, mais les renseignements sont trop peu nombreux pour qu'il soit permis d'établir une filiation.

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