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LE TITE-LIVE POLONAIS: LONGINUS ET LE SÉNAT

Jean Dlugosz, appelé en latin Joannes Longinus, éleva la chronique à la dignité de l'histoire. Jean Longinus, de naissance noble, longtemps administrateur de l'évèché de Carcovie, prêtre luimême ; employé souvent dans les négociations

politiques, appelé dans le conseil du roi, écrivit l'histoire de ce conseil, l'histoire du sénat polonais. Il est avant tout religieux et prêtre. En jugeant chaque action, il cherche d'abord à en établir la valeur morale. C'est en vain qu'on lui oppose souvent la raison d'état, ou les nécessités politiques ; il repousse toutes ces idées terrestres ; il cherche d'abord à se convaincre de la justice d'une cause. Attaché à son roi. comme représentant de la patrie, il n'a pas pour lui cet amour féodal qui distingue les écrivains contemporains de TKurope occidentale. Il est sous ce rapport sénateur polonais.

Il n'existait nulle part à cette époque une assemblée aussi auguste, aussi sage, aussi puissante que l'était le sénat polonais, composé de grands seigneurs, d'évêques et de dignitaires de la couronne. Ce sénat, héritier de l'ancienne assemblée synodale, hérita aussi de ses principes. Pendant longtemps il s'attache à suivre l'ancienne tradition des évêques de l'époque des Piastes. Longtemps il regarde comme principe fondamental de la nationalité polonaise, la religion catholique; el il fonde cette nationalité sur la royauté nécessaire à l'unité de la Pologne. Peu à peu le sénat cesse de regarder la nationalité comme une émanation directe du pouvoir royal : il appelle une dynastie étrangère dans l'intérêt de la religion et

de la patrie, il cherche à modifier et à refaire la royauté à son image. On voit déjà poindre dans le lointain l'idée d'une royauté viagère : tout était viager dans le pays slave, la possession des terres comme la magistrature. Le sénat appelait ses frères cadets, c'est-à-dire la noblesse, et la consultait dans des circonstances d'une gravité extraordinaire. Ces principes du sénat polonais sont exposés et appliqués dans l'histoire de Longinus, dominés toujours par l'esprit religieux d'un homme qui brillait parmi ses contemporains par la pureté de sa vie et par sa profonde piété. Comblé des bienfaits de son roi, il ne flatte pas dans son histoire. Tombé en disgrâce, banni, poursuivi, il ne s'emporte jamais contre ses ennemis personnels ; il juge son roi comme un confesseur jugerait son pénitent : toujours avec bienveillance. Il apporte les mêmes principes dans ses jugements des affaires politiques.

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