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LE GENRE HISTORIQUE

De tous les peuples slaves, les Polonais seuls

possèdent des mémoires historiques. Les Russes n'ont aucun ouvrage dans ce genre ; les écrivains bohèmes faisaient plutôt des annales que de Thistoire. Cette nature d'écrit suppose une position sociale qui donne une certaine indépendance politique et une certaine liberté de jugement aux individus qui se chargent d'écrire l'histoire de leur époque. En France, la noblesse féodale, contenue par le pouvoir royal, était en position d'observer les événements, savait les juger et commençait à cette époque à écrire des mémoires qui constituent une des grandes richesses de la littérature française...

Les auteurs des mémoires polonais écrivaient pour la petite noblesse ; leurs ouvrages, lus dans les maisons des particuliers, souvent copiés, entraient rarement dans les bibliothèques et étaient dédaignés par les savants.

Puis l'histoire s'abaisse et s'affaiblit ; le temps du précis historique n'était pas encore venu, et l'esprit national repoussait les détails. L'esprit aventureux et inquiet tournait toujours les intelligences vers les généralités ; les historiens suivaient encore le plan vaste et compliqué de leurs prédécesseurs, mais sans avoir la force de le remplir et de l'achever.

Cependant, les sénateurs, les seigneurs, les grands personnages partageant avec le roi le

gouvernement de l'Etat, trouvent naturellement des historiens : la biographie commence. Elle est grandiose comme Thistoire, elle conserve les idées générales des chroniques de Vincent et de Longinus. La première de ces biographies connues décrit la vie d'un seigneur puissant du temps des rois Casimir et Sigismond. Il traite son héros comme le chroniqueur polonais traite la nation, avec impartialité, sévérité et bienveillance ; il n'écrit ni pour blâmer ni pour louer. Il cherche d'abord à fixer la position de son personnage, par rapport à ses devoirs, le juge selon que ses actions lui paraissent répondre à sa mission ; il rend une pleine justice à la générosité, à la grandeur d'esprit, à la fermeté de ce seigneur, mais ne lui pardonne pas son orgueil et surtout son incapacité politique, ses fautes dans l'administration.

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