AVANT-PROPOS
La libération des petits peuples du joug étranger est certainement le point essentiel du programme des Alliés, dans cette lutte immense qui agite le monde entier.
Le petit peuple slovène, lui aussi, établi auvi" siècleaprès Jésus-Christ, comme le dit l'auteur de cet ouvrage, « là où la Méditerranée, par son rameau, l'Adriatique, s'enfonce le plus profondément dans le bloc de l'Europe, et où les influences des différentes civilisations du Sud se mêlent à celles du Nord, là où la puissante route des nations transporta toute la vie du Nord- Est au Sud-Ouest, sur ce lambeau de terre toujours tremblant et sans un instant de
repos », met tous ses espoirs dans la ferme résolution des Alliés de faire valoir à la conférence de la paix leurs principes de libération. Il attend qu'il lui soit permis, après tant de siècles, de développer, dans une union étroite avec ses frères Serbo-Croates, toutes ses forces vives, dans un Etat yougoslave libre.
Le peuple slovène n'est pas nombreux :
il compte à peine un million et demi d'âmes.
Il n'est donc pas étonnant qu'il soit, pour ainsi dire, parfaitement inconnu du grand public européen et qu'également en France, avant la guerre, quelques rares savants seulement aient fait remarquer de temps en temps l'existence d'un petit peuple qui, par des efforts surhumains et par une ténacité non moins surhumaine, barrait aux Allemands la route menant à l'Adriatique. Et pourtant ce sont les Français qui ont permis aux Slovènes de persévérer jusqu'à nos jours dans cette lutte inégale ; car la France fut l'État qui lui a donné pen-
dant les quatre ans de son administration (i 809-181 3) rélan nécessaire pour ne pas succomber dans la lutte pour son existence et pour son progrès. Le peuple Slovène apprécie d'autant plus profondément cette aide des Français qu'elle lui a été apportée dans un moment où il était presque au bout de ses forces de résistance, par suite d'un esclavage de plusieurs siècles sous le joug du germanisme et du féodalisme, représenté par les empereurs autrichiens.
C'est ainsi que l'essor brillant du peuple Slovène au temps de la Réforme a été étouffé : tous les livres Slovènes brûlés, parce qu'hérétiques et les meilleurs éléments du peuple Slovène obligés d'émigrer , si bien qu'il tomba dans l'obscurité et l'oubli.
Il a fallu qu'un ébranlement aussi important que la Grande Révolution se produisît pour que les Slovènes se réveillassent. Et il a fallu que les Français prissent en mains l'administration du peuple slovène pour qu'il reprît conscience et qu'il ressuscitât.
L'administration française du Royaume dlllyrie a accordé aux Slovènes, très vite accoutumés aux hauts principes d'Egalité, Fraternité et Liberté, plus de droits qu'ils n'en eurent cent ans plus tard sous le règne « constitutionnel » de François- Joseph h\
Ni la réaction de Metternich, ni l'absolutisme de Bach, ni le((Constitutionnalisme » de Schmerling n'ont plus pu réfréner les forces toujours croissantes du petit, mais vigoureux peuple slovène. Et si les Slovènes se sont élevés au degré du progrès et du développement actuels, ils savent qu'ils en sont redevables aux Français, qui en ont posé les fondements, au temps où ils administraient les pays Slovènes.
Cent ans se sont écoulés depuis cette époque, et les Slovènes s'adressent de nouveau, avec une confiance justifiée, à la noble nation française pour qu'elle leur tende sa main puissante afin de secouer à jamais le joug étranger.
C'est pour cela que nous estimons néces-
saire de faire connaître d'un peu plus près au public français, les Slovènes, par le présent ouvrage, écrit par M. Ivan Krek, député de la Carniole au Parlement de Vienne et chef le plus en vue du parti populaire (catholique) slovène.
Le public français trouvera dans cette œuvre tout ce qui lui est absolument nécessaire de savoir sur les Slovènes. La question slovène faisant partie de la brûlante question yougoslave d'aujourd'hui, nous nous permettons d'attirer surtout l'attention des lecteurs sur le point de vue de l'auteur, politique vivant en Autriche à l'heure actuelle, sur l'unité nationale des Slovènes et Serbo-Croates.
Cet ouvrage a paru l'année dernière en langue allemande à léna et faisait partie du livre (( Les Croates et les Slovènes ». Il a été saisi, d'abord pour la durée de la guerre seulement et plus tard sans cette restriction, évidemment parce qu'il tend à accentuer l'unité slovène-croate-serbe.
Dans la traduction, nous avons omis
seulement quelques passages insignifiants, écrits pour un public spécial et dictés par la non-liberté des conditions politiques actuelles dans les Empires centraux.