‹ Les sociétés coopératives de consommationChapitre 30 sur 51 · s"est cuuslilué ù Paris un syndicat des « Employés des · texte numérisé non relu

s"est cuuslilué ù Paris un syndicat des « Employés des

On a reproché aux coopératives de consommation de ne pas prendre assez à cœur l'intérêt de leurs ouvriers ou employés. M. Brunhes disait récemment dans le Congrès des Ligues sociales dacheteurs : " Les Coopératives ne s'occupent pas de Tamélioralion des conditions de travail et de salaire des travailleurs ». Ce jugement est un peu sévère.

C'est un fait assez généralement constaté par ceux qui ont lexpérience de la coopération que les ouvriers et employés sont généralement plus durement traités par les administrateurs ouvriers que par les administrateurs bourgeois, et même que par de simples patrons. Cependant si ce grief paraît assez fondé en ce qui concerne les relations personnelles, on peut dire dautre part que dans les statuts et dans les assemblées générales les droits des employés sont reconnus et, à moins que la société ne soit très pauvre, leur situation est supérieure non seulement à celle des employés des petits magasins, qui vivent dans un état de semi-domesticité, mais même à celle des employés des grands magasins. Ce sont plutôt les consommateurs qui, chose curieuse! pourraient se plaindre d'être moins

coopératives •-. A vrai dire on peut se demander si un tel syndical est légalement valable, car un syndicat ne peut être constitué qu'entre membres de même profession : or si tel est le cas assurément des garçons épiciers ou fran.ons de café — on ne voit pas (jue le fait d'être au service d'une coopérative constitue une profession spéciale. Toujours est-il qu'en se constituant en syndicat spécial, les employés des coopératives montrent assez qu'ils entendent se défendre non contre les patrons en général, mais contre les coopératives.

En Allemagne « l'Union des employés de magasin des coopératives >• a rallié 2 200 membres et public de temps en temps des documents intéressants sur leurs salaires, durée de travail, etc.

bien traités par les employés des coopératives que par ceux des maisons privées : on les trouve moins « serviables ». En Angleterre, les ouvriers et ouvrières de la Wholesale touchent en moyenne un salaire plus élevé et ont à fournir un moindre nombre d'heures de travail que leurs camarades des fabriques patronales. Sur le continent, bon nombre de sociétés de consommation se piquent d'honneur à leur accorder au moins les salaires syndicaux et, de plus, à leur assurer des secours en cas de maladie et des pensions de retraite pour la vieillesse, en un mot à faire au moins aussi bien que le meilleur des patrons. Et même la question d'un salaire minimum est en ce moment à Tordre du jour dans toutes les réunions des coopérateurs anglais ^ C'est à cette condition seulement que les sociétés coopératives pourront trouver un appui et une clientèle auprès des syndicats professionnels ouvriers. JMais c'est précisément parce qu'elles ne le font pas toujours, même en Angleterre, que les rapports entre le coopéra tisme et le trade-unionisme sont plutôt courtois que cordiaux.

Ces deux grands organes du mouvement ouvrier ont chacun leurs fins propres et qui ne concordent pas toujours. L'un sacrifie facilement les intérêts du consommateur à ceux de l'ouvrier et l'autre est plutôt tenté de faire l'inverse, et cela alors même

1. Le taux minimum de 24 schellings par semaine pour les hommes à partir de 21 ans et de 17 schellings pour les femmes (30 fr. et 21 i'r.) a été proposé comme raisonnable. — Mais au dernier Congrès des Trade-Unions (1909) on a affirmé qu'il n'y avait pas plus d'un tiers des sociétés (jOO) (jui en fait se conformassent à cette règle, et qu'il y en avait même où des jeunes gens ne touchaient pas plus de 2 s. 6 d. (3 fr.) par semaine.

que ce sont les mêmes personnes qui se trouvent dans les deux organisations, mais selon le côté où elles se trouvent, leur point de vue change.

Cependant on a essayé de les réconcilier en leur démontrant quil ne servirait à rien que le syndicat fît hausser les salaires si les patrons pouvaient se rattraper en élevant le prix des produits. La coopérative empêche cette répercussion et par là elle complète l'action du syndicat.

Mais les grosses questions qui se posent, c'est de savoir :

i" Si louvrier ou employé doit avoir un droit de participation aux bénéfices?

2" Sil doit être admis au sociétariat?

3" Si, en sa qualité d'employé ou ouvrier, il doit avoir une cerlaine part à l'administrât ion?

§ 1. — Participation aux bénéfices.

La question de la participation aux bénéfices est difficile dans les entreprises individuelles : elle l'est plus encore dans les sociétés de consommation. Pourquoi? On serait tenté de croire, au contraire, que celles-ci, visant à servir de modèle au patronat et d'ailleurs étant composées elles-mêmes en majorité d'ouvriers, devraient se montrer empressées à l'appliquer.

Quelques-unes le font en elïet en France et en Ecosse. Quelques-unes appliquent même cette règle très favorable que le taux de répartition soit le même pour l'ouvrier que pour le sociétaire : si la répartition sur les achats est de 12 p. 100. (|ue celle sur les salaires soit aussi de 12 p. 100.

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Mais la Wholesale anglaise, comme la majorité des sociétés de consommation anglaises, s'est refusée absolument à appliquer la participation à ses 15 000 ouvriers ou employés. Et il est à remarquer que les coopérateurs socialistes ici encore sont d'accord avec les directeurs bourgeois de la Wholesale : ils ne veulent pas non plus de la participation aux bénéfices pour leurs ouvriers. Les coopérateurs peuvent opposer, en effet, de forts arguments.

Tout d'abord on peut dire que c'est un non-sens de parler de « participation aux bénéfices » dans des entreprises qui, par définition même, s'interdisent de faire des bénéfices. Que dans une entreprise patronale ou une société par actions ou dans une association coopérative de production on reconnaisse à l'ouvrier une part sur les profits de l'entreprise, tout comme au capitaliste, très bien ! Mais nous savons que la société de consommation a précisément pour but l'élimination des profits. Elle n'en donne point à ses actionnaires. Ce qu'elle répartit entre ses membres ce sont simplement les trop perçus prélevés sur leurs achats, la ristourne. Quel titre peuvent donc invoquer les ouvi'iers ou employés sur ces sommes ainsi remboursées aux acheteurs? Ce n'est pas des mains des ouvriers qu'elles sont sorties; c'est de la poche des acheteurs! Et d'ailleurs si la société est de celles qui ont pour règle de ne faire aucune répartition individuelle à ses sociétaires, faudra-t-il qu'elle en fasse néanmoins à ses ouvriers?

On peut dire aussi que c'est risquer de compromettre le développement de la coopération de consommation et fausser son mécanisme que d'enle-

ver une part des bonis à des sociétaires ouvriers pour la donner à d'autres ouvriers qui ne sont pas des sociétaires et qui peut-être ne se soucient pas de le devenir.

Il est vrai qu'on peut rétorquer que la participation aux bénéfices, en stimulant le zèle des ouvriers et des employés, aura pour effet de faire gagner à la société plus qu'elle n'enlèvera aux sociétaires. Ce n'est pas sûr, car il faut remarquer que l'atelier, le rayon ou l'équipe dans lequel aura travaillé tel ouvrier qui va prélever une part des bénéfices, sera peut-être précisément celui qui aura laissé des pertes à la société! En tout cas ceci est une question de fait qu'on ne peut résoudre que par l'expéi'ience '. Il semble cependant que la participation aux bénéfices, là même où elle est accordée aux ouvriers, soit bien maigre pour stimuler beaucoup leur ardeur au travail. Bien rares celles qui accordent un tant pour cent égal à celui réparti aux acheteurs. La Wholesale écossaise donne moins de 3 p. 100, la Maison du Peuple 2,o p. 100, la coopérative de Jolimont 1 p. 1001 Et très peu de sociétés françaises vont jusqu'à .'i p. 100. Or ces taux représentent tout au plus un supplément de salaire de 20 à 80 francs par tête.

1. Un homme' qui a longtemps dirigé la société coopérative de Genève et qui a laissé un nom dans la coopération suisse, M. Edouard Pictet, nous a écrit plusieurs fois qu'il avait institué la particiitation aux employés dans sa société, mais que si c'était à refaire il ne le referait pas, les résultats obtenus ayant été nul-; au point de vue du rendement du travail.

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^2. — Admission au sociétariat.

Faut-il admetlre l'ouvrier ou employé au sociétariat? Cela semble aller de soi. Pourtant bon nombre de sociétés, et parmi elles la plupart des sociétés anglaises, refusent à leurs employés le droit de devenir sociétaires (sauf, bien entendu, le droit pour eux de se faire admettre dans une autre société s'il s'en trouve une dans la localité). Si intolérante que paraisse au premier abord une telle exclusion, elle peut s'appuyer sur quelques raisons solides.

D'abord si l'employé vendeur est lui-même sociétaire-acheteur, si par conséquent il peut se vendre à lui-même, c'est une grande tentation à des opérations illicites. Si, en outre, l'employé devient administrateur et, comme tel, est appelé à contrôler lui-môme ses propres actes, il est clair qu'une semblable confusion des rôles est dangereuse pour la marche des affaires. Même en écartant tout soupçon d'improbité, la présence des employés dans les assemblées générales, avec droit de vote el droit d'éligibilité, est de nature à compliquer singulièrement la tâche des administrateurs. D'autant plus que très probablement ces employés seront les plus empressés à se rendre aux assemblées parce qu'ils auront toujours quelques griefs à y apporter. Et s'il arrive que les simples sociétaires y soient au contraire peu assidus, il se pourra que les mesures qui y seront votées soient beaucoup plus favorables aux intérêts des employés qu';i ceux de la société.

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Ces arguments toutefois ne nous paraissent pas suffisants pour refuser aux employés de coopératives le droit commun qui comporte la libre entrée pour chacun dans la société. La leur refuser c est les frapper dune suspicion blessante et qui les indisposera d'avance contre la société. Si Ion redoute que l'employé ne se vende à lui-même, alors il faudrait aller jusqu'à refuser à lemployé le droit d'acheter au magasin même s'il est ouvert au public, et ce serait tout de même un peu violent. La présence des employés aux assemblées peut avoir, à côté de quelques inconvénients, de bons effets. Sans doute, toute entreprise où ceux qui doivent être contrôlés se contrôlent eux-mêmes implique un haut degré d'éducation morale chez les contrôlés, mais c'est précisément cette conscience collective que les sociétés coopératives doivent se proposer de réaliser. Au lieu de croire que la réunion des qualités de sociétaire et d'employé poussera à la fraude, il faut avoir l'optimisme de croire qu'elle sera une sauvegarde, puisque, eu somme, tout détournement retombera pour une part sur l'employé-sociétaire sous forme de diminution de bonis.

En sens inverse, une autre école réclame le sociétariat pour tous les ouvriers et employés, et non seulement elle veut qu'on leur laisse la porte ouverte, mais qu'on les pousse à entrer par la participation aux bénéfices. Elle n'apprécie pas beaucoup la participation aux bénéfices seule (profit sharing, disent les Anglais) parce qu'il n'y a là qu'un semblant d'association, une solution hybride qui ne comporte aucune participation aux pertes ni à l'administra-

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tien de la société, et par conséquent aucune part de responsabilité ni aucune vertu éducative, mais elle attribue au contraire une grande vertu à l'association proprement dite, association au capital et à la direction sous forme d'actionnariat [copartnership). Il faut donc que la participation aux bénéfices ne soit que la route qui conduit l'ouvrier à l'actionnariat, et cela de la façon la plus simple en convertissant la part de bonis revenant à l'ouvrier en parts d'actions. C'est ainsi qu'a été constitué le Familistère de Guise et c'est ainsi que font en Angleterre diverses entreprises, soit coopératives comme la Wholesale de Glasgow, soit capitalistes comme les Compagnies du gaz de Londres.

Mais cette conversion des bonis en actions se ferat-elle automatiquement, en sorte que l'ouvrier ou employé deviendra sociétaire bon gré mal gré, ou sera-t-elle facultative de sa part? A Guise c'est le système du sociétariat obligatoire qui a créé cette grande maison, et dans les Compagnies du gaz de Londres la conversion est obligatoire pour la moitié des bonis, facultative pour l'autre moitié. Si elle est facultative pour le tout, il est à craindre que l'ouvrier n'en use pas et alors nous retombons dans la participation pure et .simple — et même une participation qui n'a plus de raison d'être, car l'ouvrier qui refuse le sociétariat et par là manifeste son intention de prendre sa part des profits, tout en se refusant à accepter sa part de responsabilité, se disqualifie luimême. Et, d'autre part, si l'actionnariat est obligatoire, c'est chose grave que d'annexer de force à une société des sociétaires qui n'en veulent pas. Quelles vertus, quels stimulants peut-on attendre de cette

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contrainte? Lalternative est donc très embarrassante '.

Nous estimons néanmoins que les sociétés coopératives peuvent très bien, quand elles prennent des employés, mettre pour condition qu'ils entreront comme candidats sociétaires et que la part de bénéfices qu'elle leur alloue aura précisément cette destination. C/est bien ainsi qu'elle procède vis-à-vis des acheteurs étrangers quelle transforme d'office en adhérents (voir p. 61) : pourquoi pas aussi vis-à-vis de ses employés?

.^ 3. — Participation a l'administration.

Faut-il donner à l'ouvrier ou employé, uniquement à raison de sa qualité d'employé, une part dans l'administration de la société?

Nous l'admettrions volontiers s'il s'agissait de l'employé au service de l'État ou peut-être même

1. En France, ce système de l'acllunnariat ouvrier constitue Tarticie essentiel du programme des syndicats dits - jaunes », ou du moins de leur chef M. Biétry. Ce patronage l'a plutôt discrédité. Mais tout récemment quelques hommes politiques du parti au pouvoir, parmi lesquels le président du conseil actuel, M. Briand. ont préconisé un système analogue sous le nom de « sociétés à participation ouvrière ». Un député, M. Godart. a proposé de prélever sur les bénéfices de toutes les sociétés par actions un tant pour cent, .j p. lUO, (lui serait converti en actions de jouissance du travail — en même temps que les actions de capital seraient remboursées et transformées en actions dites de •• jouissance » du capital. Au reste ces actions ne seraient pas attribuées individuellement aux ouvriers, mais à une caisse nationale de Crédit au Travail. Cette dernière clause ne permet pas d'espérer un eiïet bien stimulant quanta la production, ni bien pacifiant quant aux conflits entre ouvriers et patrons. Cette solution n'est plus du coopératisme. Elle équivaut à établir un impôt supplémentaire de 5 p. 100 sur les profits des sociétés par actions.

(l'une entreprise individuelle. Mais pour remployé d'une société coopérative cette mesure nous paraît moins justifiable. D'abord, au point de vue légal, une société ne peut être gouvernée que par ses actionnaires, et si des employés non actionnaires votaient dans une assemblée générale, la décision prise serait entachée de nullité; il est vrai que l'assemblée peut élire comme administrateurs des personnes étrangères à la société. Néanmoins on peut dire que de deux choses l'une : — ou bien l'employé est membre de la société et alors, comme tel, il a la même part à l'administration que tous ses sociétaires et on ne voit pas la nécessité de lui conférer une part supplémentaire de direction en qualité d'employé; — ou bien il n'est pas membre de la société et c'est évidemment par mauvaise volonté qu'il ne Test point puisque rien ne lui serait plus facile, et dans ce cas il y a quelque chose de choquant à voir une personne qui se refuse à faire partie d'une société réclamer le droit de la gouverner.

Très différente est l'opinion des coopérateurs socialistes. Ils sont très peu favorables à la participation aux bénéfices pour les employés, et dans les congrès de l'Alliance Coopérative Internationale ils ont fréquemment protesté contre ce régime qui, nous l'avons dit (p. 156), avait été .d'abord assigné comme but principal à TAlliance. Ils estiment qu'il suffit et qu'il est mieux d'attribuer aux employés le tarif le plus élevé des salaires, le tarif syndical, sans distinction de sexes. Ils ne semblent pas non plus attribuer grande importance à la question de savoir s'il faut ou non en faire des associés. Mais ils veulent leur donner place dans les conseils d'administration

avec voix délibérative ', en vertu des mêmes principes qui leur font réclamer pour les fonctionnaires et employés au service de l'État une place dans les conseils des administrations publiques. Mais, en échange, ils leur imposent souvent des obligations assez dures, telles que de faire à la coopérative un minimum d'achats -, minimum parfois très supérieur à la moyenne des achats des sociétaires, et parfois aussi lobligatiou d"êlre syndiqué, d'appartenir au parti socialiste, même de ne pas aller à l'église.

1. Le Congrès des coopératives socialistes d"Ainieiis de 1902 déclare « que la collaboration la plus étendue doit exister entre les conseils d'administration et le personnel des employés des coopératives, que ces derniers doivent toujours être à même de prendre une part etTective aux conseils d'administration et de contrôle et y avoir des représentante avec voix délibérative ».

Une grande coopérative qui n'appartient pas au groupement socialiste. La Revendication de Poteaux, admet 3 de ses employés à faire partie d'office de son conseiL

2. De 800 à 1000 fr., pour les sociétés parisiennes, d'après M. Cernesson, article déjà cité.

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