LA POÉSIE FANTASTIQUE
Il y entre un élément merveilleux. Ce merveilleux est représenté dans toute la poésie slave par un seul être fantastique, Wila. C'est un génie, un gnome, un sylphe. La poésie le figure toujours comme étant très beau ; il vole dans les airs, s'amuse à ramasser les nuages. Il est dangereux de le surprendre au milieu de ses amusements : il égare le voyageur ; quelqufois il
Jui donne, de bons conseils ; mais le plus souvent il cherche à le tromper. Gomme toute la mythologie slave, cet être n'a ni commencement ni fin, il n'a pas de généalogie. C'est une machine assez prévue, et peu faite pour remplacer l'élément mythologique des peuples germains et des peuples celtiques. La Wila apparaît déjà dans une poésie très ancienne de l'époque épique, de l'époque des chefs de la famille des Nemanitchs ; elle donne un conseil au roi.
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La religion slave excluait toute hiérarchie : quand on ne croit point à des rapports, à un commerce entre Dieu et l'homme, il n'y a pas de sacerdoce, et par conséquent pas de hiérarchie religieuse.
Les rois, dans l'opinion des Grecs, des Celtes et des Scandinaves, étaient les fils des dieux, les amis des dieux ou des esprits supérieurs; l'idée
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de la royauté et celle de l'aristocratie reposaient donc sur la même base. Les Slaves n'avaient pas même de mot pour exprimer une caste ; les noms par lesquels on désignait les classes privilégiées sont empruntés aux peuples étrangers.
On ne connaissait pas non plus d'esclaves chez les Slaves, parce que l'esclavage suppose chez le maître la conviction de sa supériorité morale...
... Leur société, société si originale d'ailleurs. et qui ne ressemble en rien aux clans des Celtes, aux vastes empires des idolâtres Orientaux, aux castes des Indous, aux monarchies des peuples de l'Occident est en effet une société toute à part, et pour laquelle nous ne trouvons même pas de nom. Le germe, le principe de cette société, ce n'est pas une ville comme chez les Grecs et les Romains, ce n'est pas une cité, un château, un temple, c'est un village. Le village, tel est le type primitif de la société slave, espèce de réunion, de commune, de camp agricole.
Les colonies slaves s'établissaient toujours dans les lieux favorables à l'agriculture ; elles se plaçaient aux bords des rivières, dans les vallées, au milieu des bois, jamais sur les montagnes ; ce n'est qu'ail xn^ siècle qu'à l'imitation des Allemands, les Slaves commencèrent à habiter les lieux élevés.
Une fois la colonie peuplée et remplie, on
songeait à en fonder une autre ; ce n'était pas une expédition à main armée, savançant à la conquête de territoires ennemis, c'était un déménagement paisible, lent, fécond, vers des contrées dont la culture attendait la main de l'homme. De nouvelles tribus, se séparant des anciennes, allaient s'étendant sans cesse à travers les terres labourables encore incultes, et peuplaient insensiblement les déserts.
. . . Chaque village indépendant et libre portait le nom de s-woboda ou sloboda, qui signifie liberté ; ce nom tous les villages l'ont encore aujourd'hui. ... Une telle colonie, entièrement séparée des autres, constituait un état, une société tout à fait à part ; elle était gouvernée ou plutôt dirigée par les vieillards ; car on y rencontre nulle trace d'un pouvoir régulier.
... Le village administrait les biens en commun. L'hérédité, dans le sens que nous attachons à ce mot, n'existait pas chez les Slaves. Ils ne regardaient pas comme propriété de l'homme, comme faisant partie de son individualité, le sol sur lequel s'exerçait son industrie. Les instruments aratoires et le bétail revenaient à la mort du propriétaire, à ses héritiers descendants ou ascendants ; mais le sol appartenait toujours à la commune. Chaque famille avait pour son usage particulier un morceau de terre attenant à la
maison et servant de jardin potager ; tout le reste du terrain labourable était cultivé par la communauté.
... L'histoire de ces contrées immenses placées entre la mer Noire et la mer Baltique ne commence donc réellement qu'avec le christianisme. Avant, les Slaves n'avaient pas d'histoire proprement dite ; car l'histoire est le passé d'un peuple constitué en empire, en royaume, et, ils n'existaient, eux, qu'à l'état de colonies éparses. On aurait tort cependant de les considérer comme des Barbares, ainsi que le font souvent les étrangers et surtout les Allemands, qui veulent absolument les comparer aux sauvages de l'Amérique pour excuser ou justifier sans doute les violences qu'ils ont commises envers ce peuple. Les écrivains du moyen âge et ceux de l'antiquité leur rendent un tout autre témoignage ; ils parlent avec éloge de la douceur de leurs mœurs et de leur caractère. Les Grecs disent que les mots astuce et U^ahison n'existaient pas dans leur langue, et que leur hosj)italité envers les étrangers était portée à un tel point, qu'ils laissaient la porte de leurs maisons ouverte, afin que le voyageur put y trouver en passant abri et nourriture. Ils ne leur refusent pas aussi le courage dans les combats ; mais ils ajoutent qu'ils ne savaient point obéir, et se laissaient facilement tromper. Or, nous savons
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que toute la politique grecque consistait à les diviser et à les armer les uns contre les autres.