I. — L'expérience de M. Gouttes
Après avoir fait à ce congrès la critique des asso-
(1) Y. Guyot, Conflits, op. cit., p. 330.
Tous les renseignements qui suivent sont puisés dans les Conflits du travail, de M. Yves Guyot ; l'Essai sur la coopération de main-d'œuvre, de M. À. Richard ; les Bulletins de l'Office du Travail depuis 1898 ; les publications des enquêtes de l'Office du Travail sur les Associations ouvrières de production et les Associalions ouvrières professionnelles; dans le journal l'Association ouvrière, organe de la Chambre consultative des Associations de production ; mais ces renseignements émanent surtout de conversations réilérées avec les membres de ces sociétés, et de la communication gracieuse de leur comptabilité. (Note de l’auteur).
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ciations Coopératives de production avec outillage et capitaux d'exploitation, et fort de l'expérience si réussie de Toulon, M. Gouttes leur opposait des « associations ouvrières de production n'ayant ni oubllage, ni capitaux d'exploitation ».
Il s'exprimait ainsi :
« Ces sortes d'associations, dont le premier résultat sera l'alliance du travail et du capital, devront être régies par des statuts, avoir un conseil d’administration et un gérant chargé de traiter avec les sociétés industrielles pour l'exécution des travaux. Ces sociétés endosseraient toutes les responsabilités d’exécütion sans se préoccuper de l'achat des matières, de l'outillage, des bénéfices prévus par les sociétés industrielles existantes, et, avec les matières que cellesci leur fourniraient, elles devraient façonner ces matières et livrer les travaux finis aux clauses et conditions traitées de gré à gré par les deux gérants des sociétés industrielles et ouvrières.
Les associations ainsi définies doivent être de beaucoup préférées et sont de nos jours les seules pratiques :
1° Car elles ne nécessitent pas de fonds considé. rables ;
2° Car tout en améliorant la classe ouvrière, elles seront un acheminement vers les associations ouvrières à capitaux d'exploitation ;
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3° Parce que la classe ouvrière peut jouir dès la formation des bénéfices de l'association ;
4° Etant une garantie donnée au capital, elles seront appuyées où plutôt favorisées par les capitalistes qui auront un intérêt majeur à traiter avec elles ;
5° Parce qu'elles seront le complément naturel des sociétés financières ;
6° Parce qu'elles donneront le crédit à l'ouvrier, lorsque l'association sera engagée dans des entreprises ;
7° Parce qu'elles résoudront à bref délai les questions sociales et la crise des affaires.
En reprenant successivement les avantages que je viens d'énumérer, nous voyons que les fonds nécessaires à l'association seront limités aux garanties à donner aux sociétés industrielles, c’est-à-dire au dépôt de cautionnements proportionnels à l'importance du prix de la main-d'œuvre traité ; cautionnements qui pourraient être couverts, au fur et à mesure de l'avancement des travaux, par des retenues proportionnelles, effectuées par les sociétés industrielles sur les comptes payés pour les travaux exécutés.
La classe ouvrière jouirait dès la formation des bénéfices de l'association, en ce sens que tous les sociétaires auraient dans le produit du travail une part proportionnelle aux services rendus à la société et à
leurs aptitudes professionnelles. Dans aucun cas les
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sociétés industrielles n'auront à effectuer des retenues sur les prix convenus, ce qui se produit presque toujours dans les travaux à la tâche, où le bénéfice toléré est tout au plus égal au quart de la solde, ce qui est cause, que lorsque l’ouvrier à la tâche a atteint cette limite, il borne là sa production journalière, sachant que le travail qu'il pourrait faire en plus ne lui sera pas payé.
Le sociétaire certain, quelle que soit la quantité de travail à exécuter, d'en toucher intégralement le prix, redoublera de zèle, et, sans exagération, pourra produire le double de sa production journalière actuelle.
Les associations ouvrières de travail seront appuyées par les capitalistes ou sociétés industrielles, parce qu'elles seront pour elles une garantie certaine de bénéfices dans leurs entreprises.
En effet, des quatre parties composant toute opération industrielle ou agricole, savoir :
1° Matières premières ;
2° Frais généraux ;
3° Bénéfices ;
4° Main-d'œuvre, la seule variable, la seule qui incombe à l'ouvrier et qui puisse entraîner des pertes est la main-d’œuvre ; garantir au capital la main-d'œuvre, c'est lui assurer un bénéfice certain, c’est assumer la responsabilité d'exécution des travaux.
dite
C'est pour jouir de cet avantage que les capitalistes traiteront avec les sociétés ouvrières de production et, par le fait de leurs traités, n'ayant plus à s'occuper de la main-d'œuvre, certaines situations deviendront inutiles, et les frais généraux réduits d'autant. De plus, comme, quand les travaux baissent, les sociétés industrielles ou patronales sont obligées, pour faire face aux éventualités, de conserver un noyau d'ouvriers qui leur est souvent à charge, ils reconnaîtront, que les sociétés ouvrières, répondant des délais et de la bonne exécution, ils n'auront plus à se préoccuper de ce noyau d'ouvriers qui sont toujours ceux dont la solde est le plus élevée.
En résumé, par leurs traités avec les sociétés ouvrières, les industriels pourront :
1° Diminuer le nombre des employés chargés de l'exécution et de la surveillance des travaux ;
2° Simplifier la comptabilité de la suppression de tout ce qui a trait à la main-d'œuvre, par suite : suppression des ouvriers chargés du pointage des feuilles de journées, etc.;
3° Diminuer le rapport existant entre les frais généraux et la main-d'œuvre, c'est-à-dire diminuer le compte des frais généraux ;
4° Se décharger sur la société ouvrière des accidents survenus pendant l'exécution des travaux.