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INTRODUCTION GÉNÉRALE

« Tout a été dit sur la question sociale, mais il faut bien encore parler d'elle, puisque c’est ce redoutable problème qui reste la grande préoccupation de l'heure présente.

Dans la situation actuelle, envisagée à la clarté des événements récents, il est deux faits, qui prennent une grave signification : la tension extrême des rapports entre le capital et le travail, et l'impuissance des solutions proposées pour conjurer les causes de conflit » (1).

S'il est une question vivante et brûlante à la fois, c'est en effet celle de l’organisation du travail et du sort des travailleurs.

Car, « depuis un demi-siècle surtout, le travail est

(4) L'organisation commerciale du travail et le contrat collectif, de M. M. Lewandowski, dans la Revue politique et parlementaire, du 10 juillet 1906, p. 111.

pre

de tous les phénomènes sociaux, le phénomène prédominant. Il n'est sans doute pas à lui seul toute la société, mais il est devenu vraiment comme l'axe autour duquel tourne la société, ou comme l’âme, qui la fait toute sentir et vivre toute » (1).

Les propositions les plus diverses ont été défendues par des hommes éminents dans tous les domaines de la pensée ; aucune n’a paru jusqu'ici devoir être la panacée universelle, qui pacifiera les rapports du capital et du travail.

Et cependant, « toutes tentatives faites pour améliorer ces rapports, doivent être prises en sérieuse considération, parce que c'est une nécessité, qui s'impose dans un intérêt commun » (2).

Y a-t-il réellement lutte du capital et du travail ? M. Yves Guyot, dont les idées ingénieuses ont inspiré cette thèse, le nie. Il raisonne de la façon suivante, dans son livre Les conflils du travail et leur solution.

«IT y a deux sortes de capital : l'objectif et le sub- Jectif, dans le sens que leur donne Kant : subjectif, qui appartient au moi; objecüf, qui est en dehors du moi.

La capacité productive de chaque personne cons-

(1) L'organisation du travail, de M. Ch. Benoist.

(2) M. Max Girard (discussion à la Société d'économie politique du projet de M. Y. Guyot, dans le Journal des Economistes, de juin 1900.

hitue son capital subjectif ; telles : la force du manœuvre, la science de l'ingénieur, l'habileté professionnelle de l’ouvrier.

Le capital objectif se compose de toutes les autres utilités faisant fonction économique ; telles : les valeurs avec lesquelles l'industriel constitue un outillage, achète des matières premières, paie des salaires.

Le salaire est l'achat forfaitaire par le capital objectif des produits ou des services rendus par le capital subjectif. Ce qu'on appelle conflits du capital et du travail, c’est l'opposition, que l’on établit entre le capital objectif et le capital subjectif.

Les conflits proviennent d'une conception erronée du rôle du capital objectif ; on suppose que lorsque son possesseur achète directement les produits ou les services rendus par le capital subjectif, c'est pour son usage ; or, il n’est qu'un intermédiaire entre les producteurs de ce produit et les consommateurs. Dans toute industrie le capital objectif ne fait que les avances, qui, sous peine de ruine, doivent être remboursées par le consommateur » (1).

Nous croyons, sans intention de froisser l’'éminent économiste, qu'il y a seulement là querelle de mots et pure question de terminologie ; qu'en d’autres ter-

(t) Les conflits du travail et leur solulion, par M. Yves Guyot, Paris, Fasquelle, 1903, p. 23.

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mes il existe actuellement un conflit aigu entre l'employeur et l'employé, entre le patron et l’ouvrier ; el comme l'un dispose du capital et l’autre du travail, on peut donc maintenir, en l'entendant dans un sens large, l'expression lutte ou conflit du capital et du travail.

De là à affirmer, comme le font les socialistes, l'exploitation exercée par le capital à l'égard du travail, il y a un monde. Et cependant, cette prétendue exploitation sert de prétexte aux militants pour un programme purement politique, où ils dénoncent l’asservissement du travail au capital, et proclament la nécessité de remplacer la domination capitaliste par la toute puissance du prolétariat.

Le mal est précisément dans la préoccupation trop exclusivement politique de solutionner une question, qui est surtout pratique.

« Les temps de luttes sont passés, proclamait déjà Egret en 1848 ; le capital et le travail doivent s'unir fraternellement pour concourir à la production pacifique, et favoriser le développement économique de leur commune patrie » (1).

Il faut donc, faisant abstraction de toute influence

(1) Organisation du travail par les travailleurs, par Egret. Brochure parue en 184%,

politique, s'attacher à trouver une organisation économique du travail.

Et certes, «la tâche à accomplir est immense, et le nombre est petit des bons ouvriers désireux de l’entreprendre et capables de la mener à bonne fin. Les politiciens révolutionnaires se gardent bien de favoriser un mouvement professionnel, qui ruinerait leurs ambitions, et d’autres (l'indifférence coupable), l'ignorance économique et les préjugés détournent encore de cette œuvre les esprits plus modérés » (1).

Depuis la grande Révolution, les tentatives d’organisation du travail se sont multipliées sous les formes les plus diverses. Que de combinaisons arbitraires, sentimentales, utopiques, et combien aussi de conceptions grandioses, tour à tour critiquées ou bénies « de J.-B. Say à Saint-Simon et à Cabet, de MM. de Molinari et Y. Guyot à MM. Jules Guesde et Jean Grave, en passant par les interventionnistes timides, les démocrates et les socialistes chrétiens, que de doctrines ! » (2)

Cependant, de tous ces systèmes essayés : syndicats

(4) «Devant la question sociale doit disparaître la pure politique dont on finit par mourir, comme mourut Byzance des querelles théologiques ». Husson, conférence à Angers, 1890.

(2) Le contrat du travail et le rôle des syndicats professionnels, par P. Bureau.

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de toutes sortes, trade-unions, associations professionnelles, sociétés coopératives, organisalions ouvrières de tous genres, aucun n'a satisfait plemement leurs promoteurs, contenté leurs adhérents, et solutionné encore les conflits persistants du capital et du travail.

Aussi, est-il indispensable d'orienter nos recher-

, ches dans un autre sens et de voir « s'il n’est pas une autre solution qui puisse mettre un terme à cette lutte toujours plus aiguë entre le capital et le travail, cause de préjudices incalculables pour l’industrie et source de misères et de souffrances pour l'ouvrier. I] faut en finir avec les grèves et les chômages, qui ont été et continuent d’être efficaces comme moyens de lutte, mais ne sauraient se justifier à l’état permanent, pas plus que la guerre où les batailles ne doivent être l'occupation constante des peuples civilisés » (1).

La solution cherchée existe peut-être dans une forme rudimentaire, dans ce sens qu'elle est de création récente et encore peu connue, et qu'elle n'existe qu'à titre expérimental.

Mais, puisque l'idée, en elle-même d’ailleurs si logique el si ingénieuse, a déjà donné des résultats excellents et paraît destinée à réaliser un avenir bril-

(1) Les sociélés de travail, par M. Pellegrini, dans la Revue po= litique et parlementaire du 10 janvier 1906.

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lant, il faut la divulguer pour tous les moyens, la soumettre à la rude épreuve des faits, et, si elle triomphe des obstacles prévus, la répandre dans le monde entier, la mettre à la portée de tous et en aider la réalisation dans l'intérêt de l'employeur, de l'employé et du consommateur.

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Si les conflits du capital et du travail ont, semblet-il, toujours existé, ils se sont accrus cependant avec le développement de la civilisation, l'augmentation de la production, la progression constante de l’industrie et du commerce.

« L'évolution économique a transformé le travail en transformant l'agent, l'outil, l'instrument de travail. Quand, dans la filature par exemple, au Spinning- Jenny et au Mall-Jenny, aux inventions d’'Arkwright ei de Samuel Crompton, aux perfectionnements d’Oberkampf et de Richard-Lenoir, est venue s'ajouter la machine à vapeur; quand, à ces bras et à ces doigts mültipliés comme à l'infini, elle est venue communiquer le mouvement prolongé comme à l'infini, ce jour-là s’est produit un fait capital et de telle conséquence, qu'il en est peu sans doute d’aussi considérables parmi tous ceux que l’on retient pour en faire ce qu'on appelle l’histoire de la civilisation. En effet ce

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ne sont pas seulement les instruments de travail, qui s'en sont trouvé transformés, mais le travail lui-même, le travail tout entier, je veux dire toutes les conditions et toutes les circonstances du travail » (1).

Les travailleurs se sont concentrés là où s’offrait le travail ; il y a eu évolution du petit atelier à la grande usine, et d'individuel le travail est devenu collectif.

D'un autre côté le capital s’est aussi concentré ; mais le capital est devenu l'apanage presque exclusif des grandes entreprises, il est concentré entre les mains de patrons puissants. Il s’est alors formé deux masses adverses, progressivement plus compactes et plus fortes, qu'on a appelées : le patronat et le salariat.

Les deux masses n'ont pu naviguer de conserve sans heurts et l'équilibre s'est maintes fois rompu.

L'organisation nouvelle appelait une réforme complète des rapports des patrons et des salariés ; mais par une aberration trop longtemps respectée, on maintenait à l'égard des faits nouveaux, ies principes démodés de l’ancienne organisation du travail.

En d’autres termes, on continuait à concevoir le patron sous l'aspect patriarcal d'antan, comme le père de ses ouvriers, en même temps que le maître de compagnons inférieurs. Ce fût la conception encore de Le

(1) Ch. Benoist, op. cit.

Play, qui au XIX° siècle se plaisait à concevoir le chef d'industrie « comme un Jacob promenant ses troupeaux, sa tribu dans les plaines de Judée : il avait considéré que le patriarche devait traiter individuellement avec chacun de ses ouvriers » (1).

Or, la conception de Le Play implique : la permanence des engagements réciproques du patron et de l'ouvrier, l'entente complète touchant la fixation du salaire, la bienveillance chez le patron, le respect chez l'ouvrier et sur tous l'empire de la coutume.

M. P. Bureau, professeur de droit à l'Institut catholique de Paris, dit que la plupart des industriels par : lui consultés, lui ont répondu : « La vie de mes ouvriers, en dehors de l’usine, ne me regarde pas ; si je m'en mêlais, ils m'accuseraient bien vite d’oppression » (2).

Rien que le mot « patron » mdique une prédominance, une supériorité, une protection du salariant à l’égard des salariés. Le patron se donne donc ainsi un rôle tutélaire incompatible avec le caractère économique du contrat de travail. Pour que ce système pût être justifié il faudrait admettre que tout acheteur a

une supériorité sur le vendeur. Or, « l'acte d'échange

(1) Yves Guyot, op. cit.

(2) P. Bureau, Figaro du 14 mai 1906.

Rite n'implique ni supériorité (1), ni infériorité entre les deux parties contractantes.

Chacun achète quelque chose, qui lui paraît avoir une valeur supérieure à ce qu'il donne ; l’un, un objet ou service spécifié ; l’autre, de la monnaie avec laquelle il se procurera des objets ou services variés » (2).

Le chef d'entreprise, une fois sa production organisée, ne fait que des actes de commerce : il achète et il vend, Il fait des actes de commerce en achetant la matière première, en agençant son outillage, de même en achetant sous forme de salaire la main d'œuvre nécessaire, ou plutôt « les produits résultant du travail, qui a transformé » (3). Il fait enfin acte de commerce, quand il vend ses produits.

(1) Proposant de remplacer la désignation louage de service ou louage dé travail par l'expression contral de travail, M. Perreau, dans son rapport, dit: « Cette expression (contrat de travail) » appelle davantage l'attention sur le caractère contractuel, » volontaire et bilatéral, que présentent et que doivent présenter » de plus en plus les rapports juridiques entre employeurs et » employés. Elle implique davantage aussi l’idée de l'égalité » juridique entre les parties contractantes, idée que le législa- » teur de 1804 avait méconnue dans un de ses textes, par un » souvenir sans doute des anciennes formes d'organisation du » travail qui impliquaient une supériorité personnelle de l’em- » ployeur sur l’employé. » (Rapport de M. Perreau).

(2) Y. Guyot, op. cit.

(3) Idem.

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Or, l'industriel vise à simplifier ses différents actes de commerce. IF achète en gros et non au détail, il essaie de faire des marchés considérables, à longs termes, et d'assurer les débouchés de sa fabrication en grande quantilé et pendant une longue durée,

En d’autres termes, il a intérêt à faire une série d'entreprises à forfait, des détails desquelles il n’a . point à s'occuper, et qui lui permettent d'établir avec sécurité son prix de revient.

D'où la nécessité de transformer les anciens rapports du gros entrepreneur et de l’ouvrier, Et de fait, les engagements individuels deviennent impossibles dans les usines à nombreux personnel. Dès qu'il y a conflit, ils se transforment en engagements collectifs.

M. de Molinari, en 1842, dans un article sur l’Avenir des chemins de fer, a préconisé la commercialisation du travail et l’avantage pour l'employeur de substituer l'achat du travail en gros à l'achat en détail (1).

C'est une idée devenue courante aujourd'hui et universellement admise, que les engagements collectifs (au sens large du mot), doivent remplacer progressivement les engagements individuels. Nous sommes à la veille de l'apparition d’une loi sur le contrat collectif de travail, que nous ne pouvons discuter ici (2).

(1) L'avenir des chemins de fer, par M. de Molinari, article publié en 1842, .

(2) D'ailleurs « la légalité du contrat collectif ne fait plus au-

si

Disons en passant qu'il a fait notamment l'objet d’un rapport très apprécié de M. Colson, ingénieur en chef des Ponts et Chaussées, rapport que critique d’ailleurs très âprement M. Y. Guyot dans une brochure récente sur le contrat collectif. Nous nous contenterons de constater que, de plus en plus, le contral collectif de travail tend à se substituer au contrat individuel ; c'est dans cette voie, qu'il est permis d’entrevoir la pacification possible des rapports du capital et du travail (1).

L'évolution est significative et a été l’œuvre fatale de la transformation de l’industrie et du commerce. Devant la puissance de la grande industrie, l'ouvrier se sentit trop faible et fut poussé à s'unir pour contrebalancer! la puissance trop considérable de l’employeur.

C’est ce que constate M. de Molinari, quand il écrit: « Lorsque les ouvriers eurent reconnu, qu'en traitant imdividuellement avec les entrepreneurs, ils se trouvaient dans un état d'infériorité qui les condam-

nait le plus souvent à subir les conditions léonines de

jourd’hui l'objet d'aucune contestation. De nombreuses décisions de justice l'ont proclamée. » (Rapport de M. Perreau sur le Contrat de travail).

(1) Voir le projet de loi du 2 juillet 1906; voir aussi le rapport de M. Colson et la brochure de M. Yves Guyot sur le Contrat collectif de travail (déjà cité).

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l'acheteur de travail, ils eurent recours à ces associations temporaires désignées sous le nom de coalilions » (1).

Puis, les associations ouvrières s’organisèrent plus stables, plus puissantes sous forme de syndicats ou de trade-unions. Ce fut alors le capital, qui faiblit dans la lutte ; les conflits s'aggravèrent et l’on assista, l’on assiste encore à une lutte plus gigantesque, plus meurtrière, où chaque combattant, vainqueur ou vaincu, laisse chaque fois des plumes sur le terrain.

Dans les deux cas, soit que la victoire demeure au capital ou au travail, les résultats sont également funestes. Si les ouvriers étaient maîtres de fixer à leur gré leurs salaires, 1ls ne manqueraient pas d’abuser de leur pouvoir et réduiraient le capital à l’impuissance et à la ruine. Ce serait la destruction progressive du capital, agent aussi indispensable à la production que le travail lui-même.

Que conclure de là, sinon que le problème à résoudre pour rétablir la paix entre le capital et le travail « consiste non à conférer à l’un ou à l’autre le pouvoir de fixer le taux ou les conditions du salaire, mais à le leur enlever à tous deux » (2).

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(1) Les Bourses du travail, par M. de Molinari, ch. XI, p. 85. (2) M. de Molinari, op. cit.

« Pour que l’antagonisme existant entre le capital et le travail

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Ce problème a déjà été partiellement résolu par l'élargissement du marché du travail ; mais cet élargissement a été moins complet et moins rapide pour le travail que pour les valeurs et les autres produits.

Mais comme le besoin crée l'organe, M. de Molinari prévoyait alors que l’on verrait s'ouvrir pour le travail des Bourses semblables à celles qui ont été établies à l'usage des capitaux, quand la circulation des valeurs a pu s'opérer aisément et à peu de frais (1).

« Le travail, disait il, deviendra un objet de trafic régulier : il sera coté selon la demande que l'on en fera, et sa valeur s’accroîtra, comme s’est accrue la valeur des capitaux à l’époque de l'ouverture des premières Bourses. On pourra l’acheter en gros au lieu de l'acheter en détail » (2). |

M. de Molinari développa cette idée dans La Nalion du 23 juillet 1843, puis dans La Gazette de France du 8 septembre 1843 et dans Le Courrier français du 20 juillet 1846. Il s’adressait à tous les ouvriers. Mais il fut peu compris et mal accueilli. Les tailleurs de

puisse cesser, il est nécessaire de placer les deux éléments dans des conditions identiques et de les organiser sur le même pied. » Pellegrini, op. cit.

(1) Pelloutier prétend,dans son livre sur les Bourses du Travail, que l’idée première serait vieille d’un siècle (mars 1790) et qu'elle émanerait d’un rapport devenu introuvable de M. de Corcelles, enseveli dans le maquis des archives nationales,

(2) M. de Molinari, op. cit.

RD pierres de Paris l’accusèrent de vouloir accroître la concurrence sur le marché de Paris.

Après 1848, il fut plus heureux auprès du ministre du commerce Flocon, qui avait déjà reproduit son projet dans La Réjorme.

Un décret du gouvernement provisoire des 8 et 10 mars 1848 ordonna l'établissement dans chaque mairie de Paris d’un bureau chargé de recevoir les offres et les demandes de travail.

Puis, survint le projet de création d’une Bourse du Travail du préfet de police d’alors, M. Ducoux. Repris trois ans plus tard et soumis à l’Assemblée Nationale, il fut repoussé. En 1857, M. de Molinari fonda à Bruxelles le journal La Bourse du Travail, attaqué aussitôt, autant par les ouvriers que par les patrons.

Dans son livre, publié en 1893, sur les Bourses du Travail, M. de Molinari reconnaît que son idée était prématurée et que « le travail ne possédait pas alors le puissant rouage des intermédiaires, que l'extension des marchés avait rendu indispensable à l'échange des produits et des capitaux » (1).

Le 24 février 1875, le Conseil municipal de Paris fut saisi de deux demandes relatives : « l’une à la

construction, avenue Laumière, d’une vaste rotonde

(1) M. de Molinari, op. cit.

vitrée, l’autre à l'entrée de la rue de Flandre, d'une Bourse du Travail, ou au moins d’un refuge clos et couvert, afin d'abriter les nombreux groupes d'ouvriers, qui se réuniront chaque matin pour l'embauchage des travaux du port et autres ».

Ces deux demandes à l'instar de celle qu'avait faite jadis M. de Corcelles, disparurent dans l’ombre des commissions, où les rejoignirent au cours des années suivantes, quelques autres demandes inspirées du même esprit » (1).

Enfin, le 5 novembre 1886, apparut sur le bureau du Conseil municipal, le rapport de M. Mesureur ; et le 3 février 1887, le Conseil remettait solennellement aux syndicats parisiens l'immeuble de la rue Jean- Jacques Rousseau, auquel on ajoutait en 1892, le Palais de la rue du Château-d'Eau.

Mais de l'organisation de M. de Molinari, cet établissement et ceux qui se fondèrent successivement en province, n’ont guère gardé que le titre.

Loin de favoriser la mobilisation du travail, leurs chefs ont frappé de proscription les intrus qui voulurent faire concurrence au travail local.

Fermée une première fois en 1893, pendant deux ans, la Bourse du Travail de Paris, comme ses sœurs

de province, à pris un caractère presque exclusive-

(1} F. Pelloutier, Les Bourses du travail.

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