‹ Les Slaves de TurquieChapitre 23 sur 28 · LIVRE SIXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE SIXIÈME

UNION BULGARO-SERBE. - Affaires m:

Serbie en i843.

De toutes les races que l'Orient voit renaître et grandir, la race slave est celle qui unit aux plus solides garanties d'avenir les signes les moins douteux d'une puissante vitalité. Un seul obstacle peut entraver l'essor des nationalités slaves, c'est le triomphe de la politique russe, qui s'efforce de les réunir en un seul groupe d'états, sous le sceptre des Romanof , en leur garantissant des constitutions ou des privilèges plus ou moins étendus , et en substituant des vice-rois électifs et révocables aux souverains indigènes. C'est à l'Europe de conjurer cette catastrophe ,

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qui enlraînerait inévitablement la déchéance des races occidentales, trop désunies pour opposer à rOrient, devenu russe, une coalition durable. La diplomatie européenne, si elle tient à prévenir ce danger, doit enfin changer de route, et offrir un appui à ceux des Slaves qui ne sont pas encore sous la suprématie moscovite. Pour assurer à l'aveaii: Téquilibr^ ^ropéfcup^ ^ il sufilrait peutêtre de soutenir ccn^ sociétés renaissantes contre toute tentative de concjuète , de leur garantir des droits civils , et de reconnaître leur indépendance politique sur tous les points où elle tend à s'établir.

Nulle part il n'est aussi facile qu'en Turquie de rendre aux Slaves cette patrie qu'ils cherchent, libre et glorieuse, en dehors du protectorat russe. Vassaux d'un pouvoir aussi impuissant que l'est désormais celui de la Porte, les Slaves ^ Turquie p^uxeot bee^^caup wm^ qw^onàva de Ifit Uùagrie^ de la G^icie ei de U P^logi^e prussienne % pjpétwdre à rétablir cjo^z, eux. un geuver* cément n9,tianal. Les Slaves de Turquie oSreat une vm^ iokpos^te de sept^ à huit miUioaA d'hapimei^, aggloméjcée sur uu territoireinaccessible 4 ()e& euv^hvsseurs qui ne seraient pes seiu-^ teou^ par leai habit^nt^ eu^ii^mêmes. Ces tribus, qui couvrent, tow Les Bnlkaos.^ de U luer Noire 4 l'Adriatique ^ se 4iviseulea deux brauçhes» les Serbea M les^ Rulg^es- U k^uoUe serbe , omtjra U priwipwté de Sei^biA % cpmpreud le Mo«téaQ-

ffo, la Bosnie, et de nombreux dutriets de FAlbanie et de la Macédoine. Si une puissance européenne ne vient pas les diviser, lea populatâons serbes, parlant toutes la même langue, se réuniront t6t ou tard en un seul état fort de deui millions et demi d'indigènes , non compris un million de Mirdites et de Skipetars, que leur intérêt pousserait. à entrer dans la coaliftion^ Men que supérieure en nombre, puisqu'elle compte AybOOJOOO âmes, la branebe bulgare est^ vis-à* vis de la Serbie, dans un état passag^r d'intteiorite politique. Trop paisibles et trop absorbés dans la vie agrieote pour prendre spontanément rinitiative d'une guerre d'émancipation y ces laboureurs opprimés semblent n'avoir d'avenir qu'en s'unissant de sympathies el d'opinicmsaux pâtres belliqueux du Danube et du Monténégro. Ambitieuse et dominatrice f la race serbe attire de plus en plus tous les Slaves de Turquie dans son cercle d'action. Il est à désirer que cette tendance fédérative se propage, car si les deux branches serbe et bulgare ne peuvent, isolées , résister à une grande puissance, unies, elles de^ viendront invincibles. Leur destinée a d'ailleurs toujours été commune j pourquoi cette communauté cesserait-elle au moment même où il iniporte le plus qu'elle subsiste?

Les huit millions d'hommes appelés à composer l'union bulgaro-serbe se distingireut pav la sévérité des moeurs entre toutes \4^ p^>pii.Lit'u)4.i>

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de l'empire turc, dont ils sont la principale force. Si l'on doit regarder les Grecs comme les gardiens maritimes de Conslantinople , les Serbo- Bulgares en sont , à bien plus juste titre , les gardiens continentaux. De même qu'il est impossible au souverain du Bosphore d'avoir une marine , si les Grecs s'y opposent , de même il n'aura jamais une armée de terre capable de repousser l'invasion , sans le concours des peuples du Danube et du Balkan. En Turquie, les montagnes appartiennent aux Slaves , comme la mer appartient aux Grecs , et la capitale turque se trouve placée par la nature sous la dépendance inévitable de ces deux races puissantes. Aussi les Ottomans d'Europe , réduits à un million d'individus et resserrés dans leurs plaines de la Romélie , y vivent bloqués par les Slaves , seuls habitants des monts y et par les Grecs , seuls maîtres de la mer; placés entre ces deux ennemis, ils n'auraient aucun moyen d'échapper à une insurrection générale des raïas . Toutefois , sans le concours des Slaves, une insurrection des raïas grecs pourrait échouer, puisque, bloqué par mer, Stambol saurait encore s'alimenter par les Balkans , tandis que , bloqué par les Serbes et les Bulgares , et privé du secours de l'Europe, le sultan devrait nécessairement capituler.

Ainsi , ceux qui veulent afTaiblir l'influence russe en Turquie doivent, avant tout, garantir aux gardiens continentaux de Constantinople une

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existence suivant leur vœu , pour ne pas les forcer à se jeter dans leur désespoir aux bras de la Russie. En efTet, obligés par leur position d'être les confédérés y sinon les vassaux, du trône assis sur le Bosphore , les Serbo-Bulgares ne peuvent accepter ce pouvoir que s'il défend leurs intérêts et leur commerce , devenus inséparables de l'intérêt et du commerce de Constantinople. C'est à ce titre seulement que le pouvoir qu'ils subissent de fait aujourd'hui peut devenir légitime à leurs yeux. Quant à la question de la dynastie ottomane, tant qu'elle ne touchera pas leurs intérêts nationaux, elle sera toujours nulle pour les Serbo- Bulgares; car, bien que le trône du Bosphore soit placé nécessairement sous leur garantie, le Bosphore néanmoins ne peut que très-difficilement être occupé par les peuples du Balkan. Ces tribus de pâtres et de laboureurs exploiteraient mal une position maritime aussi centrale , aussi universelle que Stambol. Voilà pourquoi les Slaves s'en remettent volontiers à l'Europe du soin de décider si cette capitale de la Méditerranée doit rester asiatique ou redevenir européenne. Ratifiant d'avance le jugement qui sera porté, ils sont prêts à soutenir la maison d'Othman , si elle les soutient eux-mêmes , ou à proclamer sa déchéance , si, résistant à la réforme, elle est répudiée par l'Europe. Aucun jugement défavorable ne devrait donc être porté sur les Bulgaro-Serbes par les diverses opinions qui divisent la diplomatie. L'o«*

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piciioo qui ireut l'intégrité de Tempire ottoman n'aura pas de partisans plus zélés que ces peuples, dès qu'elle leur aura assuré les droits que toutes leurs insurrections réclament. L'opinion qui regarde les Turcs comme condamnés à disparaître trouvera également les Slaves prêts à l'action, car, pour les plus modérés d'entre eux, la domination ottomane est un état provisoire , une forme destinée à cacher le travail de réorganisation intérieure des populations indigènes. En continuant de les comnir de son ombre, le sultan peut les mettre en état de repousser un jour l'invasion autrichienne et le protectorat russe; c'est dans ce seul but qu'ils seraient disposés à prêter au sultan leur appui. Pour n'avoir pas compris cette tendance, la diplomatie européenne a commis la faute énorme d'abandonner à leurs ennemis austro-russes les Slaves libres du Danube, qui, depuis l'expulsion du prince Mikhaïl, en septembre 1 842 , avaient essayé de se confédérer avec la Porte. Pourtant, mieux que l'indépendance de l'Egypte et de Méhémet-Ali, cette confédération pouvait et peut encore sauver l'équilibre et la paix de l'Europe, en mettant fin aux empiétements du tsar sur la Turquie.

S'il y avait parmi les raïas. unité de race, la question serait depuis longtemps décidée. La Turquie d'Europe, qui, prise dans son ensemble avec les états moldo-valaques , est à peu près grande comme la France, donne un chiffre de

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