V. — Les piqueurs de grès de Paris et de la Seine
L'associalion des ouvriers piqueurs de grès de
(4) Voir aux annexes, les statuts du Journal officiel.
Paris et du département de la Seine, a été fondée à Paris le 19 juillet 1886. Son siège social, fixé d’abord 38, rue du Moulinet, est maintenant, 4, rue de la Butte-aux-Cailles.
Elle est gérée par MM. Boulin et Pagaud.
L'objet de l’entreprise est la retaille des vieux pavés.
La société est très prospère, très bien administrée, elle offre une discipline remarquable, n'ayant jamais changé son premier président, qu’à sa mort, pour le remplacer d’ailleurs par son fils ; elle n’a reçu aucune subvention de l'Etat.
Elle à obtenu à l'exposition du travail de 1891 une médaille de bronze, et des médailles d'or aux exposilions de 1900 à Paris et de 1904 à Saint-Louis.
Vers 1865 les retailleurs de vieux ‘pavés et les « tailleurs » de pavés neufs, qui finissent les pavés venant des carrières s'étant spécialisés, fürent, sauf dans certains chantiers, exploités par des tâcherons, marchands de vins, ou complices de marchands de vins et de restaurateurs, voisins des chantiers, lesquels reprenalent en nourriture et consommation l'argent des salaires qu'ils avançaient.
Dès la fin de 1879 il se forma un groupement des ouvriers piqueurs de grès,ayant pour but,« d’entreprendre des travaux en commun ». En 1883, le tré-
sorier M. Boulin,père du co-directeur actuel, voulut,
d'accord avec quelques camarades, fonder une association coopérative. Il rencontra de la résistance, et même la majorité proposa de banqueter copieusement avec les 700 francs qui étaient en caisse, ou tout au moins de les partager : ils se heurtèrent à la sage opposition du trésorier.
D'ailleurs la crise se faïsait sentir partout.
Le 31 décembre 1865, les entrepreneurs de pavage arrêtèrent les comptes de tous les ouvriers piqueurs de grès. Ils prévoyaient d'importants rabais dans les adjudications, qui allaient se renouveler au mois de janvier 1886, et ils tenaient à avoir les mains libres du côté de leurs salaires. Les piqueurs de grès étaient 80 à Paris ; ils restèrent tous sauf deux, 22 jours sans ouvrage.
Aussitôt après la reprise du travail avec 33 % de diminution sur le salaire (40 fr. les mille pavés au lieu de 60 fr.) le trésorier et quelques uns de ses amis tentèrent quelques démarches secrètes auprès de M. Alphand ; celui-ci, ému des plaintes qui lui étaient formulées, s'engagea formellement à employer immédiatement l'association des piqueurs de grés, si elle se constituait. Neuf ouvriers seulement étaieni d'accord, mais il fallait l'adhésion du reste de la corporation. Au mois de mars 1886, dans une salle de la rue d'Allemagne, eut lieu une réunion générale
où se discuta l'alternative suivante : la grève ou l'as-
sociation, Mais le vent soufflait à l'accord et le 19 juillet suivant une société se constituait au capital de 2.000 francs, dont le dixième versé immédiatement.
La société fonctionne, fait de beaux bénéfices et le 15 mars 1896, modifiant ses statuts, déclare le chiffre de 2.000 francs comme minimum irréductible, et porte son capital à 10.000 francs, divisé en 200 actions ou parts d'intérêts de 50 francs chacune.
Ce capital d'ailleurs est susceptible d'augmentation par des versements successifs faits par les associés ou par l'admission d'associés nouveaux, et de diminution par le retrait total ou partiel des apports effectués, jusqu’à concurrence cependant du minimum de 2.000 francs.
L'action est indivisible ; les sociétaires peuvent se retirer! volontairement en signant une déclaration sur le Grand Livre. Dans le cas de retraite ou d’exclusion de la société, le sociétaire démissionnaire ou
exclu par arrêt de l'assemblée générale « n'aura droit
« qu'au remboursement de ses actions ou des som-
« mes versées en acompte sur la valeur des dites ac-
«tions. Toutefois, si le retrait devait avoir pour ré-
« sultat de réduire le fonds social à une somme infé-
crieure au minimum fixé pour la réductibilité du ca-
« pital, le sociétaire ne recevra que l'intérêt à 3 % de
« la somme à rembourser ».
La société élit un conseil d'administration com-
posé de 5 membres, pour 3 ans, parmi lesquels sont pris 2 délégués, qui représentent la société dans ses rapports avec la clientèle. Le Conseil nomme annuellement son président et son secrétaire, toujours rééligible.
Chaque administrateur est propriétaire d’au moins 4 actions hbérées : elles sont affectées à la garantie de sa gestion.
L'assemblée générale désigne chaque année un de ses membres, pour remplir les fonctions de commissaire-censeur, lequel présente en fin d'exercice le bilan financier de la société.
Les. bénéfices nets, déduction faite de toutes les charges, y compris l'intérêt à 5 % du capital versé, sont répartis de la manière suivante :
5 % à la réserve légale.
10 % à la réserve extraordinaire.
10 % à la caisse de secours.
25 % à la caisse des retraites.
20 % aux actions libérées.
30 % à tous les travailleurs associés ou non, au prorata de leurs gains de l'année.
Le prélèvement de 5 % versé au fonds de réserve légale sera attribué à la caisse de retraites, lorsque cette réserve aura atteint 10.000 francs.
Un article postérieur additionel a déclaré que :
« Les ressources de la société proviennent d’une re-
tenue faite sur les salaires, et dont le taux est fixé par l'assemblée générale.
La caisse de secours est alimentée par une retenue identique et 10 % pris sur les bénéfices nets : tous les malades, associés ou non, en bénéficient aux conditions stipulées par le règlement intérieur. Lorsque le montant de cette caisse aura atteint 10.000 francs, les sommes lui revenant seront versées à la Caisse de retraite.
Celle-ci est constituée au profitides sociétaires pour subvenir aux besoins de la vieillesse et assurer leur existence selon ses ressources et au prorata des années de présence à l'association. ». |
La société a fondé une caisse de secours, dont les ressources proviennent :
1° d’une retenue de 3 % sur la totalité des salaires.
2° de 10 % prélevés chaque année sur les bénéfices nets de la société ;
Et une caisse de retraites alimentée par :
1° 25 % prélevés sur les bénéfices annuels de la société.
2° De toutes sommes revenant à la caisse de secours el au fonds de réserve ordinaire, lorsque ces deux caisses Gnt atteint chacune un maximum de 10.000 francs.
Chaque sociétaire possède un carnet contenant les statuts et le règlement intérieur de la société,
contenant ses nom, prénoms, date de naissance, domicile, signé des administrateurs-délégués et scellé du
ümbre social. Il porte également le tableau suivant :