‹ Les SlavesChapitre 53 sur 99 · POUCHKINE · texte numérisé non relu

POUCHKINE

Puchkin sortait du lycée impérial dirigé par des Français. Son éducation classique avait été un peu négligée, mais il avait beaucoup lu, surtout les livres français. Il étudiait aussi les ouvrages de Zukowski, dans le genre de la vieille poésie slave: mais par dessus tout il admirait Byron...

... Après avoir imité lord Byron. Puchkin imita aussi, à son insu, Walter Scott. On parlait alors généralement du coloris local, des connaissances historiques, du besoin de reproduire l'histoire dans la poésie.

Le plus original de ses poèmes, Onéghine nous rappelle le Don Juan de lord Byron. Puchkin n'est pas aussi fécond, aussi riche, ne s'élève pas aussi haut que Byron dans ses aspirations, il ne s'enfonce pas aussi profondément dans le cœur humain ; mais il est plus régulier, mieux soigné dans sa forme. La donnée d'Onéghine est extrê-

^1) 111, p. 285-288. Cf. en français Gourriére : Hist~ de la lilt. l'USSe (Fasquelle, éd.); Waliszewki id. (Colin, éd.)

inement simple : c'est l'histoire de deux jeunes gens amoureux de ^eux jeunes filles. L'un de ces jeunes gens périt dans un duel ; l'autre se retire de la scène et ne reparait que vers la fin du roman. Cette donnée était bien modeste pour un long' poème ; mais, dans les scènes de la vie domestique, dans les paysages de la nature russe, Puchkin a su trouver une infinité de motifs tantôt comiques, tantôt tragiques et romanesques. Son style est une admirable prose qui change à chaque moment^ sans qu'on s'en aperçoive, de forme et de couleur. Du ton de l'ode on descend à celui de Tépigramme, et au milieu de cela, on trouve des scènes d'une grandeur presque épique.

Ce poème est empreint d'une tristesse plus profonde que celle qui règne dans les poésies de Byron. Puchkin, nourri de romans, après avoir partagé les sentiments de ses amis, jeunes et fougueux libéraux, éprouva de cruelles déceptions : de là son désenchantement de tout ce qui est grand, de tout ce qui est beau sur la terre.

Son héroïne, Olga, est une fille russe, jeune et belle, élevée à la campagne. Un officier l'aimait avec toute la passion et toute la simplicité d'un poète ; il périt d'une manière tragique, tué dans un duel. L'héroïne épouse un autre officier, et reste fort heureuse et fort tranquille.

L'autre femme, d'un cœur ardent, qui n'a lu

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que des romans, qui a vécu dans les sphères imaginaires, qui a des rêves, des pressentiments, est amoureuse d'un dandij , d'une espèce de hyroniste, passant sa vie à jouer aux cartes, à s'ennuyer et à ennuyer tout le monde ; elle trouve en lui son idéal. Le dandy la quitte et la dédaigne. Elle épouse un gros général. Le Childe Harold russe la retrouve ensuite dans les salons de Saint- Pétersbourg, heureuse et admirée. Il devient alors amoureux de cette même femme qu"il avait jadis méprisée ; à son tour, elle le repousse avec la froideur et le dédain d'une femme du grand monde...

... Dansson Onèghine^ Puchkin, en dépeignant le byroniste, fait son propre portrait : « C'était un homme enclin à la rêverie, original sans affectation, ayant l'esprit froid et tranchant. » Un autre personnage du roman, un jeune Russe, élevé daub les pays allemands, portant une longue chevelure, admirateur de Kant et de Schiller, entho isiaste et rêveur, représente une certaine époque de la vie de Puchkin...

... Le sentiment dominant de ce poème est la haine contre ce qu'on appelle la mode, le Ion de société. On y voit les deux amis s'aimant sincèrement et obligés de se battre, l'un influencé par l'opinion de son valet de chambre français, l'autre dominé par un gros fonctionnaire russe qui s'en-

niiyait à la campagne et voulait trouver une distraction dans un duel dont il serait le second. Les femmes n'y paraissent souvent avoir d'autres principes que l'opinion des salons.

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