BELGIQUE
Il existe, depuis un certain nombre d'années déjà, des sociétés coopératives de consommation en Belgique.
La plus ancienne, fondée, en novembre 1866, est celle de Grivegnée, importante commune près de Liège.
A ce titre, nous donnons , en annexe , le bilan du deuxième semestre de 1886
M. Léon d'Andrimont cite encore des sociétés de ce type à Ensival et à Pepinster, localités situées l'une et l'autre dans la province de Liège; puis celles fondées en 1869 non loin des exploitations charbonnières de Mariemont et Bascoup (1).
La 58^ question de notre questionnaire industriel était relative à ces sortes de sociétés. Les réponses n'ont pas été bien abondantes.
L'association des maîtres de forges de Gharleroi rappelle la fondation, il y a longtemps et sous la direction des ouvriers de la Société anonyme de Marcinelle et Gouillet, d'une boucherie économique à Gouillet. Cette tentative a échoué faute d'une bonne administration (2).
La même association signale la fondation récente, à Marchienne-au-Pont, d'une société coopérative par les soins de la société de secours mutuels de cette localité. C'est un bon exemple, facile à suivre (3).
La vaste société coopérative du personnel des chemins de fer de l'État, postes, télégraphes et marine fait des
(1) La coopération ouvrière en Belgique^ chap. IV, p. 117-127.
(2) Réponses au questionnaire industriel, vol. I, chap. III, p. 657.
(3) Loc. cit., p. 656.
progrès. Elle a déposé notamment à l'enquête d^'Ai-fon le 1) août 188G(1). ,9'i/ilDyL
i; Les établissements belges de la Vieille-Montagne Invoquent les obstacles qui s'opposent, dans cette contrée, à l'établissement de sociétés coopératives de consommation. Presque tous les grands commerçants, qui sont propriétaires, obligent leurs locataires à s'approvisionnei? chez eux (2). C'est évidemment un grand abus.
Cependant il existe une société à l'usine Valentin-Coq, etiurie autre qui est en voie de formation. r;! Dans une autre déposition très intéressante, M. J,-B. Buchet, de Bruxelles, mentionne l'existence à Bruxelles, depuis dix-neuf ans, d'une société coopérative de consommation. Kvo; jL
Elle y a été fondée par des philanthropes qui ont Vereé le premier fonds. .f"»np
" Nous désirerions remettre nos quatre fourneaux eii ^'limains de nos coopérateurs, dit l'honorable témoin, ni'ais ^, H'ouvrier bruxellois ne sait pas prendre d'initiative '^tfd' émancipation (3). „ ;:.jj.ii;. :>,: iiu^ ;jL:jiJoi
Les usines (cristalleries et verreries) de la société ^du Val-Saint-Lambert ont établi, sous l'intelligente impulsion du directeur général, M. Jules Deprez, des sociétés coopératives — magasins alimentaires — au Val, près de Liège, et à Herbatte-lez-Namur. On trouvera diverses pièces et notamment les statuts dans les annexes du procès-verbal de la séance d'enquête tenue à Namur.le 22 juillet 1886. \um
(1) Procès-verbaux des séances d'enquête, vol. Il, Section régionale C, p. 111-1P2.
' (2) Réponses au questionnaire industriel, vol. I, chap. III, p. 658.
(3) Réponses au questionnaire industriel, vol. I, ch.llïj p.-660.'
SOCIÉTÉS COOPÉRATUTES 63
M. Baziaux , directeur de l'usine de Herbatte , s'est déclaré, à l'enquête, très satisfait des résultats de la société coopérative. Une famille d'ouvriers, qui dépensait 150 francs par mois pour ses achats, économisait sur cette somme 35 francs mensuellement.
Les administrateurs sont des ouvriers nommés par leurs compagnons actionnaires.
Aucun ouvrier n'est obligé de faire partie de l'association (1).
Le syndicat commercial de Seraing a adressé, au sujet de ces sociétés coopératives, une protestation écrite à la Commission du travail (2). Nous^ ne pouvons nous y arrêter ici.
De tout ce qui précède, il appert que le mouvement coopératif n'était guère accentué dans notre pays, quand quelques boulangeries coopératives se sont fondées sous les plis du drapeau rouge.
Il existait depuis longtemps à Gand des boulangeries établies, sans tambour ni trompette, par des ouvriers. La fondation de l'une d'elles remonte à vingt cinq ou trente ans (3).
Mais la boulangerie de la fameuse société coopérative le Vooruit les a toutes dépassées. Devons-nous l'écrire V Rien n'a l'aspect plus bourgeois que le Vooniit, n'étaient ses ronflantes étiquettes socialistes et ses multiples étendards révolutionnaires. L'estaminet-café annexé à l'établissement, est très bien tenu. Les liqueurs alcooliques, sauf la bière, en sont proscrites. Nous y avons goûté un
(1) Proch-verhaux d'enquête, vol. IL Section régionale C, p. 26-;29.
(2) Réponses au questionnaire industriel, vol. I, chap. IIL p. G.'j5.
(3) Loc. cit., p. 659.
excellent verre de lait, en songeant combien l'homme, croyant faire ou trouver du neuf, reste le même partout. Nous nous rappelions involontairement les États-Unis d'Amérique, où cette blanche, douce et saine liqueur est aussi fort appréciée, répandue et très démocratique. Autour de nous, se dressaient des peintures exécutées avec beaucoup d'art; de toutes parts, une grande propreté reluisait. Seules, des inscriptions du genre de cellesci : Het socicdismus voevt de beschavlng tothaar toppimt{{)^ enguirlandées d'emblèmes allégoriques , rappellent au visiteur que le local appartient à une société croyant bon de mêler beaucoup de politique aux affaires.
Ce n'est pourtant pas le moyen de les faire réussir longtemps.
Les œuvres de paix sociale sont, de leur nature, élevées au-dessus de la mêlée des partis. Elles procèdent des principes éternels de la justice divine. Le combat de notre courte vie, ce doit être de dégager la justice sociale des ombres qui l'étiolent. Avec la marche des siècles, des progrès se réalisent, quelques ombres se dissipent; mais les clartés à jamais triomphantes n'apparaîtront point icibas. L'observation le prouve, les faits sont là : depuis l'origine des temps, quel homme a pu et pourra réaliser son idéal dès cette vie?
La politique, avec ses conceptions subjectives, avec son action mobile comme la surface des eaux, y aide t-elle beaucoup ?
L'influence prédominante semble plutôt réservée à la recherche objective, à la mise en œuvre constante des outils de la paix sociale, au premier rang desquels se classe en ce moment la coopération.
(1) " Le socialisme élève la civilisation à son sommet. „
Ainsi l'ont comprise , je pense, les fondateurs de la société coopérative le VoUcshelatig^ qui fonctionne à Gand depuis le l^^" mai de cette année.
" Elle est destinée à un superbe avenir, dit le correspon- „ dant gantois du Mémorial belge {\), s'il faut s'en rap- „ porter à ses débuts. Chaque jour, les adhésions affluent „ par centaines. La société Volksbelang est ouverte, „ d'ailleurs, aux bourgeois comme aux ouvriers, et fondée „ en dehors de toute préoccupation politique.
„ Comme toute société, elle exige une sorte de droit „ d'entrée — assez considérable; mais ici le droit est payé „ par prélèvements successifs surle^ premiers dividendes, „ et, lorsqu'on quitte la société, restitué avec les intérêts. „ C'est ainsi que se forme le capital. Les bénéfices trimes- „ triels, au lieu d'être convertis et distribués en bons de „ pains, sont versés, au profit de chaque membre, à la „ caisse d'épargne. On les a donc, dès le premier jour, à „ sa disposition. Les membres indigents et malades reçoi- „ vent, en outre, des secours pendant dix semaines.
„ La comptabilité est d'une simplicité telle, que toute „ personne peu lettrée est, au bout d'un instant, initiée à „ toutes ses arcanes.
„ Autre avantage considérable aux yeux du peuple: „ c'est qu'on ne perçoit aucune cotisation^ nulle retenue, „ au profit des caisses de propagande, de secours^ de „ résistance, etc., etc. : autant d'invisibles suçoirs par où „ les bénéfices de la coopération sont pompés rapide- „ ment. C'est par là que le socialisme, tout en promettant „ à ses fidèles de les mettre dans la litière jusqu'au
(1) Reproduit par le Journal Franklin du 15 mai 1887.
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„ ventre, va prendre dans l'escarcelle du pauvre jusqu'au „ dernier sou épargné.
„ A Gand comme partout, la coopération se heurte à „ des résistances dans la bourgeoisie et même à une cer- „ taine défiance — assez rare, il est vrai, — de la part des „ ouvriers. Fâcheuse conséquence du socialisme, qui, chez „ nous, a toujours été mêlé à la coopération et que le „ peuple s'est habitué à confondre avec elle. Quant à la „ petite boulangerie, qui goûtait fort l'autre mode de „ commerce, elle parle de représailles électorales. Ce qui „ la déconcerte, c'est que la politique est, par les statuts, „ sévèrement exclue de la société.
„ C'est la crainte des réactions bourgeoises, peu justi- „ fiées, je crois, qui a retardé l'établissement d'une société „ de ce genre. Les partis s'observent, prêts à exploiter „ l'un contre l'autre cet engin de combat. Grâce à cela, le „ socialisme gantois est devenu assez puissant pour que „ ni catholiques ni libéraux ne puissent en avoir raison „ par leurs moyens d'actions ordinaires : conférences, „ œuvres charitables , distributions d'images pieuses, „ représentations à la lumière oxhydrique , etc., etc. „ On s'est entendu pour transporter la lutte sur le terrain „ purement économique. „
On remarquera d'abord et surtout le but du Volkshelang, placé en dehors de toute préoccupation politique. Puis il importe de noter que les bénéfices trimestriels, au lieu d'être convertis et distribués en pains, sont versés, au profit de chaque membre, a la caisse d'épargne.
Le Vooruit ne procède malheureusement pas ainsi. Voici, d'après les renseignements recueillis sur place, mais que nous reproduisons sous toutes réserves, de quelle façon les bénéfices se répartissent entre les associés.
Le pain eA invariablement coté à 35 c. le kilog. C'est la moyenne du prix de vente chez les boulangers de Gand.
Les membres vont acheter, le dimanche et au comptant, les bons de pain dont ils ont besoin pour la semaine.
Le bilan est di-essé à la fin de chaque semestre. Un ouvrier associé a-t-il acheté 275 bons de pain à 35 c. pendant les six premiers mois de l'année, et le bilan de fin de juin a-t-il démontré que le prix de revient du kil. de pain n'a pas dépassé 25 c., cet ouvrier bénéficie de la différence, soit 275 X 10 c. = 27 fr. 50 c, que l'administration du Voornit transforme en 110 bons de pain à 25 c.
Ces bons de pain, c^stituant le bénéfice de l'ouvrier, lui sont délivrés deux" fois l'an pendant les semaines précédant, l'une, le carnaval, et l'autre, la fête communale. Cette coïncidence fâcheuse produit souvent un triste résultat. Des ouvriers vendent les bons dont ils ont bénéficié, parfois même au prix de 10 c. la pièce.
Les fondateurs du Volksbelang ont calculé que les 3/8 des bénéfices réalisés par le Vooruit sont employés à la propagande des idées politiques des administrateurs. Il était naturel que le Volksbelang songeât à s'établir sur de tout autres bases, en s'obligeant à attribuer aux associés la totalité des bénéfices et en prenant des mesures pour que ces sources vives de l'épargne soient endiguées et retenues à la caisse. Ainsi elle-; ne s'épanchent point en filets multiples et inutiles. Elles grossissent, et le jour viendra où elles seront assez puissantes pour se déverser en nappes abondantes et fécondes sur le champ de chaque famille associée.
A cette heure (1) \eVolksbelang compte déjà 2,163 mem-
(1) En mai 1887. En septembre suivant, le nombre des membres atteignait 5000.
bres et la direction vient de réclamer i2,000 livrets à la Caisse d'épargne.
Nous devons à M. Speltinck-Volcke, économiste gantois, auteur d'un travail remarquable sur la coopération présenté à la Société belge d'Economie sociale, mais non encore publié, un exemplaire des statuts en flamand de la société. Nous annexons la traduction française.
Les bases de l'œuvre sont rappelées sur la couverture du petit livre statutaire en ces termes :
" Samenwerkende maatschappij Volkshelang. — Ziehier op welke princiepen zij gevestigd is :
„ De politiek is strengelijk uitgesloten. De maatschap- „ pij wil aan hare leden allerbeste brood leveren aan den „ voordeeligsten prijs.
„ ledereen, burger of werkman^ wordt er in toegelaten. „ De leden storten 10 frank bij middel van aftrok op „ hunne winst, als zij het zoo liefst hebben. Dal geld blijft „ hun eigendom en wordt hun terugbetaald ingeval zij de „ maatschappij verlaten. Zij trekken er 5 t. h. intrest van. „ Geen cent wordt betaald als inkomgeld, noch in „ weerstandskassen, noch voor politieke werken of pro- „ paganda, en zelfs niet voor het hulpfonds. Het behoeftig „ lid dat ziek is, krijgt kosteloos 5 brooden per week „ gedurende tien weken.
„ De geheele winst wordt aile drie maanden onder de „ leden verdeeld; maar niet in broodkaarten, die dikwijls „ zoo goed als voor niet verkocht worden: de deel geschiedt „ in geld (1). „
(1) " Société coopérative Volksbelang. — Voici sur quels principes „ elle est organisée : la politique est strictement interdite. La société „ veut fournir à ses membres du pain excellent au prix le plus , favorable.