‹ Les socialistes indépendentsChapitre 4 sur 6 · DU CONGRÈS D AMSTERDAM A I91I · texte numérisé non relu

DU CONGRÈS D AMSTERDAM A I91I

demandait que les patrons qui exploitent les ouvriers avec trop de cynisme et laissent d'une façon trop facile dans l'oubli les lois sur la protection des travailleurs, fussent exempts de l'amnistie. Sans doute Colliard n'a pu obtenir pleine satisfaction; il a obtenu satisfaction en ce qui concerne les lois sur l'hygiène et les infractions à ces lois ont été soustraites au bénéfices de l'amnistie.

J'ai à rappeler l'intervention de notre ami Merle sur l'impôt sur le revenu; il a répondu à tin discours de M. Poincaré qui s'engageait à fond en faveur d'une réforme qui est miire à l'heure actuelle. Je ne retiens que les principaux points et m'efforce de vous préciser les conditions de notre action. Il y a tout un ensemble de circonstances qui ne nous permettent point de ne pas considérer que le groupe parlementaire s'est toujours tenu à l'affût de toutes les circonstances qui pouvaient nécessiter de sa part une action énergique en faveur des réformes. Dois-je vous rappeler l'attitude de notre groupe devant la question du rachat de l'Ouest? Nous ne voyons pas le rachat comme une mesure destinée à mettre fin aux agissements d'une Compagnie qui est au-dessous du mandat qu'elle a reçu de l'Etat, mais nous l'envisageons comme la socialisation d'un grand service, socialisation qui sera la base du système de l'avenir...

Dans tous les ordres d'idées, le parti socialiste parlementaire s'efforce de rester vigilant. Nous avons participé à la délégation des gauches et nous revendiquons comme un honneur d'être restés dans cette grande armée républicaine, dont nous ne voulons pas sortir. Le parti socialiste a un rôle à jouer comme parti républicain et, dès lors, il considère qu'il ne peut se séparer de la délégation des gauches où il a sa place marquée. Nous ne sommes pas des ministériels à outrance, nous ne l'avons jamais été. C'est ainsi qu'il nous est arrivé, dans ces derniers temps, de nous séparer souvent du cabinet Clemenceau, parce que vraiment il nous paraît que le ministère Clemenceau, qui avait soulevé tant d'espérances, était trop souvent dans 1' « incohérence » dont a parlé son chef.

Le congrès se prononça ensuite sur les questions de tactique et de méthode.

Consulté sur l'action directe et la grève générale, sur l'anti-

8o LES SOCIALISTES INDÉPENDANTS

patriotisme et sur l'action des élus du Parti à la délégation des gauches, le congrès adopta les trois motions suivantes :

1° Le Congrès repousse la méthode dite d'action directe préconisée par les libertaires qui ne peut avoir d'autre résultat que provoquer des mouvements de réaction.

Quant à la grève générale, les diverses tentatives qui en ont été faites au cours de ces dernières années ont montré les périls indiscutables qu'elle présente pour la classe ouvrière.

Le Congrès condamne donc comme dangereuses l'action directe et la grève générale. Il considère que le prolétariat français possède dans l'action politique et l'action corporative combinées, dans les libertés politiques et les libertés syndicales les moyens les plus directs et les plus efficaces de son émancipation?

2° Le Parti Socialiste Français affirme l'internationalisme fondamental du socialisme. La domination internationale du capitalisme rend nécessaire l'entente internationale des travailleurs.

Le Parti Socialiste Français proclame sa volonté de maintenir la paix entre les dififérents peuples. Il condamne la politique d'agression et de guerre, qu'il s'agisse de guerre continentale ou de guerre coloniale. Tout en travaillant de toutes ses forces à préparer le désarmement général, il réclame dès maintenant la réduction graduelle des charges militaires.

La solidarité internationale ne saurait interdire à un peuple le droit et le devoir de se défendre contre toute agression du dehors. C'est pourquoi le Parti Socialiste Français réprouve nettement l'antipatriotisme.

Le Parti Socialiste Français se rattache donc tout à la fois à la tradition socialiste de Blanqui qui lorsque la patrie était en danger a toujours défendu en elle un patrimoine de droits et de liberté, et à la tradition de la Révolution française qui, en se proclamant de cœur avec tous les peuples contre tous les despotes, n'a jamais séparé la cause de la France de celle de î'humanité.

3" Le Congrès,

Considérant que la République est l'instrument indispensable à la réalisation des réformes économiques et sociales ;

Page 1