‹ Les SlavesChapitre 76 sur 99 · MONTAIGNE · texte numérisé non relu

MONTAIGNE

Montaigne, ce seigneur français, assistait à la lutte entre le protestantisme et le catholicisme. En France, depuis longtemps, chaque lutte prenait un caractère politique ; une question religieuse devenait une question d'Etat. En Italie, c'était une question de politique étrangère. En France, c'était 'ine question d'intérieur, et les esprits étaient divisés en partis qui se livraient des combats d'armes et de plume. Les huguenots etles catholiques se rattachaient, comme on sait, les uns au roi de Navarre, les autres à la Ligue : mais quelques esprits supérieurs et indépendants observaient la marche des affaires, sans se vouer entièrement à l'intérêt desparlis. Montaigne représentait cette classe d'hommes qui voyaient le passé disparaître sans pouvoir encore découvrir et définir l'avenir. Il servait sous la bannière de Henri IV, quoi qu'il fût catholique ; il avait des

^1) II, p. 140-143,

sympathies pour les proleslant^, bien qu'il eût défendu la religion catholique dans ses écrits.

Les esprits, ébranlés dans leur croyance, se repliaient sur eux-mêmes, et Montaigne, désespérant de résoudre la question religieuse ou politique, d'après l'ancienne philosophie et d'après la tradition, cherchait en lui-mêmela clef de l'énigme, et il commença la longue série de la littérature intime.

Il s'examine, il raconte ses défauts, il parle de ses qualités, et finit par s'enfoncer complètement en lui-même. Quoique prolestant de son humilité et ne voulant pas se donner pour modèle de la perfection, il arrange cependant l'humanité entière sur son type. 11 croit que la manière dont il a passé son enfance, au milieu des paysans, est la meilleure qu'on puisse conseiller aux pères de famille. Il pense que ses idées sur le mariage sont les plus justes ; que la manière de servir son roi et son pays est celle qui convient le mieux aux gentilshommes de France.

Montaigne est toujours politique et sage. Il se défie du protestantisme, parce qu'il le croit menaçant pour la France ; il défend le catholicisme, parce que c'est une institution sage et éprouvée par les siècles. On ne trouve en lui aucun germe de ce mysticisme profond qui caractérise les sectaires de l'Allemagne. Pour le dogme, il est

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