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HISTORIQUE

Les Slaves du Sud. — Depuis les Alpes carniques au sud-ouest de la Carinthie jusqu'aux côtes de la mer Noire, depuis la Mur jusqu'aux portes de Salonique, à la mer Egée et aux profondeurs des montagnes albanaises demeurent environ dix-sept millions de Slaves (Slaves du Sud) dont la langue forme une chaîne non interrompue de dialectes qui se tiennent mutuellement. La partie nord-ouest de cette région est occupée par les Slovènes ; ils embrassent la Carinthie méridionale, le midi et une partie du centre de la Styrie avec les morceaux voisins de la Hongrie et de la Croatie, puis toute là Carniole et la partie prépondérante du Littoral autrichien avec la région frontière de l'angle septentrional de l'Italie.

L'ancienne patrie des Slovènes. — Avec les autres branches des Slaves méridionaux, les

Slovènes actuels ont suivi la grande migration des peuples et leur poussée vers le midi : quand les Lombards, en 568, quittèrent les plaines spacieuses de la Pannonie pour les champs ensoleillés de l'Italie, ce sont eux qui occupèrent les territoires évacués. Le long des voies naturelles de la Drave, de la Save et de la Mur, en remontant les vallées, les Slovènes pénétrèrent dans les provinces alpines et occupèrent la Carniole, la Carinthie, la Styrie et le littoral adriatique. Ils s'avancèrent jusqu'aux champs de Toblach dans le Tyrol ; le long de la Mur, ils arrivèrent dans la Haute et Basse Autriche d'aujourd'hui, en dépassant la Haute Styrie.

Le Pustertal en Tyrol, le Lungau dans le pays de Salzburg et la vallée de TEnns, avaient des colonies Slovènes que le Danube séparait des Tchèques. Vers le Sud-Ouest leur poussée fut arrêtée par les ducs de Frioul ; malgré cela ils occupèrent toute la région montagneuse septentrionale jusqu'au Tagliamento où ils vivent aujourd'hui encore ; dans la partie méridionale du Frioul des noms comme Béogrado, Passiano, Schiavonesco, Turiacco [Turjak, la montagne de l'ure (aurochs)] gardent le souvenir des colonies Slovènes de jadis.

Mais les Slovènes ne purent pas se maintenir

longtemps dans la plus grande partie de ces postes très avancés, parce qu'ils les avaient occupés en groupes trop isolés, et sans contact avec le gros de la nation. En un temps relativement assez court, ils furent absorbés par la population germanique qui avait, en partie, survécu à l'époque des migrations et par les Bayouwares (Bavarois) qui s'avancèrent et dont la vigueur naturelle était en plus favorisée par la culture supérieure de l'Eglise et de l'Etat. Pourtant il y eut jusqu'au xiii* siècle des colonies avancées très au Nord, par exemple Kindsberg dans la vallée de la Miirz. Aujourd'hui encore, de nombreux noms de localités témoignent, en pleine région linguistique allemande, de la colonisation antérieure dans ces parages par les Slovènes. En dehors de cela, plusieurs éléments linguistiques Slovènes employés en Carinthie et en Styrie autant que différents usages et coutumes, conservent la trace d'une puissante influence slovène sur les nouveaux venus allemands. Les Magyars ont subi une influence encore plus puissante, surtout en ce qui concerne la langue. Ils ont emprunté aux Slovènes pannoniens, dont le niveau de culture était supérieur, une foule de mots, particulièrement des mots relatifs à l'agriculture.

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La perte de l'indépendance. — Les Slovènes vécurent indépendants pendant quelques siècles sous des princes de leur nation, en guerroyant efficacement, surtout contre les Avares, les Lombards du Frioul et partiellement contre les Bavarois. Mais vers le milieu du viii' siècle, ils appelèrent ces voisins au secours contre les Avares, ce qui les mit dans leur dépendance et dans celle de l'Empire franc, bien qu'ils conservassent leurs princes pendant quelque temps encore. Le Christianisme s'implanta, seulement en partie paisiblement, en partie par la force des armes, ce qui fortifia la domination des Bavarois et des Francs, surtout après l'insuccès de l'insurrection de Ljudevit Posavski (828) contre la domination étrangère. Depuis lors les voisins puissants ne poursuivaient que l'anéantissement complet de l'autonomie slovène : le système administratif franconien fut introduit et les chefs slovènes durent céder la place aux comtes allemands.

Malgré cela, cette sujétion n'était pas une sujétion à merci ; les ducs de Carinthie étaient installés tout à fait selon les coutumes slaves, et ils promettaient à cette occasion de protéger la langue, les mœurs et les usages slovènes en donnant des droits égaux à tout le monde. A ce cérémonial démocratique traditionnel de

l'installation ducale en langue slovène, sont restés fidèles tous les ducs postérieurs et même les premiers Habsbourg.

Leduché de Carantanie,qui, originairement, réunissait tous les Slovènes des régions alpines, succomba bientôt à l'activité dissolvante du féodalisme germanique du moyen âge : pour affaiblir la puissance du duc, vers la fin du X' siècle, la Carantanie fut décomposée en un certain nombre de Marches qui se transformèrent au cours des âges pour devenir les provinces habitées actuellement par les Slovènes. De ce fait fut brisée aussi leur unité politique et territoriale : divisés de cette manière, ils succomberont plus aisément aux influences du dehors.

Pannonie. — A vrai dire, les Slovènes de Pannonie formaient encore dans le sud-ouest de la Hongrie jusqu'à Ptuj (Pettau), sous Pribina, un duché indépendant qui joua un rôle important dans l'histoire de la littérature slave. Mais l'hostilité des évêques allemands désobéissant même aux injonctions du Pape (ils emprisonnèrent saint Méthode !) et l'invasion des Magyars, qui inquiétèrent ces Marches de l'Est pendant un siècle entier, devaient détruire l'œuvre de civilisation dans ses commence-

ments. Quand les Magyars eurent été défaits dans la plaine du Lech, le colonisateur allemand tourna de nouveau ses regards vers les pays des Slovènes alpins. Les abbayes (Freising, Brixen, Bamberg) et les couvents allemands y reçurent, comme donation de l'Empereur, de vastes territoires qu'ils colonisèrent avec des colons de leur nationalité. La frontière linguistique Slovène recula sur plusieurs points : il y eut même des intrusions au cœur de la nation. L'îlotle plus important de la langue allemande est aujourd'hui celui de Kocevje (Gottschee) ; les autres ont été absorbés dans la plupart des cas par le Slovénisme.

La communauté croato-slovène. — Les incursions turques mirent un terme (depuis le commencement du XV® siècle) aux progrès ultérieurs de la germanisation ; le colon allemand cherchait du terrain fertile et sûr pour la culture, tandis que la région slovène était livrée à la marée osmanique. Sans secours de l'Empire pendant tout le XV" siècle, et plus tard, même pendant assez longtemps, très mollement soutenu, le paysan slovène et croate, réduit à l'extrême, recourut à une défense efficace du pays ; il établit en cas d'incursion ennemie — incursion qu'on annonçait aussitôt dans tout le

pays par des feux sur les montagnes — des camps fortifiés (Tabori). Ce sont justement les pays croates et Slovènes qui ont été, en ces temps difficiles, le rempart solide de la chrétienté et de la civilisation occidentale. Leur ancienne communauté de race devint plus vivante que jamais dans ces siècles d'épreuves, malgré la division des Etats. Les habitants des pays Slovènes alpins de l'Est conférèrent plus d'une fois pendant cette époque avec les Croates, sur les mesures à prendre contre les Turcs. On voit à quel point ils avaient des intérêts identiques parle fait que les Croates, après la mort du roi de Hongrie Louis (1526) élurent pour leur roi le maître de la Styrie, de la Carinthie, de la Carniole, l'archiduc Ferdinand. Centans après, les Etats généraux croates offrirent à ces trois provinces une ligue contre tout ennemi et, à l'acceptation de la Pragmatique sanction en 17 12, les Croates exigèrent expressément qu'on leur fît partager le sort des provinces Slovènes tandis que déjà au XVI' siècle la Ligue des Paysans avait réuni les Slovènes et les Croates contre l'oppression des seigneurs féodaux. Il n'est pas étonnant que nous n'ayons pas beaucoup de choses à apprendre sur la vie intellectuelle et les progrès de la pensée dans ces marches du Sud-Est pendant la période des

invasions turques, qui furent horribles. Cette époque turque est tout simplement l'âge épique et héroïque de tous les Slaves du Sud : c'est à elle que les Slovènes doivent leurs plus jolies ballades, La Réforme et la Contre-Réforme apportèrent de nouveaux ferments à la vie de l'esprit. Les luthériens Slovènes cherchèrent à répandre la nouvelle doctrine par la parole et par la plume, même dans la masse croate, comme réciproquement, de nombreux membres du clergé croate, qui célébraient la liturgie romaine en langue slave en se servant de l'ancienne écriture slave appelée « glagolica », à une date antérieure, agissaient également parmi les Slovènes.

L'époque des guerres turques est importante aussi pour les questions linguistiques et ethnographiques, parce qu'alors de considérables migrations vers le Septentrion et l'Occident, ont eu lieu. L'arrivée des réfugiés de la Bosnie turque produisit en Croatie, en Styrie, en Carniole et en Istrie de fortes pénétrations mutuelles et l'effacement des différences préexistantes.

Après le déclin de la puissance ottomane la colonisation allemande ne se poursuit pas avec une vigueur très décisive. C'est, au contraire, l'influence de la civilisation italienne qui se

fait plus sensible. La germanisation battait son plein, il est vrai, sous Joseph II, mais elle ne s'exerçait plus sous la forme de la colonisation, parce que le pays était relativement bien peuplé.

Pour le relèvement national et littéraire des Yougoslaves qui appartiennent en ce moment à l'Autriche, la création du royaume napoléonien de rillyrie fut un fait des plus signiiicatifs. Sous le système de Metternich, qui succéda à celui-ci, la plus grande partie des acquisitions effectuées sous le régime français furent perdues, mais en 1848 l'égalité de leur langue dans l'administration et l'école fut reconnue aux Slovènes, du moins en théorie. Certes ils avaient demandé en outre la création d'une unité provinciale, englobant tous les Slovènes, mais ils n'obtinrent même pas la reconstitution de la Carniole dans ses vieilles frontières historiques jusqu'aux côtes de la mer Adriatique.

Le mouvement d'idées connu sous le nom d'IUyrisme — deuxième tiers du xix" siècle — aspirait à réunir les Slovènes et les Croates grâce à une langue littéraire commune. La raison de l'échec de ce mouvement doit être cherchée non pas dans la petite différence linguistique entre les Slovènes et les Croates (car

ceux-ci ont précisément donné la dignité de capitale à Zagreb (Agram) qui est dans la sphère linguistique slovène) mais uniquement dans la forme dualiste de la Monarchie austro-hongroise.

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