‹ Les SlovènesChapitre 3 sur 10 · GÉOGRAPHIE · texte numérisé non relu

GÉOGRAPHIE

La position géographique des Slovènes, étant une des plus importantes de notre continent, est assurément heureuse, sans être toujours digne d'envie. Là où la mer Méditerranée, par son rameau, l'Adriatique, s'enfonce le plus profondément dans le bloc de l'Europe, et où les influences des différentes civilisations du Sud se mêlent à celles du Nord ; là où la puissante route des nations transporta toute la vie du Nord-Est au Sud-Ouest; sur ce lambeau de terre, toujours tremblant et sans un instant de repos, demeurent les Slovènes. C'est un pays qui a provoqué des luttes incessantes dans l'histoire. Son importance nous a été rendue plus sensible précisément par les négociations d'un passé très récent ; elle nous est rappelée et soulignée tout particulièrement dans ces derniers temps. Elle n'est pas grande, la patrie des Slovènes, mais son charme con-

siste en ce qu'elle réunit la rude majesté des régions alpestres et la grâce du monde méditerranéen, en ce qu'elle nous mène de Taspect farouche du Kras (Carso), par des prés verdoyants et des vignes attrayantes, vers la Pusta rêveuse, en Hongrie.

L'étendue. — Les Slovènes occupent vingtcinq mille kilomètres carrés à peu près. Cette région est divisée en plusieurs provinces. Déjà dans la Vénétie italienne nous rencontrons nombre de Slovènes au nord-est d'Udine. La plus grande partie du comté de Gorica (Goritz) et Gradisca est slovène (62 p. 100) [la frontière avec les Frioulains est constituée en Italie et en Gorica par la ligne Kanin (2.592 mètres)- Resiutta-Gemona-Cividale-Prepotto-Cormons- Gorica-Sagrado-Sv. Ivan (San Giovanni) près de Devin (Duino)] , et un tiers de T^ieste avec la banlieue (30 p. 100, la banlieue étant presque, toute Slovène) ; ensuite 15 p. 100 des habitants parlent slovène dans le Nord du Margraviat distrie — donc, dans tout le Littoral S un peu moins d'un tiers, plus de 32 p. 100 le

I. Le littoral autrichien est formé par : i" la ville de Trieste avec ses environs ; a" le comté de Goritz avec Gradisca ; 3» le margraviat d'Istrie. Le recensement officiel de 1910 indique : I» pour Trieste et ses environs 118.959 Italiens, 5(1.916 Slovènes, 2.40Î Serbo-Croates et 12.633 autres; a» pour Goritz et pour

reste de la population étant serbo-croate et italien. La Carniole est le pays slovène par excellence, 94,5 p. 100, le reste — l'îlot linguistique de Kocévje (Gottschee) — parlant l'allemand. Sont encore slovènes le Sud de la Carinthie, 21 p. 100 des habitants du pays entier, et tout le midi de la Styrie, 30 p. 100 de la population totale. Notre population s'étend au delà de l'autre rivage de la Mur en Hongrie où le nombre des Slovènes est évalué à cent mille, malgré l'absence de chiffres officiels. La frontière du côté des Allemands et des Magyars est formée à peu près par la ligne Pontafel- Smohor ( Hermagor)-Beljak (Villach)-Breitriegel au nord de Velikovec (Volkermarkt) avec, au milieu, une pointe vers le Sud jusqu'à Celovec ( Klagenfurt) - Lawamûnd - Spielfeld - Radgona (Radkersburg)-Saint-Gothard-Unter- Lendau-l'embouchure de la Mur. Au total on comptait dans la moitié autrichienne de la Monarchie, selon les données du recensement de 1910, 1.253.000 personnes parlant la langue Slovène (le nombre de ceux qui appartiennent

Gradisca 134.761 Slovènes et 90.118 Italiens [notons que le territoire de Goritz est habité presque exclusivement par des Slovènes (148.389 contre 17.948 Italiens) et celui de Gradisca par des Italiens et des Frioulains (72.179 contre 6.362 Slovènes)]; 3" pour ristrie 223.318 Serbo-Croates et Slovènes, 147.417 Italiens et 15.728 autres. Note du traducteur.

à la nationalité Slovène qui, on le sait, n'est pas déclarée par les statistiques autrichiennes, est sensiblement plus grand). Si nous y ajoutons le nombre de ceux qui habitent la Hongrie, qui est de loo.ooo; de ceux qui résident en Italie (un peu plus de 40.000), et les émigrés américains (100.000), le dénombrement total nous donne le chiffre d'un million et demi d'âmes.

La densité de la population. — La densité de la population n'est pas grande (56), à cause de la structure accidentée du pays et de l'inhospitalité partielle du Kras (Carso). Les différences locales sont considérables. Ainsi, l'arrondissement de Radoljica (Radmannsdorf) en Carniole ne peut nourrir que 32 habitants par kilomètre carré, tandis que Ljutomer (Luttenberg), en Styrie, donne le chiffre de 87, et il va de soi qu'à Trieste les proportions sont encore plus grandes. En ce qui concerne la religion, les Slovènes sont, sans exception, catholiques.

Le caractère du paysage. — La voie la plus courte et la plus importante qui relie les régions centrales de la Monarchie avec notre côte, avec l'avantage de ne jamais dépasser i 000 mètres en hauteur, mène à travers nos provinces. Le voyageur a partout l'impression de traverser

un pays montagneux. Et en effet une chaîne de collines se range après une autre chaîne, les sommets s'enfilent sur les sommets, et il n'y a aucune plaine plus étendue, si l'on excepte le bassin de Ljubljana (Laibach), et la partie la plus orientale de la Styrie. Mais pourtant quelle variété dans cette petite région ! Des crêtes rocheuses du massif de Pohorje (Bâcher) en Styrie, nous voyons s'élever devant nous* des rocs géants de la plus belle chaux blanche, les colosses des Alpes de la vallée de Savinja (Sann) ou des Alpes de Kamnik (Stein) et à côté d'eux l'amas pittoresque des Karavankes, une région d'un caractère géographique particulier, de roc primaire — chaux, ardoises, porphyres, — dans un pêle-mêle plein d'imprévu. Et plus loin, vers le couchant, nous serons salués par les masses calcaires et les pyramides des Alpes juliennes douées d'un des points de vue les plus magnifiques du monde, le Triglav.

La Styrie méridionale est, au contraire, un pays montueux qui ne s'abaisse que graduellement vers la plaine hongroise. La basse Carniole est aussi un pays montueux de marque alpine, ayant le caractère des montagnes moyennes, présentant à peu près les signes distinctifs du Kras (Carso). Carsique est la Car-

niole intérieure, carsiques sont le sud du Comté de Gorica et l'Istrie. A notre connaissance, nul parcours aussi bref ne nous offre un spectacle aussi varié que ce voyage : le chef-lieu de la Carniole, la métropole des Slovènes, Ljubljana (Laibach), se trouve dans ce qu'on appelle le bassin de Ljubljana dont les jeunes couches géologiques et les découvertes encore plus jeunes nous forcent à admettre Texistence d'un lac antérieur. Ce lac est tout à fait desséché, mais ses restes survivent dans le marécage de Ljubljana. Si nous traversons le bassin, vers le Sud-Ouest, le spectacle change aussitôt : tandis que nous montons, les plaines labourées décroissent, le désert s'élargit tant que nous avançons vers le midi. Mais sur ce terrain ingrat s'est élevé un peuple sain, vigoureux et dur comme l'acier, pouvant affronter la lutte sur la vaste plaine d'en face : la mer. Pendant un trajet de trois heures nous voyons se succéder trois formes géographiques fondamentalement différentes. Retournons par la route, orientés maintenant vers le Nord. D'abord le Kras (Carso), les plateaux massifs bien connus par les dernières luttes, ensuite les Alpes, nos Alpes si belles. Deux heures de voyage à peine, depuis Trieste, et nous nous trouvons dans une région de caractère haut-alpin ; nous passons le long de la

Soca (Isonzo) qui est la vraie fille de ces montagnes, franchissant tunnels après tunnels, jetant des coups d'œil hâtifs sur le monde des montagnes, à travers des vallées romantiques et d'orgueilleux géants de calcaires : voici un long tunnel, puis le bassin de Bohinj (Wochein), le joyau des géologues et des touristes. Au milieu du bassin, il y a un reste de l'époque glacière, le lac silencieux de Bohinj (Wochein), qui incite tant aux méditations. Après un défilé, la vue s'ouvre sur les plaines de la Haute Carniole qui sont la continuation du bassin de Ljubljana et de ses avant-gardes, les Karavankes. Le célèbre voyageur anglais Macpherson attribue à la vallée de la Save, dans la Haute Carniole, la première place pour sa beauté parmi toutes les vallées de la terre. Le spectacle du lac de Bled (Veldes) couronne le tableau par sa grâce et son agrément. Encore deux heures et nous sommes revenus à Ljubljana. Qu'avons-nous vu? Un bassin, les poljés du Kras (Carso) offrant toutes les nuances, la mer, la région des Hautes Alpes avec tous ses signes distinctifs et de nouveau une plaine. Pour tout cela, rien qu'une excursion de douze heures de chemin de fer. C'est la patrie des Slovènes.

Pour donner un bref aperçu systématique.

il nous suffira de dire que les Slovènes occupent ii p. loo de la région autrichienne alpine tout entière. Ils habitent en partie les Alpes de la vallée de Zila-Gail (Dobrac, 2.167 mètres), ensuite les Alpes Juliennes (Triglav 2.863 mètres, Montaggio, Wischwig, Kanin, Manhart), les Karavankes (Stol, 2.236 mètres), les Alpes de Kamnik-Stein (Grintavec, 2.558 mètres) et leurs dépendances avec les vallées encadrées. Le massif de Pohorje (Bâcher), en Styrie, a tout à fait le caractère de roc primaire. Appartiennent également à notre race les prolongations septentrionales du Kras (Carso) : Trnovskigozd (Tarnowanerwald) , Hrusica (Birnbaumerwald) avec le Nanos (1.300 mètres), la Pivka Planina avec le Sneznik (Schneeberg), 1.796 mètres, et ses échelons vers l'Ouest (le plateau de Komen et de Doberdob). La Basse Carniole et la Styrie méridionale sont, on l'a déjà remarqué, dans la plus grande partie, une région de collines alpines. Tout autour de Trieste demeurent les Slovènes, L'importance de cette ville est signalée par le fait que le canal d'Otranto, au sud du bassin adriatique, est la seule porte qui nous donne libre accès avec le reste du monde, en rendant possible l'arrivée d'articles à bon marché. Certes, l'abord et la traversée

de ces contrées sont rendus quelque peu pénibles par l'escarpement du Kras (Carso), mais en général le passage n'est pas si difficile, car les Alpes sont les montagnes les moins inaccessibles du monde. Les passages les plus connus sont les défilés de Predil, 1.156 mètres, de Loibl, 1.370 mètres, la vallée de Kanal près de Malborghetto et la ligne de partage des eaux de Ratece (Ratschach) dans la Haute Carniole. Les moyens de communication sont bons ; les bases des routes sont même excellentes ; la construction des voies ferrées a fait dans ces dernières années des progrès très rapides, bien que, comme il va de soi, la formation montagneuse du pays ait créé beaucoup d'obstacles.

Le climat. — Le climat de nos régions est continental modéré avec une influence méditerranéenne partielle. La zone des fruits méridionaux, avec une température moyenne annuelle de i3-ii° centigrades, s'étend jusqu'à nous. L'Istrie et les parties de Gorica (Goritz) et de la Carniole méridionale s'y rattachent. La seconde zone, avec une température annuelle moyenne, de 9 à 1 1 centigrades, embrasse les autres régions où l'hiver est plus long et plus rigoureux. Tous les froments prospèrent ainsi que

— sole maïs ; en beaucoup d'endroits il n'y a presque que de la vigne et des légumes excellents. Une frontière désagréable pour la Carniole est le Kras (Carso) d'où l'air froid ne passe pas aisément vers la mer et où l'air chaud pénètre aussi difficilement.

Gorica (Goritz), à la bordure extérieure du Kras (Carso) ouverte aux vents de la Méditerranée, a, par exemple, un janvier de + 3, 2 centigrades, Ljubljana (Laibach) enfermée dans son bassin, presqu'à la même latitude que Gorica en a pourtant - 2,5 centigrades. L'hiver est encore plus rigoureux dans le bassin plus enfermé de Celovec (Klagenfurt) : - 6,4 centigrades. Trieste, sur le bord de la mer, est de 1 1 degrés plus chaude que Celovec (Klagenfurt), 7° plus chaude que Ljubljana, car il y fait en janvier plus de + 5 centigrades. Les vents arrivent dans la plus grande partie du Nord, vers le Sud-Est. A Trieste, par exemple, 69 p. 100, tandis qu'il n'y a que 41 p. 100 des vents d'Est. Plus on va vers le Nord, plus les vents d'Ouest deviennent sensibles.

Les précipitations atmosphériques sont très grandes, puisque les montagnes refoulent les vaofues humides aériennes à leur arrivée, ce qui cause une grande différence entre le côté de la pluie et le côté de l'ombre. Des chiffres

très élevés sont fournis par les Alpes Juliennes, (plus de 2 mètres en un an) ; Ljubljana accuse toujours 142, puisque la bordure du Kras (Carso) n'est pas haute ; mais Celovec (Klagenfurt) accuse seulement gô. Trieste, bien que située sur la mer, c'est-à-dire n'offrant aucune résistance spéciale aux masses aériennes, a iio centimètres de précipitations atmosphériques parce qu'elle se trouve du côté de la pluie. Le Sneznik (Schneeberg) , haut de 1.796 m., accuse 3 mètres, le maximum chez nous. En Styrie nous avons des chiffres de 75 à 95 centimètres, mais ces chiffres sont bien suffisants pour l'économie rurale, car il faut prendre en considération leur division annuelle. La pluie d'été surtout est importante parce qu'elle a en général un caractère prépondérant dans l'Europe centrale; moins importante est la pluie d'automne, caractéristique du climat méditerranéen. Ainsi les hautes moyennes sont sans utilité pour les régions du Kras (Carso), puisque la pluie tombe surtout en automne et encore très souvent sous la forme d'averses et d'ondées, causant plus de dommages que de profit. C'est en Carniole justement qu'une transition entre les deux régions de pluies s'accomplit. De 100 p. 100 de précipitations atmosphériques, viennent en Styrie

39 P- loo sur les mois de juillet, août, septembre, et seulement 19 p. 100 sur les mois d'octobre, novembre et décembre : en Carniole le rapport est déjà de 28 : 29, en Istrie il est de 24 : 33.

La pluie tombe sur les terrains de différente composition et quelquefois de différente fertilité. Chez nous la surface est couverte par la terre glaise et l'argile sur de très grandes étendues ; ces deux sédiments sont très favorables à la culture, ainsi que les loess très fertiles que nous trouvons en Orient. Moins productifs sont le sable et le cailloutis, que l'on rencontre en moindre abondance. La pierre calcaire est hostile à la culture ; son infertilité a encore empiré dans le passé par suite d'un déboisement insensé. Les temps nouveaux ont apporté beaucoup d'améliorations par le reboisement des forêts. Le roc primaire n'est pas particulièrement fertile, mais il porte au moins du bois. L'ardoise, la marne et le grès friable, qui couvrent aussi de vastes territoires, sont favorables à la culture.

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