‹ Les SlavesChapitre 78 sur 99 · R0N8ARD · texte numérisé non relu

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La pléiade de Ronsard héritait de toutes les richesses de ia poésie chevaleresque ; elle avait devant elle les nombreux ouvrages de ses prédécesseurs, forts d invention, riches en motifs épiques et lyriques. Il s'agissait seulement de les dégager et de les développer. Aussi l'école espagnole, qui fit ce travail avec un grand succès, créa-t-elle une littérature nationale.

Ronsard, esprit médiocre et passionné, préféra repousser le passé avec violence, et réagir contre lui. Il ne pouvait comprendre la haute et profonde poésie du moyen âge qui a produit le Dante et le théâtre espagnol, frappé qu'il était du défaut de la forme et du style. Ces poètes, qui créaient des ouvrages immenses, ne se préoccupaient nullement du style ; il était facile de remarquer leurs fautes de grammaire, mais impossible de refaire leurs expressions fines, profondes et pittoresques. Ronsard mettait toujours la forme de Virgile et

(1;II, p. 170-171.

d'Horace en avant, et il faisait remarquer le contraste qui existait entre la correction, la netteté classique et la barbarie du moyen âge. La société dans laquelleil vivaitsympathisaitaveccette manière de voir. Les philologues admiraient, dans Ronsard et ses imitateurs, la connaissance du grec et l'imitation du' latin. Les esprits, profondément remués par la réforme religieuse, sentaient le besoin de s'expliquer clairement, de trouver toujours une forme simple et précise. Aussi préférait -on la dialectique rhétoricienne de Ronsard, son style correct et sentencieux, à ces formes du moyen âge, si vagues, si difficiles à saisir, à ces formes qu'il fallait compléter par ses propres sentiments.

Ronsard, aidé du mouvement de son siècle, a décidé de l'avenir du style français : il a introduit cette- forme moderne, française par excellence, précise, fine, claire et nette, qui reproduit le raisonnement et la passion, mais qui exclut à jamais plusieurs genres de poésie, comme le burin exclut le coloris. Ronsard était reconnu, non seulement par tous ses compatriotes, mais encore par l'Europe entière, comme le premier poêle de France, comme le premier poète du monde, et le Tasse lui-même, étourdi par celte clameur publique, vint consulter cet esprit positif, borné, sur le fruit de ses sublimes rêveries.

Ronsard ne pouvait rien comprendre à ces hautes inspirations du poëte italien; mais il sympathisait avec l'Italie par ses défunts. Il imitait et croyait surpasser Pétrarque, parce qu'il employait ces concetti, ces raffinements épigrammatiques et de mauvais goût qu'on trouve quelquefois dans Pétrarque, et qui déparent aussi les ouvrages du Tasse. Sous ce rapport, Ronsard était plus fort que le Tasse. II n'a jamais pu comprendre son myticisme ni le platonisme de Pétrarque.

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