DE LAMBALLE
? r i n c b s s b , pardonnes , en lisant cet ouvrage, Si vous y retrouvez crayonnés par ma main
Les traits charmants de votre image t J'ai voulu de mon livre assurer le destin.
Pour embellir mes héromet •
A l'une j'ai donné votre aimable candeur,
A l'autre ce regard , ce sourire enchanteur,
Ces grâces à la fois et naïves et fines ; r
Ainsi partageant vos attraits Entre ma Cllestine , Elvire et Félicie , Il a suffi d'un de vos traits Pour que chacune rut jolie.
D,g,tized by G00gle
BLIOMBÉRIS,
J' a i toujours aimé les romans de chevalerie, sur-tout ceux dont les héros sont François. La valeur, l'esprit, les grâces, Tétourderie même des guerriers de cette nation les rendent plus aimables et plus intéressants que tous les autres*. Il semble que c'est pour des François que la chevalerie dut être inventée ; et cependant ils ne veulent plus de ces livres qui enchantaient leurs aïeux.
Je crois avoir trouvé la raison de ce peu de goût pour les histoires de chevalerie. Certainement nos officiers sont aussi braves et aussi galants que les anciens paladins ; nos princesses et nos jeunes dames sont aussi belles et
S BLlOMréRIS, * r .
aussi tendres que celles d'autrefois î mais cette scrupuleuse fidélité, cette éternelle constance, dont parlent k chaque page nos'vieux romans, ont rendu leur lecture insipide. On auroit passé les géants pourfendus ; on n'a pu passer les amants fidèles. De telles fictions ne nous peignent rien , et Ton 2.
rejetté des livres quiétoient trop loim de nos mœurs.
Je veux pourtant vous raconter la.
vieille histoire d'un chevalier de la table ronde. Vous y verrez, comme dans toutes leurs chroniques , des combats > de l'amour , des aventures. Je ne vous apprendrai rien de nouveau : en fait de mensonges , l'on a tout dit ; mais , heureusement, on peut varier encore sur la manière de mentir.
Pharamond régnoit en France 5 .il avoit soumis par ses armes tous les
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rois de cette contrée. La belle Rosemonde partageoit son trône , et lui étoit plus chère que sa gloire même. Le monarque François, après quarante années de victoires, s'étoit apperçu que le bonheur n'est pas dans les conquêtes ; et il ne.s'occupoit, dans Tournai sa capitale, que de rendre heureux son peuple, son épouse et ses enfants.
Le prince Clodion,son fils, à peine à sa seizième année, s'étoit déjà signalé dans plusieurs occasions. Accoutumé aux armes dès l'enfance, il avoit appris à combattre à côté de Pharamond. Le nom de son pere, le vaste empire sur lequel il devoit régner , son courage * sa bonne mine, et sur- tout les flatteries de ses courtisans , avoient inspiré à ce jeune prince une excessive vanité.
Aussi heureux en amour que Pharamond rétoit à la guerre, Clodion avoit vaincu autant de belles que son per+
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a voit pris de villes. Fier de sa figure, de sa gloire et de sa naissance , le prince françois étoit le plus beau , le plus confiant et le plus étourdi des chevaliers de son temps.
Sa sœur, la charmante Félicie, n'avoit pas encore quinze ans, et surpassoit déjà sa mere par ses attraits.
Cétoit la moindre qualité de Félicie :
elle sembloit dédaigner tous les dons qu'elle tenoit de la nature , pour ne s'occuper que de ceux qu'elle tiendroit d'elle-même. Elle cuitivoit son esprit pour son plaisir, et non pas pour paroître instruite. Douce et modeste , elle oubiioit toujours qu'elle étoit princesse, excepté lorsque la princesse pouvoit faire du bien. Félicie, dans l'âge où l'on sort à peine de l'enfance, étoit le refuge des malheureux , l'idole de son père , et l'objet du respect et de l'amour de tous les chevaliers.
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, La petite Bretagne étoit tributaire de Pharamond , et divisée en plusieurs' royaumes. Celui de Gannes étoit gouverné par le roi Boort, ou pour mieux dire par ses courtisans. Les princes foibles sont presque toujours cruels :
Boort l'avoit prouvé en faisant périr sa fille Arlinde pour avoir donné le jour àBliombéris. Cette princesse trop tendre n'avoit pu résister à l'amour dè Palamede , l'un des plus célèbres chevaliers de ce temps -là. Sa foiblesse lui coûta la vie ; le barbare Boort la fit précipiter dans un puits, et consentit à laisser vivre l'enfant de sa malheureuse fille.
Bliombéris , privé de sa mère en venant au monde, inconnu de son perc qui ne l'avoit jamais embrassé ; Bliombéris fut élevé à la cour du roi Boort.
Son éducation fut négligée. Le pays de <3an nés étoit à demi barbare : dans tout
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le royaume il y avoit peu de savants qui , sussent lire ; à peine rapprit-on à Bliom-* béris. Il étoit déjà parvenu à l'âge dédix-sept ans sans savoir autre chose guet, bien tirer des flèches ; exercice auquêi il étoit très adroit, parcequ'il l'avoit appris tout seul. Bliombéris étoit bien fait, d'une physionomieplus douce que belle , l'air noble et franc ; son cœur étoit tendre ( il étoit fils de l'Amour) , et son esprit étoit d'autant pins juste que personne n'avoit chefché à le rendre tel.
Bliombéris fut bientôt instruit du malheur de sa mère, et du nom dePalamede son pere : ce nom fameux faisoit trembler toute la cour du roi de . Cannes. La crainte de voir revenir ce héros étoit la seule cause des égards que Ton avoit pour son fils : mais Ces égards mêmes impor tu noient Biiombéris ; il s'ennuyoit avec les barons gàn-
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nois, qui ne savoient rien, pas même se battre. Cétoit en vain que les baron*
?ej cherchoient à le distraire ; Blioméris s'étoit apperçu qu'elles savoient faire l'amour, mais non le parler; et son cœur méprisoit l'amour qui ne se parle pas.
Tant de dégoûts lui firent chérir la solitude : il n'habita plus que les bois, où il exerçoit son adresse sur les cerfs et sur les oiseaux. La chasse le rendit misanthrope ; la misanthropie en fit un sage. Bliombéris n'avoit que dix-huit ans ; mais ses réflexions et le bonheur de n'avoir jamais été flatté lui avoient Valu trente années d'expérience.
Le roi Boort avoit un fils qui ne ressembloit pas à son pere ; ce fils s'appel* loit Lionel, et, avoit mérité par ses exploits d'être admis à la table ronde. A Son retour d'Angleterre , il fut indigné éu tribut que Pharamondavoit exigé ;
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et consultant plus sa valeur que la pfu* dence , il engagea le nonchalant Boort • à déclarer la guerre au monarque François*
Pharamondne crut pas ^présence nécessaire pour remettre so\)sl l'obéissance un peuple battu tant de fois ; il voulut donner à son jeune fils le plaisir de terminer seul cette guerre, et 1« nomma son général.
Clodion transporté embrasse son* pere , lui jure qu'avant un mois il ferason entrée à Tournai dans un char traîné par le roi Boort et son fils : il partagé entre ses favoris le royaume qu'il va conquérir ; il fait cinq ou six fois la revue de son armée; et, marchant à grandes journées, avant quinze jours il arrive sur les frontières du pays de Gannes.
Lionel l'attendoit : le combat fut lonjg et sanglant. Clodion fit des pro»
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tliges de valeur ; mais sa fougue et cette valeur même lui faisoient commettre des fautes. Bliombéris ne quittait pas le brave Lionel : c'était la première fois qu'il voyoi* une bataille ; et le jeune guerrier n'y perdit pas un- instant ce sang froidqui caractérisele vrai brave.
Mais ses efforts et ceux de Lionel n'auroierit pas été capables d'arracher la victoire aux troupes de Pharamonck Déjà Clodion, s' abandonnant à son impétuosité, avoit rompu le centre de l'armée : Lionel accourt pour s'oppor ser à ce prince, et commence avec lui un combat corps à corps qui laisse les •Gannois sans général. Le lieutenant de Clodion, vieux guerrier, blanchi dans les batailles , profite du moment , •rassemble les différents corps, donne le signal pour faire une attaque générale, et, sûr de sa manoeuvre, il s'avance d'un air victorieux. Lfanel «si
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occupé avec Clodion : les Gannois sont perdus ; personne ne les commande ; le désordre se met dans leurs rangs.
Bliombéris, le jeune Bliombéris voir le danger, et le prévient : il jejtte son épée ; il prend son arc, cette arme qui , dans ses mains, a toujours été mortelle ; il choisit sa meilleure flèche , regarde le chef des François , et le frappe au défaut de la cuirasse. Le vieux guerrier tombe, ses troupes s'arrêtent, on s'empresse autour du mourant. Plus prompt que l'éclair , Bliombéris vole à ses escadrons ; il fond à son tour sur les François , il les rompt , il les disperse, et bientôt le champ de bataille est couvert de-morts et de fuyards.
Clodion abandonné frémit de honte et de rage : il porte un coup terrible à Lionel; et, perçant à travers l'armée victorieuse, il fuit, mais en héros, du côté opposé à son armée fugitive»
WOUV^LLE PRANÇOISI. IJ
Bliombéris ne se laissa point emporter à la poursuite des François.
Occupé de contenir ses troupes et d'empêcher le désordre , qui arrache si souvent la victoire, il fit voir dans cette journée qu'à la valeur du soldat il joignoit les talents du général. Bientôt Lionel reparut, et vint achever la défaite. Bliombéris alors ne s'occupa que d'arrêter le carnage ; il fit respecter les prisonniers , les traita avec douceur et noblesse : et comme le sifflement des flèches et le bruit des armes ne l'avoient pas ému pendant le con> bat, de même les lauriers qu'il venoit de cueillir , les cris de victoire et les acclamations des soldats ne le firent pas sortir un instant de cette tranquillité que donne le contentement de soi-même. Bliombéris n'étoit sensiblequ'au bonheur d'avoir servi son pays,
Cependant le fougueux Clodion,
l8 UlOHlhlS,
au désespoir d'avoir été battu la preiniere fois qu'il avoit commandé une armée, Clodion couroit les champs, incertain de ce qu'il devoit faire. Sa vanité venoit de recevoir un affront sanglant ; il n'osoit reparoître dans Tournai, après avoir distribué le pays ennemi , et commandé le char de victoire auquel il devoit attacher le roi Boort et son fils. Il résolut de ne plus retourner chez son pere qu'il n'eût effacé sa honte ; et s'embarquant poux l'Angleterre, il courut y chercher des aventures et des lauriers.
Tandis qu'il alloit porter son étourderie et sa valeur à la cour d'Art us , Pharamond apprenoit sa défaite. Ce monarque n'étoit pas accoutumé à de telles nouvelles. Il court à la vengeance ; et , s'armant de cette épée qui a donné la mort à tant de rois, il rassemble ses vieux guerriers r et marche
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vers la petite Bretagne. Les François, impatients de venger leurs frères , portent le fer et le feu dans les états du roi de Gannes. Lionel, enivré du dernier succès, voulut marcher à l'ennemi; Bliombéris étoit d'avis de se retrancher et de l'attendre : mais le général l'emporta, et les troupes eurent ordre de se préparer à la bataille.
Elle ne fut pas un moment indécise.
Pharamond se montroit, et tout fuyoit devant lui. Les Gannois en déroute entraînèrent leur général. Bliombéris, après avoir fait des prodiges de valeur, s'efForçoit de sauver un corps de troupes qu'il commandoit ; mais le roi de France vint l'attaquer lui-même. A peine les soldats de Bliombéris eurent apperçu les fleurs de lis que Pharamond portoit sur son bouclier, qu'une terreur soudaine les saisit : ils se dispersèrent, et le jeune Bliombéris resty