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L EMPIRE BYZANTIN

L'empire byzantin, ayant hérité des Romains, continua leur œuvre. L'histoire de cet empire, peu connu et très calomnié, est d'un grand intérêt, surtout pour l'histoire des pays du Nord ; car plusieurs formes gouvernementales et le même esprit qui anime quelques peuples slaves sont sortis de Byzance.

L'empire byzantin était sans contredit la plus savante et la plus belle combinaison qui ait jamais régi les hommes d'après les principes purement rationnels : c'était une nation sacrifiée au gouvernement. Ce n'était pas une autocratie, puisque les empereurs avaient peu de pouvoir par euxmêmes; c^était un régime go.uvernemental, dont le centre était dans la personne de l'empereur. Comme représentant de Ttitat, cet empereur était souverain ; l'Etat, c'était lui. Il administrait, il gouvernait, il punissait. Mais comme individu, on ne l'aiT.ait pas plus qu'on ne le haïssait; il n'avait pas de partisans. Une fois renversé du trône, il n'avait ni amis, ni ennemis. On lui coupait le nez ou les oreilles, on l'enfermait dans un monastère et on ne pensait plus à lui. Au-dessous de l'empereur une hiérarchie des administrés, une bureaucratie savante, divisée en degrés, jugeait et administrait le pays. C'étaient des hommes habiles, pleins d'expérience et de savoir. Ils étaient obligés d'abord de faire des études et un long apprentissage avant d'être créés magistrats. Une armée disciplinée, obéissante, remplissait les ordres des chefs avec résignation. Cette administration s'appuyait sur le code romain, dont tout le monde connaît la profondeur et la perfection. Dans cette organisation du gouvernement grec, toute individualité est détruite, tous les hommes sont égaux

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devant la loi ou plutôt devant le gouvernement même, et tout est sacrifié à la marche de la machine froide et compliquée. 11 n'y avait plus aucune vie dans l'empire ; les sujets, tout en obéissant, n'avaient plus aucun intérêt moral d'appuyer le gouvernement. Aussi, dès que les armées de l'empereur étaient repoussées d'un territoire, ses habitants préféraient obéir à un conquérant barbare plutôt que decontinuer à vivre sous la domination impitoyable et invisible des empereurs byzantins. Le chef barbare était violent, sans doute, mais il y avait dans ses passions quelque chose d'humain qui lui valait les sympathies du peuple. D'ailleurs, les barbares n'étaient pas des financier? profonds, ils se contentaient de petites redevances ; tandis que la perfection des cadastres grecs permettait de lever les impôts avec facilité; on les augmentait souvent; les besoins de l'empire croissaient toujours et devaient amener à la longue la ruine complète du peuple. Dans l'Occident, un pareil état de choses n'a jamais pu prendre racine. L''esprit celtique s'y opposait forcément; mais les Grecs, qui déjà du temps de la république de Rome avaient, après de longues révolutions, détruit leur constitution primitive, avaient aplani le chemin au despotisme. N'ayant plus de foi en eux-mêmes, ils devinrent les esclaves les plus soumis de l'empire romain .

Ils raisonnaient cet empire, ils cherchaient à l'établir sur la logique et à l'appuyer par leurs théories. Déjà, au temps de Scipion, Polybe, le premier des Grecs, découvrit l'unité future des Romains; plus tard, les légistes grecs trouvèrent le moyen de justifier scientifiquement toutes les mesures des empereurs. Ainsi les peuples slaves de la Grèce et des environs, les peuples du Danube, se trouvèrent placés entre l'empire grec et l'empire d'Occident, sans pouvoir se fondre dans l'un ni rentrer dans l'autre. Nous avons déjà dit que le féodalisrae détruisait l'organisation sociale des Slaves et que l'empire grec ne leur laissait pas de vie morale. Il y avait des Slaves qui devenaient évoques, généraux, empereurs même ; mais la manière de régir cet empire, jusqu'à l'état militaire qui demandait une discipline sévère et de longs services, était diamétralement opposée à leur nature, lis pouvaient être esclaves de cet empire, ils ne pouvaient jamais en devenir des citoyens... ... La chute de l'empire byzantin, cette vaste agrégation d'Etats qui comprenait non seulement la Grèce entière, mais encore la Syrie et l'Egypte, et qui ne put résister aux attaques de quelques milliers d'Arabes, s'explique par l'abandon, par l'indifférence des populations qui le composaient.

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